10 mai 1981, les communistes ont tiré les leçons de l’échec !

, par  pam , popularité : 49%

Le 9 mai au Creusot, le parti socialiste commémore le 40ème anniversaire du 10 mai 1981. François Hollande, Lionel Jospin, Martine Aubry sont annoncés.

On se demande bien quoi fêter : la joie de la victoire et la fête populaire qui attendait que la gauche "change la vie" comme François Mitterrand l’avait promis ? Ou la déconvenue qui grandissait quelques années plus tard jusqu’à ce qu’il faut bien appeler par son nom, la trahison des promesses du programme commun ?

Les communistes ont été mis en difficulté dans cette longue période de l’union de la gauche devenue plus tard gauche plurielle. Longtemps, ils ont tenté de sortir du piège en espérant "tirer le PS à gauche". Mais l’expérience François Hollande a terminé cette longue séquence. Elu contre la finance pour la servir à peine quelques semaines après son élection, promettant de renégocier les accords européens avant de les entériner au plus vite, il est devenu le symbole populaire de la trahison de cette gauche, comme DSK qui annonçait clairement que les milieux populaires ne votant pas, ils n’étaient pas utiles et qu’il fallait se concentrer sur les couches moyennes urbaines éduquées.

Non, il n’y a rien à fêter le 10 mai 2021, il y a au contraire le besoin urgent de tirer les leçons de l’échec de la stratégie d’union de la gauche et pour cela de donner clairement un nom à son bilan : la trahison par la gauche des milieux populaires !

Image du film « DES LENDEMAINS QUI CHANTENT », de nicolas Castro

C’est d’autant plus important dans cette période où la gauche parait incapable de présenter une alternative en perspective des présidentielles, incapable de sortir du piège Macron-Le Pen. Une situation qui a des causes profondes, pas seulement liées à l’état des différents partis de gauche, ni à des questions de personnes. Cette incapacité à ouvrir l’avenir est le résultat de l’incapacité à sortir du piège de la présidentialisation, l’incapacité de ceux qui ne tirent pas les leçons de l’échec historique de l’union de la gauche.

Jean-Luc Mélenchon a bien tenté ce bilan critique dans une intervention vidéo pour un bilan raisonné de la présidence de François Mitterrand que nous avons transcrit sur ce site. Il explique l’échec par la victoire des "libéraux" du parti socialiste et le rapport de forces défavorables ne permettant pas de mobilisation populaire face aux exigences de la finance, ce qui aurait provoqué le tournant de la rigueur en 1983. Evidemment, pour lui qui se réclame toujours de la "famille socialiste" et de François Mitterrand, il est impossible de faire la critique de ce qu’a été l’union de la gauche. Pour lui, ce n’est pas le projet politique de François Mitterrand qui était en cause, mais sa réorientation par les forces dominantes avec le soutien de la droite du PS. Il justifie donc l’action du parti socialiste pour prendre le pas sur le parti communiste, comme l’annonçait François Mitterrand justifiant son soutien au programme commun.

Marche de l’acier pour sauver la sidérurgie lorraine en 1984.

C’est tout le problème de la fracture entre la gauche et les milieux populaires qui est impossible à comprendre tant qu’on laisse croire que le problème ne serait que conjoncturel, alors qu’il est profondément lié à la démarche électorale elle-même. C’est ce que ne peut dire Jean-Luc Mélenchon dont toute la stratégie politique est concentrée dans l’élection présidentielle, dans sa stature de présidentiel, ses qualités personnelles de penseur et de tribun.

Or tant qu’on ne place pas le peuple au centre de l’action, comme l’acteur principal de toute transformation sociale, tant qu’on ne considère pas qu’avant d’aller voter, le peuple doit être organisé pour transformer l’élection en point d’appui pour le mouvement populaire, on le laisse sur le bord du chemin de l’engagement politique. L’élection se réduit alors au spectacle médiatique dont les grandes bourgeoisies tirent les ficelles.

Mais parler du peuple acteur, ce n’est pas parler du peuple à travers la délégation de pouvoir aux élus, et évidemment surtout pas à un homme providentiel présidentialisable, mais du peuple organisé, dans chaque lieu de travail et de vie, un peuple capable d’être autonome du système médiatique dominant, un peuple innervé par des médias liés au monde du travail, aux forces sociales progressistes et qui imposent les idées critiques du système dominant, qui animent la bataille politique pour une rupture avec la société de la concurrence, des intérêts privés, de l’individualisme et des actionnaires.

Le seul anniversaire possible du 10 mai 1981, c’est de populariser les raisons de la trahison et les outils pour la renverser demain. Toute force progressiste qui n’a pas clairement rompu avec les classes dominantes du capitalisme fera demain comme en 1914, en 38, en 56, en 83, comme en 2012... elle trahira !

Stèle en défiance des promesses de François Hollande chez Arcelor Mittal
Crédits : Radio France

Pour ne pas reproduire cette trahison, il faut deux choses
 un mouvement populaire organisé, autonome, capable de créer des cohérences et des convergences à large échelle
 un parti du monde du travail présent partout pour mener la bataille idéologique et permettre cette cohérence indispensable aux luttes. En 1981, ce parti aurait du être le parti communiste. Affaibli, il s’est laissé entrainer par la dérive socialiste jusqu’à accepter de participer au gouvernement Jospin qui a battu tous les records de privatisation. Heureusement, il s’est ressaisit depuis, notamment avec son dernier congrès et l’élection de Fabien Roussel.

C’est ce que les communistes devraient porter partout pour le 10 mai 1981, une grande campagne tirant les leçons de la trahison par la gauche des milieux populaires, une grande campagne d’adhésion pour redonner ses couleurs au parti communiste !

Et symboliquement, pendant que les dirigeants socialistes fêteront la gauche qui a trahi les milieux populaires au Creusot, les militants communistes décideront le 9 mai par leur vote d’une candidature communiste portant ces leçons tirées du 10 mai 1981

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