Il n’y a pas d’issue sans rupture, il n’y a pas de rupture sans parti !

, par  pam , popularité : 90%

La campagne de la NUPES révèle la nature réelle de cette "nouvelle union de la gauche" comme l’ont dénommée beaucoup d’acteurs et de commentateurs, faisant même parfois référence à 1981. Pour les dirigeants de la FI, la campagne de la NUPES doit être partout la même, construite sur les documents élaborés à Paris, et centrés sur l’objectif d’élire Jean-Luc Mélenchon à Matignon.

Dans beaucoup de circonscriptions, des candidats et militants renâclent. Certains ont la mauvaise habitude de faire leurs propres tracts, de construire une campagne à partir des revendications du territoire, des luttes locales pour faire un lien concret avec un programme politique national. Pourtant, l’affiche la plus utilisée est celle de Mélenchon premier ministre, et quand un candidat fait son affiche, la photo de Mélenchon reste obligatoire. Si un candidat ancré localement déroge à cette règle et construit sa propre campagne, les critiques sont nombreuses.

Les communistes retrouvent dans cette situation les questions qu’avaient posé le Front de Gauche, notamment sur la manière d’articuler l’expression du parti communiste et celle du Front de Gauche. Pour certains, tout devait converger pour fusionner. C’était la proposition de Marie-Georges Buffet rejetée par les communistes en 2007. La décision de Jean-Luc Mélenchon de créer la France Insoumise pour préparer 2017 prenait acte de ces difficultés et de sa volonté d’être le seul décideur d’un mouvement dans lequel les partis disparaissent. Qui a vu depuis une expression du parti de gauche ?

Les communistes ont décidé à leur 38ème congrès que le parti communiste était utile, nécessaire même et ont engagés une réorientation politique qui a conduit à une candidature communiste en 2022. Où en est-on ?

Dès le 10 avril au soir, une bataille violente s’est engagée pour faire regretter leurs décisions aux militants communistes, et la pression des négociations électorales ont conduit la direction du PCF à céder face à cette véritable guerre idéologique orchestrée par Jean-Luc Mélenchon.

D’abord en imposant l’idée que le troisième échec de Jean-Luc Mélenchon était de la faute des communistes. Il aurait fallu une réponse forte et publique de la direction du parti et notamment de Fabien Roussel. Imaginons que dès le 11 avril au matin, Fabien ait déclaré

Non, jean-luc, ce ne sont pas mes 800 000 voix qui t’ont manqué, mais les 13 millions d’abstentionnistes, le vote ouvrier qui a massivement refusé de te soutenir, sans malheureusement choisir le vote communiste, et le vote extrême de cette colère noire que j’ai sans succès tenter de faire reculer. C’est toi qui a choisi de concentrer ta campagne pour écraser la gauche, tenter de profiter du vote utile alors même que ce vote utile faisait monter d’abord Macron et Le Pen ! C’est ta stratégie à gauche qui a conduit à ton échec. C’est toi qui doit te remettre en question !

Bien sûr, nous n’aurions pas renversé la table, mais nous aurions donné force et confiance aux communistes, à leurs soutiens, à tout ceux qui avaient apprécié la campagne des jours heureux même si, à la fin, ils ont cru voté contre Macron et Le Pen. Nous aurions créé de bien meilleures conditions à des négociations locales pour décider ou non de candidatures communes et pour imposer partout où les communistes le pensaient possible leur propre candidature.

Ce que Jean-Luc Mélenchon a fait nationalement en négociant séparément avec EELV, le PS et le PCF, jusqu’à des textes programmatiques contradictoires qui sont de même nature que les textes de synthèse d’un congrès du parti socialiste, les communistes pouvaient le faire dans chaque circonscription et département.

Le résultat est terrible. Le plus souvent, les communistes sont contraints à faire campagne aux législatives en effaçant leur campagne des jours heureux, et il faut souvent deviner que le parti communiste est présent tellement la communication nationale imposée par la FI limite les partis à leur petits logos.

Et surtout, les communistes se retrouvent, comme en 1981, embarqués dans une illusion mortifère pour le peuple, Mélenchon premier ministre serait par lui-même la rupture tant attendue !

Tous les communistes savent qu’aucun conquis social, en 36, en 45, en 68 n’ont été possibles sans un puissant mouvement social, sans un peuple uni et organisé. Et pour cela, nous savons qu’un parti communiste est indispensable. Nous le voyons bien sur le terrain. Les militants insoumis dans ce mouvement "gazeux", sans organisation se mobilisent pour une campagne électorale, puis se divisent, surfant sur toutes les contestations notamment sur les réseaux sociaux, sans effort d’éducation populaire pour favoriser les cohérences des luttes, leur convergence sur le fonds, sur le programme. Et dès qu’on discute de la nature de la rupture nécessaire, les contradictions à gauche explosent ! rupture avec le capitalisme ou seulement avec Macron ? rupture avec l’industrie ou réindustrialisation ? rupture avec la société de consommation ou avec la consommation ? Sans analyse partagée des causes de la crise, et donc sans analyse marxiste du capitalisme et de l’impérialisme, on ne comprend rien à la rupture et c’est alors chacun pour soi. Vive le photovoltaique sur mon toit et tant pis s’il est payé par les consommateurs. Vive les circuits courts bio et tant pis si les plus pauvres sont exclus. Vive les renouvelables et tant pis si leur intermittence ne permet pas d’assurer le développement industriel. Vive les LGBT+x et tant pis pour les régressions des droits des femmes dans les quartiers.

Au contraire, les communistes travaillent pour montrer le besoin d’affirmer toute lutte spécifique dans un cadre commun, convergeant vers le projet d’une autre société, dans laquelle les droits de tous sont garantis, dans laquelle le mix énergétique et son modèle économique sont l’objet d’un débat politique excluant les intérêts privés.

Avec la campagne de la NUPES, tout cela est effacé, et tout le monde a bien compris que pour Jean-Luc Mélenchon, ce n’est pas seulement le cadre d’une campagne électorale, mais bien celui de l’organisation de la gauche qu’il veut diriger pour les années à venir. A Vénissieux, le candidat insoumis qui a exclu la candidate communiste légitime [1] nous dit clairement "en 2026, la liste aux municipales sera celle de la NUPES dans le cadre d’une candidature unique en 2027" !

Il faut le dire clairement. Avec la NUPES, le PCF joue sa survie. Soit il cède encore une fois aux exigences de Mélenchon et accepte que la NUPES soit, plus loin que le Front de Gauche, un groupement politique renforcé et centralisé dans lequel les partis sont accessoires. Soit il affirme comme vient de le faire Fabien Roussel, que le PCF existe et existera. Mais il faudrait dire clairement que la NUPES est d’abord un accord électoral pour les législatives et pas plus. Il faudrait redire pourquoi on a besoin d’un parti communiste et pas de la NUPES.

Pour cela, il faut faire reculer l’électoralisme qui fait croire qu’il suffit d’élire un premier ministre pour rompre avec le capitalisme. Il faut dire pourquoi Allende ou Tsipras ont échoués, dans l’honneur pour l’un, le déshonneur pour l’autre. Il faut dire pourquoi toutes les tentatives de mouvements de gauche non communistes ont échoués ; Siriza, Die Linke, Podemos. Il faut rappeler la critique léniniste du "crétinisme parlementaire".

La vérité est que le capitalisme en crise se bat pour sa survie, que les couches sociales qui en sont gagnantes ne laisseront aucune politique de rupture mettre en cause leurs intérêts. Il faut rendre visible cette affirmation du manifeste du parti communiste qui dit pourquoi il fallait rompre avec la gauche socialiste pour créer le mouvement communiste. "L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire des luttes de classes"

Les partis sont mortels, et le pari historique fait par les communistes en 2018 de faire vivre leur parti sera perdu s’il reste dans la NUPES au-delà de ce mois de juin.

[1malheureusement sans action des négociateurs du PCF

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