Confinement ? tribune de Laurent Brun

Laurent Brun secrétaire de la CGT cheminots pointe l’impréparation du gouvernement. Comment, 8 mois après le premier confinement, le gouvernement en est il encore réduit à user de cette mesure radicale ? se demande-t-il. Le propos est ici direct et sans détour, mais il soulève de nombreux débats de fond sur la nature des politiques menées depuis des décennies dans notre pays, et éludés par les éléments de langage du « politiquement correct » de la communication gouvernementale.

Le problème de notre pays c’est que le Gouvernement Macron est engoncé dans une idéologie ultra libérale fanatique qui le conduit à ne pas anticiper, ne pas intervenir sur les outils économiques et se contenter de faire du marketing politique. Ce n’est pas de l’incompétence. C’est du dogmatisme.

Le confinement est une mesure très archaïque. Comme on ne sait pas quoi faire d’autre, on fige le pays en espérant que ça fige le virus. C’est une mesure du moyen âge, qui peut se comprendre lorsqu’on est « surpris » en mars, que l’on ne dispose pas des plus élémentaires moyens matériels, et que l’hôpital est incapable de faire face à une épidémie massive.

Mais 8 mois plus tard, pourquoi est-on en situation de n’avoir pas plus de choix ?

Le confinement est un désastre économique et social. Sa mise en œuvre une seconde fois me met personnellement très en colère. Et ce n’est pas la colère hypocrite du MEDEF dont les membres les plus éminents, en bons capitalistes sans morale, ont profité de la pandémie pour s’enrichir ou pour restructurer et délocaliser les industries. C’est la colère des milliers de pauvres qui vont se noyer dans des difficultés financières supplémentaires parce que perdre quelques euros de revenu est un drame pour eux. La colère des milliers de chômeurs supplémentaires et de tous ces jeunes qui débarquent sur le « marché » de l’emploi dans ce contexte. La colère des filières culturelles ou sportives qui meurent. La colère des salariés des « commerces non essentiels » qui sont abandonnés. La colère de la sécu exangue parce que ses caisses sont prises pour un distributeur automatique par le Gouvernement alors que les profits ne sont même pas égratignés. La colère pour les infirmières et les médecins qui servent de paillasson à leur Ministère, comme les profs d’ailleurs. La colère des premiers de corvée à qui on promet une 2e vague plus meurtrière que la 1re. La colère pour nous tous.

Nous devons nous confiner. Mais nous devons aussi demander des comptes à ce Gouvernement inconséquent.

Je ne m’étend pas sur la situation, nous la connaissons tous. Même Macron, tout de mépris vêtu, est obligé de reconnaître les erreurs. Mais il s’en exonère immédiatement sous le prétexte qu’on ne pouvait pas faire autrement. Responsable mais pas coupable. On l’a déjà entendu et c’est la question principale : pouvait on faire autrement ?

Sans aucun doute puisque d’autre pays y sont parvenus.

En octobre, la chine – pays d’1,3 milliards d’habitants – prenait de nouvelles mesures ciblées et massives des qu’elle détectait quelques dizaines de cas… pas de seconde vague à l’horizon.

Le Vietnam ne compte que quelques cas détectés, tous importés, ces dernières semaines.

Pendant que l’Amérique du Sud plonge comme l’Europe, Cuba n’a connu que 87 décès et la pandémie semble sous contrôle. Il faut rajouter que l’île révolutionnaire a envoyé près de 50 000 médecins dans divers pays du monde pour aider à soigner (dont 15 en Martinique).

Objectivement, il n’y a pas que les pays socialistes qui s’en sortent bien : la Nouvelle Zélande (pays qui a renationalisé son chemin de fer il y a quelques mois – spéciale dédicace) s’inquiétait le 15 octobre d’une possible recrudescence après avoir détecté 1 cas ! Des mesures énergiques étaient immédiatement prises…

A chaque fois il semble y avoir une caractéristique commune : on détecte vite car on test systématiquement et massivement, et on agit pour circonscrire le foyer infectieux.

Donc que devrait-on faire en France ?

Nous sommes « en guerre » selon le Président Macron. Et pourtant il se contente d’attendre le virus derrière la ligne Maginot des mesures barrière. Là encore, je précise qu’il faut effectivement appliquer ces mesures. Mais elles ne sont que symboliques et manifestement peu efficaces. C’est ce qu’on applique quand il n’y a plus rien d’autre. C’est comme si toute la sécurité des circulations ferroviaires reposaient seulement sur le port du gilet orange. Heureusement que nous avons les mesures techniques lourdes et les procédures de sécurité, sinon il y aurait des morts tous les jours ! Le gilet ne sert modestement que lorsque toutes les autres mesures ont été débordées… donc en fait, il vaut mieux éviter d’avoir à s’en remettre à lui, même s’il faut le porter !

– concernant l’application numérique pour tracer les cas contacts. Il y a clairement un manque de confiance des citoyens vis à vis de ce dispositif. La crainte principale semble être le flicage ou l’utilisation mercantile des données collectées par l’entreprise privée fabricante. Plutôt que de faire la morale, le Gouvernement devrait chercher à faire la transparence : confier la création et la gestion de cet outil à un organisme public au dessus de tout soupçon (l’INSEE ou une autre structure disposant d’un peu d’indépendance pourrait s’en occuper), et créer un organisme de contrôle de l’utilisation avec des représentants de toutes les tendances politiques, d’associations, et même de citoyens tirés au sort. Bref, tout faire pour que ce dispositif ne soit plus un objet de controverse mais redevienne un outil technique neutre au service de l’intérêt général. Au passage, l’indépendance des fonctionnaires grâce à leur statut, ça sert à ça…

– si on veut limiter le confinement dans le temps, faire baisser rapidement le taux de contamination et surtout éviter une remontée lors du déconfinement, il faut tester, tester, tester ! Mais pas selon le système actuel (on ne teste que les cas symptomatiques donc c’est déjà trop tard, et on attend les résultats trop longtemps donc ça ne sert à rien). Il faut passer au test systématique afin de débusquer tous les cas non symptomatiques, les confiner rapidement et ainsi briser la chaîne de contamination. Donc déjà il faut des tests rapides et simples d’utilisation (les test antigéniques donnent un résultat en 30 minutes et ne nécessite pas de geste médical). La Chine en dispose depuis mars après avoir organisé la coopération de 22 de ses universités afin de les développer… en France ils débarquent à peine parce qu’on laisse les entreprises privées et le marché les développer… Grâce à eux il est possible de créer de véritable Check point partout, par exemple à l’entrée des EHPAD (ce qui permettrait d’autoriser les visites), évidemment à tous les points d’entrée du pays, et dans n’importe quelles structures repérées comme génératrice de foyers d’infection. L’armée pourrait être mobilisée pour créer des points de test dans les quartiers, dans les gares, dans les centres commerciaux. Les employeurs pourraient également être mis à contribution : ils ne veulent pas du confinement, et bien qu’ils organisent les tests systématiques à la prise de service. En France 287 grandes entreprises emploient 4 millions de salariés, ce serait déjà ça de moins à organiser pour les pouvoirs publics. Si on élargi aux entreprises de taille intermédiaire c’est 7,5 millions de salariés de plus. Enfin l’école et l’université pourraient aussi être des lieux de tests massifs. Et une foi la détection largement déployée, il faudrait confiner immédiatement les cas positifs, en prévoyant des dispositions pour les exonérer du travail et les indemniser (afin qu’ils ne soient pas récalcitrants à se faire tester), et aussi pour les isoler de leur famille s’ils le souhaitent (dans le cas contraire, c’est toute la famille qui serait confinée). Si ce genre de dispositif était déployé réellement, le confinement systématique ne serait plus nécessaire. Et on disposerait aussi de statistiques fiables sur l’évolution de l’épidémie.

– pour terminer il faut se préoccuper sérieusement de la dernière ligne de défense, l’hôpital public, qui est dans un état grave. Macron fanfaronne en expliquant qu’on ne peut rien faire puisqu’il faut 5 à 10 ans pour former le personnel. Il faudrait déjà néanmoins afficher l’arrêt des fermetures de lits et une programmation pluriannuelle de formation et d’embauche de personnel médical. Ça ne résoudrait pas nos problèmes d’aujourd’hui mais ça éviterait d’en créer dans 10 ans, comme l’ont fait Sarkozy et Hollande. 10 ans c est demain. Ensuite il faut remotiver sérieusement les effectifs existants, stopper l’hémorragie. Au delà du plan d’embauche il faut de la reconnaissance : les personnels revendiquent 300€ d’augmentation mensuelle, accordons leur immédiatement, sans mégoter ! La CGT a chiffré la mesure à 8,7 milliards. Certains en seront horrifiés mais c’est 1/10e du CICE qui n a crée aucun emploi, c’est la moitie du plan d’aide au secteur aérien qui licencie à tour de bras, etc… et c’est une vraie mesure de relance parce qu’en plus, ça dope la consommation et donc la reprise économique… Cote réaction immédiate pour faire face à la vague, il faut une mobilisation générale pour soulager la médecine de ville et les urgences, pour faire les tests partout, etc… cette mobilisation pourrait par exemple s’incarner dans la réquisition des spécialités non essentielles (chirurgie plastique et plein d’autres). Ces gens ont fait médecine. Ils ne peuvent peut être pas traiter un patient en réa, mais ils peuvent sûrement aider aux étapes antérieures de la maladie. Il faut réquisitionner les personnels et infrastructures privées, et pourquoi pas solliciter l’aide des pays qui ont déjà vaincu la maladie. Les personnels de santé eux mêmes ont probablement des idées sur la manière de leur apporter des moyens. La aussi il ne faut pas ergoter ! Nos lits de réa, qui devaient passer à 15.000 avec des respirateurs made in France qui ne sont finalement jamais arrivés, doivent effectivement être augmentés. 50 lits en moyenne par département c’est un scandale. Lancer une entreprise publique de fabrication de ce genre de matériel ne serait pas du luxe. Et en profiter pour rouvrir quelques hôpitaux fermés récemment pourrait aussi être utile, notamment pour ne pas reporter trop d’opérations et de traitement des autres maladies graves. Si les chinois arrivent à construire un hôpital de campagne en 15 jours, nous devrions pouvoir rafraîchir et re équiper un bâtiment assez rapidement (hôtel-Dieu à Paris et à Lyon, val de grâce…). Peu importe qu’ils aient été cède pour des opérations immobilières. Si on peut mettre entre parenthèse le code du travail, pourquoi ne le pourrait on pas avec le code du commerce ? On reprend ce qui n’aurait jamais dû être vendu, dans l’intérêt supérieur de la Nation !

– Alors bien sûr tout cela coûte beaucoup d’argent. Donc dans les mesures d’urgence, il faut aussi trouver de quoi assumer. A situation exceptionnelle (nous sommes en guerre ou pas ?), mesure exceptionnelle : les sociétés du CAC40 prévoient 30 milliards de dividendes à leurs actionnaires cette années, taxons cela à hauteur de 50, 70, ou 100%, en fonction de ce qui est nécessaire. Si l’on élargi à toutes les sociétés cotées de France, on peut imaginer qu’au moins 80 a 100 milliards sont mobilisables. Et si l’on rajoute les grandes fortunes, les très hauts revenus, la rémunération des propriétaires d’entreprises non cotées, on voit qu’il n’y a pas trop de problème. Si Chypre a pu prélever 60% de l’épargne de ses citoyens au delà de 100000€ pour faire face à une petite crise financière, nous pouvons faire pareil sur les grosses fortunes pour affronter la pire pandémie de notre siècle. Et si nous voulions être encore plus efficaces, on ne se contenterait pas de taxer, on reverserait la somme sous forme de salaire exceptionnel aux salariés, l’Etat en récupèrerait au moins 20% sous forme de fiscalité, les collectivités locales en profiteraient aussi, et la sécu – grâce aux cotisations sociales – en récupèrerait 30%, et ça doperait un peu la consommation pour relancer les spectacles, les librairies, les restau, etc…

Le dernier point c’est la mise en œuvre.

2 étapes : dès maintenant, trouver des formes de lutte sociales pour exiger des mesures concrètes de son entreprise, d’ une autorité de santé, d’un préfet… la CGT peut y contribuer alors syndiquez vous, organisez vous, battons nous !

et en 2022 on vire ces incompétents et on se mobilise massivement pour porter au pouvoir des gens qui mettront réellement des solutions en place !

Voilà, j’écris tout parce que ça fait du bien de formaliser ses idées pour les soumettre au débat. Je n’en peut plus des commentaires permanents sur les chaînes d’info et de la répétition stupide des éléments de langage du gouvernement dans la plupart des médias. Oui on peut faire autrement que l’enchaînement d’imbécilités qu’ils nous imposent !!

Vos témoignages

  • Confinement ? tribune de Laurent Brun 7 novembre 2020 01:02, par Gagarine

    En fait la position anticommuniste de l’Humanité et du chef de la CGT Martinez ainsi que son rapprochement avec la droite d’EELV (Jadot) est de plus en plus discutée au sein de la CGT et du PCF, surtout que la Chine communiste est le seul grand pays à avoir triomphé du COVID 19 et à avoir retrouvé un taux de croissance supérieure à 5% alors que l’ensemble des pays capitalistes mafieux du monde sombre sous le COVID et la dépression économique. Les communistes français avec ou sans carte qui soutiennent la Chine communiste et la montre en exemple seront ceux qui gagneront la lutte idéologique au sein de la famille communiste, d’autant plus qu’en France l’ensemble de la classe politique à l’exception de la gauche de la CGT et du PCF dénoncent par dépit la Chine communiste et que la réalité de la Chine communiste face au COVID et face à la nouvelle guerre froide impose contre la Chine communiste par la capitalisme mafieux mondial est perdue d’avance et cette victoire de la Chine communiste va s’accentuer avec le temps (les médias capitalistes mafieux en France commencent à s’en rendre compte….de plus en plus aussi).

  • Confinement ? tribune de Laurent Brun 3 novembre 2020 11:57, par CN46400

    @ gagarine La Chine a une police et une armée, ainsi qu’un contingent important de capitalistes. Ce n’est donc pas un « pays communiste ». Mais c’est un pays dirigé par un parti unique qui se veut communiste, ce qui n’en fait pas une dictature classique. Il y a plus de différences entre les politiques de Mao et celle de Deng qu’entre celle de Trump et celle de Biden…

    • Confinement ? tribune de Laurent Brun 6 novembre 2020 18:01, par Gagarine

      CEla s’appelle la dictature du prolétariat. et cela fonctionne à merveille. Quant à vos milliardaires chinois dont parlent les articles anticommunistes de l’Humanité Valeurs actuelles ils n’existent que dans votre tête petite bourgoise.

  • Confinement ? tribune de Laurent Brun 2 novembre 2020 20:47, par Gagarine

    La Chine communiste a triomphé du COVID 19 parce qu’elle est communiste, et donc qu’elle a un pilote dans l’avion, à savoir l’Etat communiste qui pilote 80% de l’économie avec succès via une planification à long terme et une politique industrielle forte dans tous les domaines : santé, Telecom (l’Etat communiste Chinois finance massivement les 3 opérateurs publics sur un seul réseau, et ne leur a jamais fait payer des enchères pour les fréquences 2G, 3G, 4G, 5G, Energie, y compris nucléaire, Eolien et solaire, les transports publics (la SNCF chinoise est 100 % publique en monopole et en plein développement via TGV et lignes secondaires financées massivement par l’Etat communiste et emploie plusieurs millions de cheminots fonctionnaires mais oui chers ultralibéraux), l’électronique, l’automobile/Bus/scooter/ Vélo électrique, etc….et est devenu N°1 mondial de l’ensemble de ces filières industrielles en étant partie de rien il y a 40 ans. Aux US, en Europe depuis Reagan et Thatcher, c’est le désert et le COVID 19 n’y a aucun rempart étatique car l’Etat dans ces pays n’existe plus grâce à Reagan et Thatcher.

    • Confinement ? tribune de Laurent Brun 10 novembre 2020 09:06, par Xuan

      La Chine n’est pas communiste, le communiste est une société sans classe, donc sans Etat qui est l’instrument de domination d’une classe sur une autre, et par conséquent sans dictature et sans démocratie non plus. C’est ce qu’en dit Marx dans le Manifeste. Dans toute société divisée en classes il y a simultanément dictature et démocratie. Jusqu’ici dictature d’une minorité sur la majorité, et dans le socialisme l’inverse.

      La Chine est dans la phase de transition du socialisme, et même dans la « première phase » de cette transition selon le PCC. Ceci parce que la Chine doit d’abord parvenir au niveau atteint par le capitalisme industriel de nos pays : le chemin parcouru ici depuis le milieu du XIXe l’a été en Chine en 70 ans.

      D’autre part le capitalisme chinois a été étouffé par le colonialisme. Ce n’est pas fini, on a vu comment Trump a essayé de briser les reins de Huawei en lui interdisant l’accès aux puces sous brevet US, c’est-à-dire empêcher l’accès à la high tech pour la Chine. Le capitalisme en Chine a droit de cité y compris depuis Mao, parce qu’il accepte la loi socialiste qui lui permet d’exister (sinon il se fait écraser par l’impérialisme), et parce qu’il permet encore le développement des forces productives. Mais il est dirigé suivant la planification et les capitaux doivent être investis dans l’économie réelle et non dans la spéculation. En outre il doit obéir aux objectifs d’élévation du niveau de vie et d’écologie, suivant le 14e plan, ceci pour permettre la « double circulation » (marché intérieur et extérieur). Et sa finalité doit être de servir le peuple. Les chinois parlent de dictature populaire et non de dictature du prolétariat pour ces raisons. Il existe des milliardaires en Chine et les écarts de revenu sont aussi une des contradictions à résoudre dans le 14e plan.

      Cela dit le principe de fonctionnement du socialisme est « de chacun selon ses capacités et à chacun selon son travail », tandis que le pour le communisme c’est « de chacun selon ses capacités et à chacun selon ses besoins ». Il faut que les besoins de tous soient d’abord satisfaits et que le travail ne soit plus une contrainte.

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