L’euro a dix ans, mais plus ses dents

Les français auront fêté, à la mesure de leurs moyens respectifs, Noël et la nouvelle année. Ils n’auront sans doute pas débouché le champagne pour les 10 ans de l’euro.

Voilà, en effet, une décennie que la monnaie unique européenne emplit nos porte-monnaie ou plutôt s’en échappe.

Que ne nous avait-on pourtant promis ?

Jacques Chirac, alors Président de la République en 2002, nous assurait que l’euro serait une chance et signifierait emploi, croissance, stabilité financière et prix bas.

Dominique Strauss-Kahn, Ministre de l’économie de 1997 à 1999, nous certifiait que l’euro serait « le meilleur instrument possible de maîtrise de la mondialisation ».

Nous savons ce qu’il en est. Ce qui valait 1 franc vaut au bas mot 1 euro, soit 6,5 fois plus cher. Depuis 2002, 750 000 emplois industriels ont disparu en France, ce que l’euro a encouragé sur fond de dumping social, de concurrence sauvage en Europe même et bien sûr à l’échelle du monde, le tout destiné à accroître les marges du capital.

Depuis 2008, nous savons où tout cela nous mène, d’abord avec la crise des subprimes puis avec la crise financière actuelle expression exacerbée, de la dérive économique, qui conduit à rentabiliser le capital par la spéculation et non par la création de richesses, fruits du travail.

Les peuples se sont appauvris sous le joug des politiques d’austérité qui leur ont été imposées. Qu’importe ! Qu’ils vivent à crédit et s’ils ne peuvent rembourser, le monopoly financier y pourvoira… jusqu’à l’asphyxie.

Nous y sommes jusqu’au cou car la parade trouvée nous a plongés dans la financiarisation de l’économie, la spéculation et l’endettement.

L’euro n’était pas destiné à nous sortir de la spirale mais à nous y faire plonger. Il demeure plus que jamais un instrument en Europe de la mondialisation capitaliste, qui a placé les marchés financiers aux commandes en lieu et place des gouvernements qui leur ont rendu les armes.

Cette fuite en avant se poursuit avec l’élaboration d’un nouveau traité destiné à mettre les nations sous tutelle avec la règle d’or et les sanctions automatiques pour les mauvais élèves, l’austérité constitutionnalisée, ce qui ne peut conduire qu’à la récession et à l’enfoncement dans une voie dont on ne voit pas l’issue, si nous ne sortons pas de cette logique infernale.

Tel est bien le défi de la période qui s‘ouvre et de l’année 2012 qui débute. L’indignation populaire, qui s’est manifestée partout en Europe en 2011, doit imposer qu’on change la donne.

Patrice Carvalho (lu sur son blog)