L’illusion du raccourci politicien

, par  Michel Salingue , popularité : 80%

La perspective pour être un jour crédible doit clairement s’inscrire dans une remise en cause fondamentale du système économique, social et politique. Alors, oui à un candidat communiste afin de mettre sur la table les vrais termes du débat.

[L’illusion du raccourci politicien

Le principe de l’élection d’un président de la République entre en contradiction totale avec le caractère essentiel de ce qu’est historiquement la gauche, sa diversité. Croire qu’un individu, seul puisse représenter cette diversité est, au mieux, une illusion. La gauche, parce qu’elle est plurielle, ne peut être représentée que par un collectif sur un programme commun qui évolue en fonction des rapports de forces internes à la gauche elle-même.... On en revient à la notion de "coup d’état permanent" que dénonçait, à une certaine époque, François Mitterrand. Il faut être clair : les institutions de la 5ème république sont faites pour empêcher une véritable gauche de changement de parvenir électoralement au pouvoir. Alors cessons d’accorder à l’élection présidentielle le rôle de pivot central de la politique et agissons au travers du mouvement social. Croire qu’une simple élection peut apporter les changements fondamentaux indispensables restera une illusion démobilisatrice si elle ne s’accompagne de pas d’un mouvement social aux exigences révolutionnaires et, surtout, avant, pendant et après l’élection.

La double illusion de Mélenchon

Les Verts, Mélenchon et d’autres encore ont ou vont décider de présenter leur candidature. Mélenchon s’affiche comme le recours, l’homme providentiel, le seul qui puisse faire gagner la gauche en 2022...Illusion.

Mélenchon, après avoir qualifié les communistes par la formule « la mort et le néant » vient aujourd’hui quémander leur appui. On peut, pour le moins, s’interroger sur sa sincérité. Cette démarche et son auto-désignation démontrent, une fois de plus, la nocivité et la dangerosité du régime présidentiel de la 5ème République.

Quand le peuple français se lèvera-t-il pour crier haut et fort qu’il ne veut ni César, ni tribun, ni homme providentiel ?

Ces candidatures personnelles visent à recentrer le débat de la perspective et de la stratégie sur l’élection présidentielle qui serait l’alpha et l’oméga d’avancées sociales déterminantes.

Illusions ! Une présidentielle gagnée ne suffit pas, et loin s’en faut, à changer les choses fondamentalement et dans le bon sens. L’élection de Mitterrand en 1981 en fut la preuve ; dès 1983 avec la politique de rigueur Mitterrand s’est plié aux volontés du capital et du marché.

Ne nous laissons pas aveugler par l’élection présidentielle... un président, quel qu’il soit, n’a aucun pouvoir pour changer fondamentalement les choses. Seul le peuple, et d’abord la classe ouvrière et les autres salariés, par leur mobilisation et leur soulèvement peuvent faire advenir le changement.

La perspective

L’union pour l’union, l’union pour simplement battre Macron ou même faire barrage à Le Pen sont destructeurs et installent la désespérance au sein des classes populaires car, l’histoire le montre, c’est en définitive une politique libérale favorable au capital qui est menée. L’union n’a de sens que pour mettre en œuvre un programme amorçant la sortie du capitalisme et la mise en œuvre de véritables avancées sociales.
Aucun gouvernement de gauche dans l’histoire de ces 90 dernières années n’a fait une politique de gauche sans que le mouvement social et l’état de pression de l’unité d’action des luttes ne l’y oblige.

La condition première et incontournable du changement dans la durée passe par une mobilisation populaire participant à la prise de conscience et se traduisant par les luttes dans une perspective de construction du socialisme avant, pendant et surtout après l’élection.

Faire des présidentielles la clef de voûte de l’accession aux responsabilités ne suffit pas. Seule la convergence des luttes politiques, sociales, syndicales permet de se dégager une marge de manœuvre dans le rapport de force.

Le point aveugle de notre stratégie politique se situe au niveau du lien politique entre luttes et construction du socialisme ici, dès maintenant et concrètement à partir des luttes menées.

Il faut renverser dialectiquement la perspective : il ne peut y avoir victoire électorale des forces de changement sans mobilisation des travailleurs au travers des luttes amorçant la construction du socialisme ici et maintenant. En gagnant, par les luttes sociales, des "bouts" de socialisme comme, par exemple, la sécurité emploi-formation, la reprise d’une entreprise en coopérative ou par sa socialisation, la gratuité des transports, la gestion de l’eau... tout ce qui concerne les biens communs. C’est la perspective concrètement vécue du socialisme qui mobilisera l’électorat. C’est en arrachant des morceaux de pouvoirs au forces du capital qu’on avancera.
En France nous ne sommes qu’à moitié en démocratie. Certes le peuple peut voter mais seulement pour élire des individus qui, une fois élus, peuvent faire ce qu’ils veulent. Ce qui amène la désespérance, la perte de crédibilité de la gauche dans son ensemble, une abstention massive et le recours au RN. Pour les communistes, il ne peut y avoir rassemblement que derrière un programme contraignant sous le contrôle permanent des travailleurs.

Malheureusement les expériences d’alliances social-démocrates (1981, 1997) n’ont pas fondamentalement "changé la vie" mais elles ont abouti au renforcement du FN et de l’abstention et surtout au discrédit de l’ensemble de la gauche dans les couches populaires.... alors renouveler des expériences qui ont raté... non, merci.
Au vu de la crise sociale, économique et écologique actuelle, notre analyse démontre la nécessité d’un changement fondamental et non pas d’un énième replâtrage keynésien. Ceux qui se disent nos partenaires à gauche ont fait la preuve qu’ils s’inscrivent dans une démarche social-démocrate et non pas dans celle d’un changement fondamental de paradigme de notre société. Et, enfin, l’histoire des grandes conquêtes sociales nous montre qu’elles ne peuvent intervenir sans un mouvement social et populaire de grande ampleur avant, pendant et surtout après l’élection. Le rôle premier du PCF est d’aider à la construction de ce mouvement social de grande ampleur et non pas d’entrer dans le jeu politicien des alliances de sommet. Il nous faut réfléchir et agir dialectiquement : ce sont les luttes populaire animées par des communistes qui donneront des élus communistes et ce sont les élus communistes à l’initiative et investis dans les luttes qui participent au développement d’une véritable idéologie de la transformation sociale.

Alors, que faire ?

Il n’existe pas de raccourci historique. Sans mobilisations, sans luttes aucune victoire, aucune réelle avancée sociale ! Alors que faire ? L’élection présidentielle est un piège, par principe anti-démocratique. La gauche par essence et par construction historique est diverse, seul un scrutin à la proportionnelle peut la représenter. En ce sens l’élection présidentielle, dans sa forme actuelle, est un véritable coup d’état. Soyons réalistes, qui peut croire que la gauche peut aujourd’hui gagner avec un PS à la ramasse, un PC qui commence à peine à relever la tête, des Verts plus que jamais divisés, un Mélenchon qui se prend pour le Sauveur Suprême et, surtout, un mouvement social et syndical dos au mur qui va de recul en recul... Nous avons à reconstruire une perspective sur le long terme avec les travailleurs afin qu’ils se mobilisent et que tous ceux qui par dépit ont abandonné le combat social et politique en se tournant vers l’abstention reprennent espoir. Mais tout cela ne se bâtit pas en quelques mois. La perspective pour être un jour crédible doit clairement s’inscrire dans une remise en cause fondamentale du système économique, social et politique. Alors, oui à un candidat communiste afin de mettre sur la table les vrais termes du débat, faire toucher du doigt les combats à mener et montrer que, aujourd’hui plus que jamais, il n’est d’autre solution face à un creusement inédit des inégalités et un risque d’effondrement climatique qu’un socialisme qui renverse la table...

Michel Salingue

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