La Nupes est une mauvaise réponse à la nécessité de reconstruire la gauche

, par  Laurent Santoire , popularité : 45%

1. La Nupes repose sur un mensonge de la France insoumise

JL Mélenchon ne sera pas premier ministre. La gauche n’est pas en position de gagner les élections ; il n’y aura pas 289 élus de gauche à l’assemblée nationale après la législative.

Les projections les plus favorables, en tenant en compte, une bonne dynamique de campagne, n’atteignent pas 200 sièges.

En fait à ce stade le principal objet concret de la Nupes est de préparer le premier tour des élections législatives et d’assurer à chaque force politique une juste représentation pour les 5 prochaines années (groupe parlementaire et subvention assise sur le nombre de voix obtenues). Il est clair que la FI est très largement favorisé et que l’on peut s’interroger sur la portion congrue réservée au PCF qui n’est même pas garanti de conserver un groupe autonome.

On peut quand même espérer de la Nupes un nombre de députés gauches plus importants à l’assemblée du fait d’un plus grand nombre d’accès au second tour.

2. JL Mélenchon et la France Insoumise hégémonique à l’issue de la présidentielle ; mais avec une gauche durablement affaiblie

Premier, certes mais sur un champs de ruines. Alors que 5 années d’une présidence libéral honni par une majorité de français, aurait permettre la résurrection d’une gauche de combat il n’en a rien été.

Aucune lutte conséquente n’a été mené par les forces de gauche. Aucune alternative nouvelle n’a été créée. Seul le parti communiste depuis son dernier congrès pose la question d’une rupture avec un capitalisme en crise systémique.

La FI principale force d’opposition sur le papier a préféré cultiver son rôle d’opposant institutionnel en jouant la carte d’une critique tout azimuts en espérant attirer à elle les déçus de la sociale démocratie.

JL Mélenchon n’a fait reculer ni l’abstention ni la colère noire populaire, ni la dérive socialiste macroniste... il a absorbéla gauche en la réduisant...

Dans un contexte d’abstention toujours en hausse, la gauche dans son ensemble demeure à niveau historiquement bas (moins de 28 % pour la gauche de gouvernement). Ce mauvais résultat relègue le bloc des gauches au troisième rang derrière le bloc de droite (incarné par la REM et les Républicains) et un bloc d’extrême droite toujours en progrès.

3. Cette réalité a poussé chacun à l’union coûte que coûte pour sauver les meubles lors des élections législatives

La FI a tenté une opération de main mise sur l’ensemble des forces de gauche, mais si elle a pu imposer à la fois sa bannière et son mentor, elle a du concéder à chaque parti de gauche suffisamment de circonscriptions pour qu’il puisse conserver son autonomie (présence dans 50 circonscriptions au moins pour bénéficier de la subvention d’état et au moins 15 députés pour constituer un groupe autonome).

Les radicaux de gauche et les autres petites forces de gauche, soutiens de Fabien Roussel lors de la présidentielle, ont été conduits à partir séparément faute d’un rapport de force suffisant pour imposer à la FI la garantie minimale d’être présents dans 50 circonscriptions fussent-elles des circonscriptions très à droite, ingagnables pour la gauche et où la présence de divers partis de gauche n’aurait pas menacé une quelconque victoire.

On est donc finalement sur un « mauvais » accord où la Fi va se tailler la part du lion avec 374 circonscriptions où elle est le candidat unique de la gauche.

Mauvais mais néanmoins jugé nécessaire par chacun des autres partis de gauche car il leur permet d’envisager un groupe autonome à l’Assemblée (Ce qui reste à vérifier !) et une subvention publique.

4. Le PCF sort fragilisé de cet accord

Mais pour le PCF, la Nupes, c’est surtout l’absence de candidature communiste dans plus de 520 circonscriptions et un maximum de 16 sièges gagnables au second tour. Si cet accord est historique comme le prétend l’Humanité, c’est bien en cela : pour la première fois de son histoire, le PCF s’efface dans la majorité des circonscriptions. C’est un dangereux précédent historique.

Nous serons en particulier absents de nombreuses circonscriptions où nous tenons des positions électorales notables (municipalités et élus départementaux) et où notre implantation nous permettrait, en dehors de tout accord, d’être le premier parti de gauche, voire même de figurer au second tour. Dans ce contexte d’effacement du PCF et d’hégémonie de la FI, de quelle manière se négocieront les prochaines municipales, les prochaines départementales, voire les prochaines régionales ? Serons-nous en mesure de faire valoir notre implantation ou la FI nous rétorquera-t-elle que c’est bien elle et ses candidats qui ont fait x % dans ce territoire ?

Dans une majorité de départements, voire des régions entières (le Limousin par exemple), nous ne serons pas représentés. Et là où nous serons candidats, nous porterons principalement les couleurs de la Nupes. Et encore avons-nous obtenu de haute lutte que nos candidats puissent se présenter sous nos couleurs, avec notre logo et sans le grand visage tutélaire de Jean-Luc Mélenchon !

Cette situation n’est pas conforme à nos orientations de congrès. Le texte précise que nous serons « présents avec nos candidates et candidats à toutes les élections ». Or les élections législatives ne sont pas que des élections nationales, ce sont aussi des élections locales, ancrées dans des territoires. Et force est de constater que dans la plupart des scrutins, nous serons absents.

Les élections législatives devraient constituer le deuxième acte de présentation et de défense de notre programme des Jours heureux. Un accord équilibré n’aurait porté que sur les quelques 150 ou 200 circonscriptions réellement gagnables par la gauche. Ailleurs, chacun aurait pu partir sous ses couleurs et défendre ses orientations.

5. Pour le PCF il faut réaffirmer le choix du manifeste et refuser le piège de l’effacement.

Le choix de la FI de caporaliser l’ensemble des forces de gauche derrière sa bannière est préjudiciable à la reconstruction de la gauche, car cet accord est un faux semblant à usage électoral.

Cette situation n’est pas conforme à nos orientations de congrès. Le texte précise que nous serons « présents avec nos candidates et candidats à toutes les élections ». Or les élections législatives ne sont pas que des élections nationales, ce sont aussi des élections locales, ancrées dans des territoires. Et force est de constater que dans la plupart des scrutins, nous serons absents.

Imposer une candidature unique dans toutes les circonscriptions va augmenter notablement l’abstention, car nombre d’électeurs ont fait le choix d’un des partis de gauche sans pour autant être prêts à voter pour un autre. Rappelons-nous de l’union des gauches aux élections régionales dans les Hauts-de-France : la liste unique avait fait un moins bon score que la somme des différents partis séparés. Une candidature unique permet d’être davantage présent au second tour, mais n’a pas de sens dans les circonscriptions où la somme des différents partis restent inférieure au seuil pour se qualifier, voire dans les circonscriptions où la victoire au second tour est à ce jour impossible tant la somme des différents partis de droite y est élevée.

Pire, nombre d’électeurs, déroutés par ce retour forcé à la gauche plurielle, pourraient être tentés de s’abstenir à leur tour.

Ce choix de la caporalisation empêche largement la poursuite du débat nécessaire sur les solutions à mettre en œuvre pour sortir de la crise du capitalisme, y compris sur ses dimensions climatiques et environnementales.

Cette situation n’est pas conforme à nos orientations de congrès. Le texte précise que nous serons « présents avec nos candidates et candidats à toutes les élections ». Or les élections législatives ne sont pas que des élections nationales, ce sont aussi des élections locales, ancrées dans des territoires. Et force est de constater que dans la plupart des scrutins, nous serons absents.

Disposer de plus de députés de gauche avec un inter-groupe portant des exigences communes devrait dans l’absolu être un point d’appui renforcé pour les luttes.
Cette situation n’est pas conforme à nos orientations de congrès. Le texte précise que nous serons « présents avec nos candidates et candidats à toutes les élections ». Or les élections législatives ne sont pas que des élections nationales, ce sont aussi des élections locales, ancrées dans des territoires. Et force est de constater que dans la plupart des scrutins, nous serons absents.

Mais ce n’est pas gagné car la Nupes se présente comme une plateforme programmatique commune alors qu’en fait, la FI a imposé, via sa position hégémonique, des négociations séparés à ses futurs partenaires aboutissant à des accord séparés.

Cette situation n’est pas conforme à nos orientations de congrès. Le texte précise que nous serons « présents avec nos candidates et candidats à toutes les élections ». Or les élections législatives ne sont pas que des élections nationales, ce sont aussi des élections locales, ancrées dans des territoires. Et force est de constater que dans la plupart des scrutins, nous serons absents.

Pourtant, notre congrès avait analysé lucidement ce qu’était devenu le Front de Gauche notant « qu’après 2012, le Front de gauche s’éloigne de plus en plus d’une démarche de "construction unitaire permanente avec des cadres, des fronts, des alliances adaptés aux contenus portés et aux échéances affrontées" […] » et qu’« il se réduit nationalement à une construction à vocation essentiellement électorale, impulsant de moins en moins la dynamique citoyenne initialement visée. » Il concluait sur ce point que « dans le cadre de la présidentialisation de la vie politique française, le Front de gauche est désormais dominé par la personnalité de Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci le tire vers une orientation annonçant le populisme de gauche ; il vise à construire autour de lui une nouvelle organisation à vocation présidentielle destinée à se substituer aux partis existants à gauche, tandis que nous peinons à prendre des initiatives. » Ce constat qui valait pour le Front de Gauche ne vaut-il de manière exacerbée pour la NUPES telle que la présente Jean-Luc Mélenchon ?

Cette situation n’est pas conforme à nos orientations de congrès. Le texte précise que nous serons « présents avec nos candidates et candidats à toutes les élections ». Or les élections législatives ne sont pas que des élections nationales, ce sont aussi des élections locales, ancrées dans des territoires. Et force est de constater que dans la plupart des scrutins, nous serons absents.

Nul ne peut dire les vraies limites de cette plateforme. Qui peut croire que le PS va soutenir aujourd’hui la retraite à 60 ans avec 37,5 années cotisation ? D’ailleurs le programme de la nupes parle lui de 40 années de cotisations. Le Parti socialiste et les Verts n’ont en rien abdiqué leur modèle social/libéral. Ils n’ont pas marqué leur volonté de s’impliquer dans un front large impliquant les organisations de masses comme les syndicats. Bien au contraire, ils ont réaffirmé leur attachement aux institutions de l’Union européenne qui poussent aux privatisations, à la précarisation du monde du travail et à la baisse des salaires.

6. Le programme des Jours heureux a vocation à rester la feuille de route des communistes

Un accord équilibré n’aurait porté que sur les quelques 150 circonscriptions réellement gagnables par la gauche. Pour les communistes, cette plateforme ne peut être que subsidiaire au programme des Jours heureux qui a vocation à rester notre feuille de route.

Le parti communiste ne doit pas redevenir un parti d’élus dont le temps serait rythmé par les échéances électorales et/ou les initiatives personnelles de Jean-Luc Mélenchon.
La Nupes souffre d’une conception totalement institutionnelle du changement, avec l’idée qu’un Premier Ministre et un programme commun serait la solution. Jean-Luc Mélenchon a même été jusqu’à prétendre que son élection à la présidence nous dispenserait de grèves ou de manifestations.

Cet énième avatar de la gauche plurielle a bien du mal à convaincre la majorité des militants.

Il nous faut être en mesure de confirmer notre choix stratégique : accord ou pas accord, nous faisons le choix de maintenir une activité autonome.

7. Nous devons nous affranchir du carcan de l’accord pour déployer notre parti sur le terrain des luttes

À l’évidence, la crise multiforme du capitalisme appelle une tout autre réponse qu’un simple catalogue de mesures sociales immédiates, aussi utiles soient-elles. Il convient de proposer un autre modèle société qui remette en cause la domination du capital. C’est justement avec cette volonté que les communistes ont conçu le programme des Jours heureux.

Mais le contrat de majorité de la Nupes en rabat largement sur les objectifs déjà minimalistes de notre programme. Avec la simple mise en œuvre de l’accord, on est au mieux sur l’exigence d’une autre répartition des richesses et, au pire, sur un faux-semblant destiné à la seule conquête immédiate de sièges.

A contrario, la remise en cause de l’hégémonie des forces capitalistes supposerait un engagement à renforcer collectivement les luttes concrètes à tous les niveaux.
Pour le PCF, accord ou pas, il demeure nécessaire de renforcer notre travail d’agitation et de propagande sur le terrain, indépendamment des échéances électorales. En étant physiquement présents, les communistes, avec leurs structures locales (sections et cellules), doivent, sans attendre, amplifier la mobilisation pour la retraite à 60 ans avec 37,5 années de cotisations.

Vue l’absence de candidature communiste dans nombre de circonscriptions, la période électorale ne s’oppose pas au lancement de batailles concrètes, bien au contraire !

Nous pourrions prendre des initiatives pour :
 La souveraine énergétique et alimentaire ;
 Face à la menace d’une troisième guerre mondiale, porter l’exigence de la sortie de l’OTAN et d’une conférence pour la paix et la sécurité en Europe, qui associe l’ensemble des parties, y compris la Russie et l’ensemble des pays hors UE ;
 La revalorisation immédiate des pensions et des retraites.
 L’édition de tracts nationaux, voire départementaux, des prises d’initiatives fortes, voire des pétitions nationales, seraient autant de points d’appui nécessaires pour permettre aux militants d’être pleinement actifs et utiles.

Une telle campagne construite dans la durée serait précieuse pour obtenir des avancées bien réelles, mais aussi de dénoncer les nouvelles dégradations des conditions de vie des couches populaires.

8. Le renforcement du parti communiste sur ses positions propres est l’une des conditions essentielles à la construction d’un front populaire agissant

La forte mobilisation des 40 000 cotisants dans la campagne des présidentielle a aussi montré nos limites en termes d’organisation.

Après près de 30 ans de recul de nos forces militantes, nous assistons à une première inversion de la tendance.

Plus que jamais, il faut s’attacher à reconstruire l’organisation politique PCF en recréant des cellules partout, au plus près des entreprises et des quartiers populaires.
Il va falloir retrouver le chemin de la formation théorique de nos militants pour leur permettre d’être pleinement porteurs de notre politique.

Dans cette période, nous avons besoin de nourrir nos actions présentes et à venir par une analyse de la crise du capitalisme telle que nous la vivons. Pour bâtir un chemin vers notre émancipation du capitalisme, pour trouver le chemin de la rupture, il nous faut toujours mieux appréhender les forces en présence sur notre territoire et dans un monde dominé par l’impérialisme.

Nous avons besoin d’ouvrir le débat en grand sur l’alternative que nous voulons porter au capitalisme.

9. En finir avec les tabous de la mutation : oser débattre du socialisme

Quelle rupture avec le capitalisme ? La question n’est pas tranchée : dépassement ou abolition ? Quel contenu mettre derrière ces termes ? Peut-on envisager de pousser dans le cadre existant des éléments d’un communisme déjà-là ? Faut-il au contraire prendre le pouvoir pour envisager de construire un système économique alternatif, comme nous l’a proposé Marx et comme l’ont fait les communistes du 20ème siècle ?

Quelles leçons tirons-nous des expériences socialistes présentes et passées ? Pourquoi la social-démocratie est-elle en échec partout dans le monde ? Y a-t-il une voie pacifique et parlementaire vers l’émancipation du capitalisme ?

Il est plus que temps que le débat s’ouvre ! C’est la condition pour que le prochain congrès nous permette d’avancer ensemble vers des réponses claires et qu’il constitue l’acte II du Manifeste.

En prenant appui sur la campagne des présidentielles mais avec une volonté d’aller plus loin dans la recherche de nouveaux leviers, je fais pour ma part, le choix d’esquisser ce que pourrait être le socialisme des Jours heureux.

Je contribue au blog : http://www.socialisme.blog

Retrouvons-nous y nombreux et, dans le débat et dans l’action, engageons-nous dans l’acte II du Manifeste.

Fiers, rebelles et solidaires, les communistes restent l’avenir du monde

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