L’Euro est devenu un boulet

L’urgence d’un débat

Une lettre d’André Gerin à Pierre Laurent…

Cher Pierre,

Le feuilleton quotidien de l’aggravation des dettes souveraines, les purges d’austérité imposées aux peuples et revues sans cesse à la hausse font monter une exigence : la sortie de l’Euro.

Il n’échappe à personne que l’idée fait son chemin à mesure que la monnaie unique étale ses ravages et que les mesures pour la sauver enfoncent les pays concernés encore un peu plus avant dans la crise.

Faut-il nous en étonner, nous les communistes ?

Nous avons combattu, en 1992, le traité de Maastricht et ses fameux critères. Ils visaient à couler chacun dans le même moule, à imposer les mêmes taux de changes et d’intérêt à des nations aux histoires et configurations économiques et sociales si diverses. Ils imposaient à tous la rigueur budgétaire sans considération des niveaux de développement respectifs.

Tout cela au profit de qui ? Des multinationales, qui ainsi pouvaient aller et venir, jouant sur les différences de coûts du travail, délocalisant à leur gré et tirant partout les droits des salariés vers le bas ; des marchés financiers qui, grâce au crédit, tant aux États qu’aux particuliers, ont nourri une bulle financière explosive car non fondée sur l’économie réelle.

Les traités intervenus depuis 1992 ont conforté cette fabrication du cancer financier et spéculatif. Et nous avons eu raison en 2005 de prolonger notre combat contre le projet de traité constitutionnel européen destiné à parachever la disparition des souverainetés nationales.

Aujourd’hui, nous avons sous les yeux les résultats catastrophiques de cette intégration européenne qui nous a été imposée.

Il est illusoire de penser qu’un quelconque rafistolage est possible. L’Euro et ses structures institutionnelles sont des instruments de domination. Elles constituent un nouvel impérialisme « un collectivisme à l’européenne » enserrant les peuples dans un carcan et les privant de toute perspective d’alternative et de changement.

Il n’est d’autre issue que d’en sortir dans des modalités qu’un nombre croissant d’économistes d’horizons divers exposent à travers colloques et articles, que moi-même je me suis efforcé de formuler en janvier et juillet derniers. Le caractère national de la politique budgétaire s’impose.

Cette sortie serait tout simplement impossible car les promoteurs de l’Euro agitent l’épouvantail de l’apocalypse économique. Cette vison est destinée à interdire toute remise en cause de l’Euro. Or, l’expérience nous montre que l’Euro n’a pas tenu ses promesses, elle apporte même un sérieux démenti et prouve que tout était faux.

En nous inscrivant dans une démarche de sortie de l’Euro, nous serions fidèles aux batailles conduites en 1992 et 2005 et à nos idéaux communistes d’émancipation.

Soyons clairs : sans sortie de l’Euro et des carcans qui l’accompagnent, il n’y a pas de politique de gauche de transformation sociale possible, ni de définition de nouvelles coopérations en Europe. Nous sommes dans une situation d’urgence car le pire des scénarios serait celui d’une sortie des pays du Sud. Nous le voyons avec la Grèce et l’effet domino qu’elle provoquerait.

La question de la sortie de l’Euro fait débat dans les classes populaires qui ont été trahies après le référendum de mai 2005. C’est pourquoi je crois utile et urgent que le Conseil national du Parti communiste et tous les communistes engagent un débat sur ce sujet.

Reçois, Cher Pierre, mes fraternelles salutations.

André Gerin, le 13 septembre 2011

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