Accueil > Comprendre... > La bataille idéologique - La visée ou le socialisme ?

La bataille idéologique - La visée ou le socialisme ?

mardi 7 avril 2020, par Pascal Brula

Un point de vue affirmé sur la question du socialisme.

La bataille idéologique
La visée ou le socialisme ?

En 1996 au 29ème congrès, l’objectif du socialisme est rejeté : ainsi le PCF devient le seul parti communiste au monde à prétendre, de manière complètement idéaliste, arriver directement au communisme sans étape de rupture préalable. Sous l’influence de R.Hue et des "refondateurs", la stratégie du PCF opère un virage à 180° : c’est la mutation. Lorsque M.G. Buffet devient à son tour secrétaire générale, elle déclare dans une interview qu’elle continuera la mutation. Et P. Laurent l’adopte sans coup férir. Cette position qui est toujours en cours, n’est qu’un raccourci idéaliste, c’est-à-dire non fondé sur la réalité objective ; de ce fait, elle handicape fortement notre parti.

Pourquoi avoir abandonné le socialisme, étape indispensable de rupture avec le capitalisme ? A la fin du XXème siècle, sous la pression de l’idéologie dominante diabolisant le socialisme comme totalitarisme, le PCF dirigé par R.Hue finit par céder. La défaite soviétique est analysée comme un "effondrement" et conduit à rejeter la « démarche étatique du socialisme », accusée d’être trop anti-démocratique et coupable d’avoir créé le stalinisme ; selon le texte du 29ème congrès, le socialisme relèverait d’une « logique putschiste » ou encore d’une « tradition étatiste du communisme ». La solution en France, serait désormais de chercher dans le mouvement social un « communisme déjà là » qu’il faudrait aider à grandir, dans un dépérissement anticipé de l’état. Ainsi, avec la « visée communiste » en ligne de mire, plus besoin de rupture avec le capitalisme, il suffirait d’aider à son « dépassement », tout en douceur, dans un « processus naturel de lente extinction », une « évolution révolutionnaire », selon les termes de L.Sève ! D’une part, cette démarche fait abstraction de cet obstacle qu’est l’État comme instrument de la dictature de la grande bourgeoisie ; d’autre part, elle oublie dramatiquement que les moyens de production et d’échange sont la possession de cette classe dominante. Il s’agit d’un vieux concept réformiste, adapté au goût du jour, qui désarme complètement notre parti.

L’absence d’objectif de rupture, fait qu’aujourd’hui, le PCF n’a plus de programme établissant ce qu’il ferait s’il arrivait au pouvoir. Son programme actuel, écrit à la va-vite pour les élections de 2017, est un programme social-démocrate, keynésien, prolongement du programme du Front de gauche, différenciables seulement par quelques subtilités. Tout cela contribue à nous assimiler de manière indifférenciée aux autres forces politiques de gauche, sociale-démocrates. L’absence d’ambition autre que le lent « dépassement » du capitalisme, réduit fortement les propositions du PCF à une sorte de politique des petits pas, vision réformiste éculée, l’amenant à glisser imperceptiblement dans l’électoralisme et le respect religieux des institutions bourgeoises.

La situation exceptionnelle que nous vivons, pourrait nous aider à sortir du cul-de-sac dans lequel le PCF se trouve, en remettant en selle au sein de notre parti la notion de socialisme et l’impuissance du "dépassementisme" qui est un concept fondamentalement anticommuniste. Car, qu’on le veuille ou non, le socialisme existe dans toute sa diversité et montre actuellement toute son efficacité aux yeux du monde. Le Vietnam a été félicité par l’OMS pour sa réaction face à l’épidémie de coronavirus. La Chine, pays de plus d’un milliard d’habitants a vaincu le virus, levé le confinement et se tient prête à apporter son aide à tout pays qui le souhaite. Cuba a répondu positivement à la demande d’aide internationale de l’Italie qui nous annonce que « Cuba est un géant en matière de médecine ». Et dans ce contexte de crise et d’épidémie, 75% des citoyens russes ont conclu que l’ère soviétique était la meilleure de l’histoire du pays. Le socialisme démontre qu’il est bien le meilleur remède contre la pandémie et nos camarades russes ont raison de souligner que le capitalisme est en train de subir une défaite écrasante.

Messages

  • Les deux textes, de Pascal et Stéphane sont des textes importants et intéressants

    Ils posent la nécessité de tenir un nouveau congrès afin d’y définir un nouveau programme.
    Pourquoi ne pas profiter de ce centenaire pour mettre en œuvre un congrès bilan d’un siècle d’existence, cela me paraîtrait plus positif qu’une année commémorative qui risque de nous enterrer sous les fleurs et dont j’ai le sentiment qu’elle tire encore vers une ontologie du toujours plus et mieux. Hier, c’était pas terrible, avant-hier je ne vous en parle même pas, mais aujourd’hui tout va bien et demain tout ira de mieux en mieux.

    Effectivement nous nous trouvons coincé par l’abandon en congrès du Socialisme, comme phase historique précédent le Communisme. Comme le rappelle Stéphane l’abandon au 29 ème congrès de ce concept central, nous prive d’une discussion sur la cohérence de sa théorisation. Il invoque notamment le fait que c’est une conception étatiste, pour moi oui, et que nous savons que le Communisme est une société sans Etat, et là aussi, pour moi, oui.

    Mais comme toute l’opération du « communisme déjà-là » tourne autour de cette stratégie : comment se décharger du problème du déclin de l’Etat socialiste pour aboutir à la société Communiste, qui, elle, est « déjà-là », l’Etat capitaliste devient non transformable. Il faut juste le faire disparaître (position anarchiste). Comment, çà , on ne le sait pas et nos amis évitent soigneusement d’en parler. Dans le même temps que l’on ne considère comme « communiste » que les biens ou services pré-capitalistes « les communs » ou post-capitalistes (associatifs, communalistes etc.).

    En fait ce positionnement est droitier -gauchiste. Je ne touche à rien au niveau de l’Etat (car de toute façon il est pourrit) et donc je n’ai plus besoin de prise de pouvoir. Et donc je n’ai plus à traiter des nationalisations, car de toute façon ce n’est que du capitalisme d’Etat et je n’arriverais jamais à en transformer la nature. Ce sont les autres modes de gestion comme les autres natures de biens ou services qui m’intéressent.

    Cela me fait quand même beaucoup penser au P.S.U, et donc aussi pas mal à la C.F.D.T, quand dans les années 60-70 il avait tenté théoriquement de concevoir une société autogestionnaire.

  • Fabien Roussel, nous invite à réactualiser le communisme,
    Discutons-en…Lequel ?

    Une citation, pour commencer :

    « Le Communisme n’est pour nous ni un ÉTAT qui doit être créé, ni un IDÉAL sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement RÉÉL qui abolit l’état actuel.
    Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellement existantes ».
    Les majuscules sont, page 70 des « ÉDITIONS SOCIALES » traduction de René Cartelle et Gilbert Badia, de « L’IDÉOLOGIE ALLEMANDE » de Marx et Engels.
    Malheureusement, cette traduction est « fausse ». Ce ne fut pas, à l’origine une simple erreur de traduction ou un contresens inoffensif. les traducteurs russes, du texte allemand originel, firent de cette phrase, un emblème de la « Dictature du Prolétariat », et du « Table rase » de la Révolution des Soviets, ce qui correspond tout à fait au contexte de l’époque et le validait. Puis reprise par « nous » et par d’autres, ailleurs, personne n’osant la contester. Il fallut attendre très longtemps, pour que nos éditions propres, dirigées à cette époque par Lucien Sève, fouillent dans le texte d’origine et décline une autre traduction, en fidélité avec la « vérité marxiste » : « Nous appelons Communisme le mouvement réel DÉPASSANT l’ordre des choses existantes ». Dépassant, ça change tout. C’est cette traduction que reprennent, nos Congrès, lorsqu’ils y font référence, notamment, le 28ème, qui fit du « Dépassement du Capitalisme » un enjeu stratégique et un but politique. Mais les dogmes, comme les virus ont la peau dure et sont hyper contagieux…La vieille traduction, "Biblique", quasi religieuse des origines du "Socialisme réel" est restée mythiquement dans les mémoires.
    Cette traduction, par le "dépassement" et non "l’abolition" est, en effet, fidèle au texte de ses auteurs, parce que la phrase qui suit le verbe allemand "Aufheben" a voulu enlever l’ambigüité des traductions possibles : « Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellement existantes ». Phrase lourde de sens et curieusement disparue de toutes les citations, même des deux textes, ici cités, mais que Marx et Engels, fins linguistes, ont pris la précaution d’ajouter, pour éclairer et préciser le sens du verbe allemand, qui en a effectivement plusieurs, comme souvent dans toutes les langues, y compris la nôtre (AUFHEBEN : ramasser, soulever, lever, relever, annuler, passer par-dessus, supprimer, dissoudre, abroger, selon les dictionnaires). Se défaire, sans doute, conviendrait bien à l’idée de transgression, de dépassement et de « résolution de la contradiction », ainsi que Marx et Engels le développent longuement dans « LE MANIFESTE DU PARTI COMMUNISTE », expliquant que "l’Unité dialectique" de la contradiction ne se résout pas par l’élimination d’un des terme de la contradiction. Que ce n’est pas en éliminant le capital, que se résoudra la contradiction capital/travail, par exemple, mais en créant un nouvel « état » dépassant celui existant, etc. Le verbe« abolir », lui, du passé fait table rase, y compris des résultats des luttes politiques et sociales, des évolutions de la société, de la démocratie, etc. Exit les « prémisses actuellement existantes. Et comme chacun sait, qui n’a pas de passé, n’aura pas d’avenir...Attention : virus ! Je n’entre pas dans le débat : Socialisme ou communisme, car il est aussi vieux que le communisme et le socialisme, eux-mêmes. Nos philosophes se sont étripés les méninges sur les concepts de "Saut qualitatif" ou "Sauts qualitatifs partiels". Allez savoir ? Comme le disait l’autre, toujours le même, c’est la "Praxis et elle seule, qui vérifie la théorie".

    Référence : « L’idéologie Allemande » édition bilingue des « Éditions Sociales » achevé d’imprimer le 15/04/1972 à Pössneck en R.D.A.

    J’assume, évidemment les commentaires de texte ; persiste et signe : Jean Dartigues.

    • J’ai l’impression que tu confonds tout... La phrase de Marx que tu cites est, au contraire, celle sur laquelle s’appuient les partisans de la mutation et du "dépassementisme". Ils l’ont sorti de son contexte et veulent nous faire croire qu’elle signifie qu’il n’y a plus besoin d’étape de rupture. Donc ce que tu racontes est incompréhensible. Cette phrase nous dit simplement que l’avancée vers le communisme est un long processus, mais en la sortant de son contexte ; on feint d’oublier que Marx et Engels, dans toute leur œuvre, ont toujours considéré qu’il y avait, au préalable, une étape de rupture pour briser la dictature de la bourgeoisie et la remplacer par la dictature du prolétariat, et que seulement ensuite, il y avait processus progressif de dépassement. C’est de la manipulation.
      Et le manipulateur en chef est Lucien Sève, le théoricien du renoncement, auteur d’une escroquerie intellectuelle, à savoir la traduction du terme "aufhebung" par "dépassement". C’est vraiment prendre nos anciens pour des imbéciles que de nous faire croire qu’ils se seraient gourés ! Gilbert Badia, ce grand intellectuel, germaniste renommé, traducteur de Marx pour le PCF, se serait trompé ? Marx lui-même, qui parlait le français couramment et qui a écrit certains de ses textes en français, se serait trompé ?
      Quant à la contradiction Capital/travail, il s’agit d’une contradiction antagonique, c’est-à-dire dont la résolution se traduira par la disparition du terme qui a fait naitre le nouveau. Car dans la philosophie matérialiste, il existe en effet deux sortes de contradictions, les contradictions antagoniques et non antagoniques...
      Pour ce qui est de la "praxis" comme tu dis, elle est en train de vérifier la théorie : le socialisme nous démontre actuellement qu’il existe, et qu’il est bien supérieur au capitalisme.
      Je t’invite à lire l’œuvre de Marx et Engels et ne pas en rester à la phrase de "L’idéologie allemande", ainsi que le bouquin de Patrick Theuret, "L’esprit de la révolution - Marx, Hegel et l’abolition", Le Temps des cerises, 2017.
      En réalité, le "dépassementisme" n’a plus besoin de parti, et c’est pourquoi il faut absolument combattre cette régression réformiste, car elle vise à désarmer complètement les travailleurs.

  • Merci d’avoir accepté ma contribution au débat...
    Fraternel salut et bon courage.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Ajouter un document