Un parti qui peut éclater, se morceler, bref disparaître à terme rapproché.

38e Congrès (extraordinaire) du PCF , fin novembre 2018

Une contribution de Jean Ortiz, à la veille du 38e congrès

Pour un communisme désirable qui tienne compte des marqueurs de notre identité, les intègre et les prolonge.

A quelques jours du Congrès du PCF, on ne peut affirmer que le climat y soit ni serein, ni par trop amical, ni enthousiaste.

Je me suis tenu (et me tiens) assez loin des grandes et petites manœuvres, des calculs boutiquiers ou carriéristes… Ceci dit , des débats sérieux et profonds, il y en a eu, nombreux. Les frustrations et les mécontentements internes ont cristallisé des fractures de fond. Le PCF ne dispose plus que de peu de cartouches à tirer pour révolutionner le vieux monde capitaliste, et notre parti, pour redevenir différent, audible, visible, attractif, désirable… Il ne peut rater son Congrès. Il reste au PCF un potentiel militant prêt à se retrousser les manches.

Cependant, j’ai senti que les erreurs et circonvolutions ont mis à mal l’unité du parti, qu’il peut éclater, se morceler, bref disparaître, à terme rapproché. Ce serait un terrible drame pour les salariés, les chômeurs, les femmes, les immigrés, les précaires, les intellectuels… Je ne peux imaginer la France des communards, des FTP, de la MOI… sans PCF.

Et puis, on a vite trouvé des boucs émissaires commodes, alors que l’essentiel des responsabilités de la crise de projet, de stratégie, de fonctionnement, de pratiques… nous échoit. Or, dans notre culture, il n’est pas facile de se remettre en cause, radicalement, de tirer par exemple les conclusions des votes des adhérents…

… Soyons sérieux, si nous voulons vraiment ce « rassemblement », un mot dont on use et abuse tant… surtout lorsque l’on est en panne de projet, soyons sérieux, Mélenchon n’est pas responsable des inondations, c’est le mauvais temps, purée. Et ce que l’on aurait dû faire, quelle que soit notre appréciation sur sa réaction aux perquisitions surprenantes par leur ampleur, leur violence, et les méthodes appliquées, c’est ne pas laisser Mélenchon seul sous le feu d’une répression aussi inédite qu’hypocrite. Je dis bien quelle que soit la position de la direction du PCF. Cela s’appelle la solidarité de classe. Elle n’exige ni ne suppose l’inconditionnalité.

Et puis, que dire de feu le Front de gauche… Nous avons eu peur de notre propre créature. Aucun changement de société ne sera possible, nous n’aurons de cesse de le répéter, sans un parti communiste de classe, ouvert, combattif, novateur, internationaliste… Mais pourquoi cette difficulté à marier la nécessité d’un parti puissant et la stratégie unitaire sur des bases de « rupture » ? Ou à poser cette question seulement en termes réducteurs d’appareil, de sommet ?

Et par ailleurs, pourquoi ces entorses à la démocratie ? C’est par « Le Figaro » que nous avons appris, il y a trois jours, que la « commission des candidatures » aurait rejeté la proposition de Pierre Laurent comme secrétaire national. Cela fait deux fois que la direction actuelle patine (du jamais vu !) : mise en minorité, par le vote des adhérents, du texte proposé par la direction nationale (38%, contre 42% pour le texte alternatif : « Pour un manifeste du Parti communiste du XXIe siècle », devenu logiquement LE texte de travail pour toutes et tous, « la nouvelle base commune »), et rejet récent par la « commission des candidatures » (26 voix contre 24) de Pierre Laurent comme secrétaire national. « L’Huma » du 09-10-11/11/2018 confirme, en bas de page ; on peut y lire : « Une majorité des intervenants a exprimé l’idée qu’une liste commune ne pourrait se concevoir avec Pierre Laurent proposé comme secrétaire national ». Marie-Pierre Vieu considère que : « Ce qui s’est passé est indigne, parce qu’on ne va pas régler à 50 personnes, par la petite porte, des questions de direction qui appartiennent à tous les communistes ». Bref, ça pègue dur. Lors du Conseil national de la mi-octobre, le député du Nord, Fabien Roussel, s’était déclaré « en disponibilité » pour le mandat de secrétaire national.

Le Congrès se doit de prendre en compte les exigences de changement majoritaires au sein du PCF. Pierre Laurent estime qu’il n’est pas trop tard pour trouver une solution collective. La « commission des candidatures » se réunira à nouveau le 20 novembre, pour examiner des propositions de candidatures « montant » des fédérations, avec la volonté de construire une liste, et trouver un(e) tête de liste qui fassent consensus.

La crise du parti bouleverse les schémas habituels. Mais le problème reste un problème de fond : quel projet, quelle stratégie pour un PCF révolutionnaire d’aujourd’hui, qui veut dépasser le capitalisme, et s’engager dans un processus vers une société nouvelle ? Un communisme du XXIe siècle.

Jean Ortiz

Voir en ligne : 38e Congrès (extraordinaire) du PCF , fin novembre 2018

Vos témoignages

  • Lanta Ménahem paule 13 novembre 2018 20:08

    J’habite Pau, et signataire du Manifeste je me suis sentie tenue d’aller écouter JLM : Après voir recyclé E. Maurel qui se revendique encore et toujours Mitterradien… fait venir à leur frais ? des électeurs de sa grande circonscription pour Strasbourg qui ne reçurent ni la moindre explication pour son vote en faveur des frappes sur la Libye de Kadafi alors que son groupe à Strasbourg votait contre, ni pour sa « saillie » contre les travailleurs détachés…. ET donc cerise sur le gâteau JLM salua « son ami Jean Ortiz » avant de se prononcer contre les centrales atomiques pour l’électricité et POUR la dissuasion nucléaire… Vive la miniaturisation des armes atomiques concoctée au BARP en gironde…JLM est il plus con que pourri ? Alors foin de ceux qui espèrent changer l’ordre dominant du capitalisme financier avec la seule force de communicants aussi peu marxistes dans leur vision politique que dans la nécessaire lucidité économique. Vive le PCF qui sortira du Congrès extraordinaire. Paule de Pau, fière des débats et décisions de notre congrès fédéral

  • dariokhos 12 novembre 2018 22:42

    Eh bien, cette fois, je suis d’accord avec l’analyse de Jean Ortiz, sauf sur un point essentiel. Que le parti « communiste » français disparaisse à terme rapproché ne serait pas une catastrophe, mais une lueur d’espoir. Avec 40 000 votants dont 36 % qui votent Laurent, 10 % qui votent ultra droite et à la louche 15 % qui votent pour le texte majoritaire par opportunisme, il reste, au mieux, 39 % de communistes, soient 15 000. Statistiquement, il y a donc plus de communistes en-dehors du P« C »F, voire, un pied dedans un pied dehors que dans ce qui reste de l’organisation. En dehors avec le Parti Révolutionnaire Communistes, le PCRF et surtout les nombreux qui ne sont plus nulle part et « un pied dedans un pied dehors » avec le PRCF, l’ANC et des tas d’autres groupes, comme le cercle Gabriel Péri, la coordination communiste 59/62, etc. Il y a besoin que le grain meure pour qu’il renaisse !!!! S’accrocher au squelette bureaucratique aujourd’hui, c’est faire perdurer une organisation sociale-démocrate qui n’a plus rien à voir avec le mouvement ouvrier, qui est bien plus droitière que Mélenchon, alors que le principal intérêt des travailleurs est qu’elle disparaisse.

  • SNOWDEN 12 novembre 2018 21:11

    A la dernière Fête de l’Huma j’ai le souvenir du stand du PGE : parti de la gauche Européenne, avec le groupe au parlement Européen, un stand bien propre sur lui, bien propre avec des permanents bureaucrates payés par l’UE, sans drapeau rouge ni faucille et marteau, mais un stand où je n’ai vu aucun visiteur de la fête de l’huma s’arrêter. Cela donne une idée de la popularité de la bouse mafieuse qu’est l’UE/EURO/OTAN. Le Peuple communiste ne s’y trompe pas malgré la page hebdomadaire du blairiste Wurtz de propagande pro-UE, dans la droite ligne liquidatrice des Laurent/Hue/Buffet/Braouezec/Martelli/Sève/Tartignole/Vieu&CO. C’est Idem pour la CES, Confédération Européenne des Syndicats, qui ne devait pas avoir de stand à la FDH heureusement pour cette officine bureaucratique, financée par l’UE, et où la CGT s’est vautrée.

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