Le PCF et la guerre de Syrie

, par  CHALK Stephen , popularité : 92%

Au moment de la guerre en Ukraine, d’une montée de tensions internationales guerrières d’un danger extrême, en conjonction avec la crise indéfiniment prolongée du système capitaliste et du déclin de la domination unipolaire de l’occident, il paraît primordial de réfléchir aux principes de l’action internationaliste du Parti communiste français. Cette réflexion est d’autant plus indispensable pour un parti national dans la mesure où le grand capital opère de façon transversale aux cadres nationaux [1], ce qui implique la nécessité d’une analyse et d’une stratégie internationales comme partie intégrante des luttes au niveau national.

En accord avec le principe de tirer les leçons de l’expérience politique tout en réélaborant son analyse et sa stratégie en conséquence, il serait donc le moment pertinent d’évaluer notre politique internationale. Une telle évaluation nécessiterait, bien sûr, un travail collectif d’envergure permettant de prendre en compte la planète dans sa globalité. L’intention de cet article, plus restreint, est de proposer un bilan de l’évolution des positionnements du PCF concernant la Guerre civile syrienne depuis ses débuts en 2011 jusqu’à aujourd’hui. Néanmoins, du fait de sa dimension internationale, le conflit syrien est traversé par des lignes de force où s’oppose nombre des contradictions fondamentales à l’œuvre dans les relations internationales d’aujourd’hui. Son analyse peut donc contribuer de façon pertinente à éclaircir ces relations dans leur globalité ainsi que les positions prises par le parti face à elles.

Contexte historique du conflit syrien

La Syrie est située dans un endroit stratégique pour le contrôle du Moyen Orient. Ancien protectorat français, pendant les 22 ans suivant son indépendance en 1946 elle a subie de nombreux coups d’état et contrecoups : en mars, août et décembre 1949 suivi par d’autres coups en 1954, 1961, 1963 et 1970. Le premier a été orchestré par l’Agence centrale de renseignement (CIA) des États-Unis, principalement en raison du manque d’enthousiasme du gouvernement syrien à l’égard d’un grand projet américain, l’Oléoduc trans-arabe, qui devait transporter le pétrole saoudien vers l’Europe en passant par le territoire syrien. Le gouvernement mis en place par le coup d’État a approuvé l’oléoduc dès sa première semaine au pouvoir, mais il a été renversé cinq mois plus tard [2]. Est également à signaler, plus récemment, le choix de Damas en 2009 entre deux projets rivaux de gazoducs destinés à approvisionner le marché européen à travers le territoire syrien, l’un en provenance du Qatar et l’autre de l’Iran. Damas a choisi le gazoduc Iran-Syrie et rejeté celui de Qatar. Ce dernier était fortement favorisé par les États-Unis, car il aurait permis à leurs alliés de l’OTAN de réduire leur dépendance à l’égard du gaz russe et d’être approvisionnés par un État client fiable [3]. La Syrie est également aujourd’hui la plaque tournante projetée au Moyen Orient par la Chine pour sa Nouvelle route de la soie [4].

Malgré la volonté de non-alignement de la Syrie pendant la guerre froide, la pression des activités de la CIA et de MI6, ainsi que les tensions avec ses voisins pro-occidentales, et notamment l’Israël et la Turquie, ont rendu son alliance avec l’Union soviétique inévitable.

La Syrie était l’un des principaux partisans du mouvement nationaliste arabe, transnational et républicain, qui, à l’apogée de sa puissance au milieu des années 1960, semblait prêt à mettre définitivement fin à l’hégémonie occidentale au Moyen-Orient. Depuis 1963 elle est dirigée par le Parti Baas. La situation sécuritaire du pays, face aux nombreuses tentatives de coup d’état, a été stabilisée à partir de 1970 sous la direction de Hafez Al Assad, avec la réorganisation des services de sécurité, développement de l’infrastructure et augmentation du niveau de vie.

Le baasisme ou ba’thisme, l’idéologie du Parti Baas, est une école de pensée nationaliste arabe et « socialiste » développée au début du 20e siècle, qui mettait l’accent sur la nécessité de résurrection (baʿṯ) de la nation arabe face aux menaces et aux humiliations des puissances impérialistes occidentales. L’adoption du baasisme a placé la Syrie dans une alliance naturelle avec d’autres républiques arabes qui s’opposaient à l’hégémonie occidentale sur le monde arabe, dont l’Irak, l’Égypte, la Libye et l’Algérie à la fin des années soixante [5].

Le contexte de la guerre civile syrienne ne peut être compris sans prendre en compte la longue histoire du soutien par les États-Unis de l’intégrisme islamiste sunnite violent dirigé contre ses états adversaires, ciblés pour la déstabilisation et le renversement des leurs gouvernements. Le soutien des États-Unis pour des organisations islamistes en Indonésie à partir des années 50, accompagné d’opérations pour renverser le gouvernement du pays, a résulté dans le coup d’état militaire de 1965 soutenu par l’Occident, dans lequel des militants islamistes ont joué un rôle majeur dans le massacre des communistes et de leurs familles, des partisans présumés du parti communiste, de la minorité ethnique chinoise et des partisans du président Sukarno. Le nombre de victimes en est estimé à entre 500 000 et 3 millions de personnes [6].

En Afghanistan, le soutien apporté par l’Occident aux insurgés islamistes à partir de 1979, soutien qui visait essentiellement à affaiblir le partenaire stratégique de l’Afghanistan, l’URSS, a directement débouché sur la montée en puissance d’Al-Qaïda, puis des Talibans, et sur la victoire des djihadistes sur le gouvernement laïque afghan en 1992, ce qui a été suivie d’un recul sévère de la condition des femmes, de l’espérance de vie et de la production économique, ce recul étant toujours visible à ce jour, dans ce qui était auparavant un pays progressiste et en pleine modernisation. En outre, la glorification des insurgés islamistes dans les médias du bloc occidental a contribué de manière significative à l’internationalisation du conflit, avec plusieurs milliers de volontaires djihadistes arabes, notamment des pays arabes d’Afrique et d’Arabie saoudite, rejoignant l’effort de guerre orchestré par l’Occident en Afghanistan [7].

De nombreux militants djihadistes qui avaient été formés et armés en Afghanistan ont été transférés en Yougoslavie, ce qui a eu pour effet d’exacerber les tensions déjà vives entre les groupes musulmans et non musulmans et de soutenir les offensives contre les forces serbes qui s’opposaient aux projets occidentaux pour le pays. Ces déploiements n’étaient que l’un des aspects d’une guerre à spectre complet contre le pays, y compris une campagne de bombardement occidentale incessante visant spécifiquement les infrastructures civiles. L’économie industrielle autrefois florissante a été ruinée, et la position du pays en tant que pôle indépendant au sein de la communauté internationale a été définitivement détruite, les états qui lui ont succédé étant fermement intégrés à la sphère d’influence occidentale [8]. Les militants islamistes violents ont également représenté une menace pour la sécurité de la Russie, notamment en raison de leurs activités tout au long des années 1990 en Tchétchénie.

Dans la Syrie elle-même les pouvoirs occidentaux ont soutenu des islamistes et notamment les Frères Musulmans après l’indépendance. Les éléments islamistes ont constitué une menace permanente pour la sécurité de l’État et ont perpétré des assassinats ciblés dans une grande partie du pays. Les Frères musulmans ont notamment organisé un grand soulèvement armé qui a duré près de trois ans à partir de 1979, avec l’intention de renverser le gouvernement de Damas et d’imposer la charia [9]. Depuis 75 années, la Syrie est la cible de divers coups d’état, tentatives d’assassinat, opérations de changement de régime orchestrés par la CIA et MI6, le soutien des États-Unis pour les Frères Musulmans comme arme contre le gouvernement, qui résulta dans des attaques suicide de masse contre des civils et la massacre des élèves de l’école militaire de l’armée arabe syrienne dans la ville Alep par des militants des Frères musulmans, l’un des massacres les plus atroces de l’histoire de la Syrie [10].

La guerre de Syrie

En 2011, la Syrie a été confrontée à de graves problèmes causés par une sécheresse persistante depuis 2006 et par le mécontentement de la population à l’égard des réformes néolibérales promues à l’intérieur de cet état « socialiste » par le président Assad. Le mécontentement public et l’opposition au gouvernement ont été encouragés par des ONG soutenues par l’Occident dans le pays et par une campagne systématique contre le gouvernement en utilisant les médias sociaux, comme l’a révélé Wikileaks.

Avec le déclenchement des manifestations anti-gouvernementales en Syrie en mars 2011, le PCF a considéré la situation comme une confrontation entre un mouvement social légitime exigeant des réformes sociales et démocratiques et un régime dictatorial violent et répressif, et a rapidement condamné le gouvernement syrien et exprimé son soutien pour les manifestants :

« Le Parti communiste français condamne avec force la répression criminelle exercée par les autorités syriennes contre les habitants de plusieurs villes, notamment la ville de Deraa où un véritable massacre a été commis par les forces de sécurité qui ont tiré à balles réelles sur la foule.

En Syrie, les manifestants exigent le respect des libertés, la fin de l’état d’urgence, la démocratie, la justice sociale, la chute d’un régime de dictature policière sclérosé et violent... [11] »

Toutefois, le gouvernement syrien a dû faire face à la fois aux attaques contre ses forces de police et de sécurité à partir de la mi-mars 2011 [12], qui étaient particulièrement concentrées dans les zones frontalières turques et jordaniennes - où il transparaissait que des hommes armés très entraînés traversaient la frontière - et aux manifestations de rue dans plusieurs régions. Le 23 mars 2011, les médias d’État syriens ont rapporté que de grandes quantités d’armes illégales avaient été saisies dans la ville de Deraa, près de la frontière jordanienne. Ces armes auraient été stockées dans la mosquée Al Omari et auraient été livrées par la Jordanie. L’existence de la cache d’armes à Al Omari a été confirmée plus tard par le directeur du Centre d’études stratégiques du Moyen-Orient, le général saoudien à la retraite Anwar Al Eshki. Al Eshki était un important partisan de l’insurrection, entretenant des liens étroits avec les services de renseignements saoudiens et occidentaux et avec les chefs des insurgés. Il a indiqué dans un entretien accordé à la BBC que la stratégie était, dès le départ, de fournir des armes aux militants pour « épuiser l’armée... chasser les forces gouvernementales des villes et des villages [13] ».

Le 19 mai, le PCF, avec le MJCF, a appelé à manifester devant l’Ambassade de Syrie à Paris, en renouvelant sa condamnation de « la répression des autorités syriennes contre les manifestants » qui serait à l’origine de « 1000 tués, des milliers et des milliers de détenus et de disparus, des massacres et des tortures » et qui aurait « atteint un consternant niveau de violence, de terreur et de cynisme [14] ». En effet, à l’époque, selon Patrick Margaté, Responsable Monde arabe au Parti communiste français : « Dès les premières semaines du mouvement en mars 2011, nous tenions un rassemblement avec Pierre Laurent pour afficher notre position et afficher ainsi notre désaccord total avec les communistes syriens au gouvernement. Leurs 2 partis n’étant plus invités à compter de 2011 à la Fête de L’Humanité [15]. »

Dans cette situation, le PCF a pris une position unilatéralement négative à l’égard du gouvernement syrien et, comme cela a été le cas pour les événements qui se sont déroulés en Libye à la même période, il semble avoir largement sous-estimé jusqu’à quel point le mouvement de protestation pourrait être détourné par des acteurs étatiques occidentaux hostiles, en alliance stratégique avec des forces islamistes, dans l’objectif de déstabiliser le pays et renverser son gouvernement. Dans le cas de la Libye, le PCF a accordé crédit aux rapports occidentaux du « massacre » de la population par le gouvernement libyen [16], qui ont ensuite servi de prétexte humanitaire pour des frappes aériennes de missiles de l’OTAN à grande échelle contre le pays, en cohésion avec les éléments islamistes sur le terrain, causant de grandes souffrances à ce pays africain autrefois prospère. Les preuves que les civils libyens aient jamais été en danger de leur gouvernement étaient très discutables, Foreign Policy, entre autres, a noté que l’affirmation occidentale d’un massacre imminent par les forces gouvernementales « ne résiste même pas à un examen superficiel [17] ». La veille du début de l’intervention militaire de l’OTAN en Libye, tout en soulignant « les risques d’une logique de guerre », le PCF a affirmé « sa condamnation du régime de Kadhafi et son plein soutien aux forces qui agissent pour la démocratie en Libye, avec le Conseil National de Transition » mais a demandé si « toutes les possibilités d’aide directe ou par les États arabes à la rébellion ont-elles vraiment été étudiées ? [18] ». Jacques Fath, alors responsable du Secteur international du PCF, a affirmé dans un entretien avec L’Humanité que, au lieu de l’intervention militaire de l’OTAN, “on aurait pu donner des armes aux insurgés [19]”, montrant ainsi pour le moins un parti pris contre le gouvernement libyen et une manque de caution devant le rôle de l’islamisme, orchestré par le bloc occidental, dans l’opposition politique libyenne. Les milices antigouvernementales qui avaient été soutenues par l’Occident se sont ultérieurement livrées à des massacres, des tortures et des viols collectifs à motivation raciale contre des Africains noirs, ce qui a entraîné un nettoyage ethnique des communautés noires du pays [20].

Ces insurgés et le Conseil national de transition libyens allaient jouer un rôle dans la crise en Syrie. En décembre, l’ancien officier de la CIA et responsable de renseignement militaire Philip Giraldi a révélé que : « Des avions de guerre non marqués de l’OTAN arrivent sur les bases militaires turques près d’Iskenderun, à la frontière syrienne, livrant des armes provenant des arsenaux de feu Mouammar Kadhafi ainsi que des volontaires du Conseil national de transition libyen, qui ont l’habitude d’opposer des volontaires locaux à des soldats entraînés, une compétence qu’ils ont acquise en affrontant l’armée de Kadhafi. Iskenderun est également le siège de l’Armée syrienne libre, la branche armée du Conseil national syrien. Des formateurs des forces spéciales françaises et britanniques sont sur le terrain, aidant les rebelles syriens, tandis que la CIA et les forces d’opérations spéciales américaines fournissent des équipements de communication et des renseignements pour aider la cause des rebelles ». Il a également soulevé des doutes sérieuses sur la fiabilité du rapport de l’ONU sur lequel reposait les accusations de massacres contre le gouvernement syrien : « Le rapport des Nations unies, fréquemment cité, selon lequel plus de 3 500 civils ont été tués par les soldats d’Assad, repose en grande partie sur des sources rebelles et n’est pas corroboré. » Et il a tiré la conclusion que : « Les affirmations du gouvernement syrien selon lesquelles il est assailli par des rebelles qui sont armés, entraînés et financés par des gouvernements étrangers sont plus vraies que fausses [21]. » Plus tard, le journaliste américain Seymour Hersh révélera de même le rôle de l’administration Obama dans la création de ce que la CIA appelle une « ligne de rat », une route clandestine vers la Syrie, utilisée pour acheminer des armes et des munitions depuis la Libye vers l’opposition, via le sud de la Turquie et à travers la frontière syrienne [22].

Le 30 décembre, le PCF a publié une déclaration dénonçant la « répression » du « régime de Bachar Al Assad », en affirmant que « les troupes syriennes continuent de tirer sur la foule de manifestants et fait quotidiennement de nombreuses victimes, y compris des enfants. » La déclaration exige « le retour des troupes syriennes dans leurs casernes, la libération des détenus et la liberté pour les manifestations populaires », et termine avec un appel pour des sanctions contre la Syrie : « Des sanctions elles aussi renforcées doivent viser et isoler le régime de Damas [23]. » 

Au Conseil national du PCF de janvier 2012, contre cette déclaration du Parti, Pasquale Noizet a protesté que « ces sanctions pénaliseraient tous les Syriens, et s’attaqueraient directement à la souveraineté de leur pays » tout en relevant qu’« il n’est pas exact que le gouvernement syrien soit le seul responsable des violences. Des groupes terroristes manipulés par les services étrangers, y compris français, sont à l’œuvre également [24]. » Sa protestation n’a hélas pas été entendue, bien que Jacques Fath ait exprimé une position ostensiblement plus modérée que celle de la déclaration dans un entretien à propos de la Syrie en février 2012 où il explique que « nous demandons l’application de sanctions ciblées contre les dirigeants du régime [25]. »

Il est également à noter que cette déclaration du PCF du 30 décembre a mis en doute la compétence de la mission des observateurs de la Ligue arabe qui était en train d’enquêter sur le terrain en Syrie, qui selon ses termes n’aurait « manifestement pas la crédibilité nécessaire » et qui devait « être renforcée et mise sous l’égide des Nations-Unies », ainsi que la crédibilité de son principal responsable, le militaire soudanais al-Dabi, dont la déclaration énonça qu’« il doit être immédiatement remplacé [26] ». Selon le journaliste britannique Jonathan Steele, écrivant en janvier 2012 : « La couverture médiatique biaisée continue également de déformer la mission d’observation de la Ligue arabe en Syrie. Lorsque la Ligue a approuvé la création d’une zone d’exclusion aérienne en Libye au printemps dernier, son action a été saluée par l’Occident. Sa décision de servir de médiateur en Syrie a été moins bien accueillie par les gouvernements occidentaux et par les groupes d’opposition syriens les plus en vue, qui sont de plus en plus favorables à une solution militaire plutôt que politique. L’initiative de la Ligue a donc été rapidement remise en question par les dirigeants occidentaux, et la plupart des médias occidentaux ont repris cette ligne. Des attaques ont été lancées contre les références du président soudanais de la mission. […] Des demandes ont été faites pour que la mission se retire en faveur d’une intervention de l’ONU. » Il observait en outre que : « Les critiques craignaient vraisemblablement que les observateurs arabes ne signalent que la violence armée n’est plus confinée aux forces du régime et que l’image de manifestations pacifiques brutalement réprimées par l’armée et la police est fausse [27]. »

Une nouvelle confirmation de l’implication de l’Occident dans des opérations pour renverser le gouvernement en Syrie est apparue en mars 2012 avec la publication par Wikileaks des courriels fuités de la société privée de renseignement Stratfor. Ces courriels comprenaient des notes d’une réunion avec des responsables du Pentagone révélant que les membres de l’OTAN - la Grande-Bretagne, la France, les États-Unis et la Turquie - ainsi que la Jordanie, avaient déployé des forces spéciales sur le territoire syrien pour soutenir les forces antigouvernementales dès le début de la guerre, dans le but explicite de forcer un « effondrement  » de l’État « de l’intérieur ». Les courriels de Stratfor soulignaient également que le Pentagone pensait qu’une diabolisation supplémentaire de l’État syrien, notamment à travers « l’attention des médias sur un massacre » par les forces gouvernementales, serait vitale pour faciliter une attaque aérienne [28].

Toutefois, ces révélations successives n’ont pas eu d’incidence sur la position du PCF qui estimait que la situation en Syrie était le « résultat de la répression extrêmement brutale, criminelle, menée, dès le début des manifestations populaires en mars 2011, par le régime de Bachar El Assad. » En ce qui concerne la nature des forces d’opposition le parti estimait que « la violence de la répression a entraîné une militarisation de la résistance. Des militaires ayant fait défection et des civils ont pris les armes pour défendre les manifestants. Des comités d’auto-défense se sont constitués [29]. » Cette position était maintenu en juin 2013, où « La répression […] de la part du régime conduit à la militarisation par l’intervention de l’armée et des milices face à une opposition qui décide de riposter, de s’armer en créant son « Armée syrienne libre ». Les conditions sont ainsi créées peu à peu d’une guerre civile où les facteurs politique, nationaliste, religieux se confondent et conduisent à une internationalisation du conflit voulue par le pouvoir [30]. »

L’Armée syrienne libre (ASL) a été constamment présentée en l’Occident comme étant constituée d’un noyau de soldats ayant fait défection et s’opposant au gouvernement syrien, bien que les défections aient été largement exagérées. Les anciens soldats ne représentaient que 4 % des effectifs de cette coalition d’insurgés, même au cours des premiers mois du conflit. Ce chiffre a fortement diminué au cours de la guerre [31]. Dans les premiers temps de la guerre, l’ASL a permis à l’Occident de présenter un « bon côté » dans le conflit, en donnant l’image d’une opposition viable prête à remplacer Assad afin de justifier des mesures visant le gouvernement syrien, et a bénéficié d’une couverture médiatique très favorable. Cependant, bien qu’elle ait été présentée en Occident comme « modérée », l’organisation avait une orientation fortement islamiste, comme en témoigne notamment le fait que, au début de la guerre, le groupe djihadiste du Front al-Nosra faisait partie de la FSA, à une époque où Al-Nosra était une branche officielle de l’État islamique et un affilié d’Al-Qaïda [32]. Il était loin d’être rare que les médias occidentaux imputent unanimement des crimes tels que des massacres au gouvernement syrien, avant qu’il ne s’avère, souvent à la suite d’enquêtes menées par des journalistes occidentaux sur le terrain, que les insurgés du FSA en étaient responsables [33]. Lorsque l’État islamique s’est imposé comme le principal groupe insurgé en Syrie à partir de 2014, les défections à grande échelle du personnel de l’ASL pour rejoindre les rangs de l’EI ont été fréquentes [34].

En 2012, les forces djihadistes ont gagné du terrain considérable contre le gouvernement syrien. Des sources occidentales ont émis l’hypothèse que la Syrie pourrait utiliser son arsenal d’armes chimiques présumé contre les insurgés et ont affirmé que cela fournirait aux puissances occidentales un prétexte moral pour lancer une attaque. Le président américain Barack Obama a juré en août 2012 de prendre des mesures si la Syrie utilisait d’armes chimiques contre les insurgés. Pendant cette période, malgré les manifestations de soutien au gouvernement dans les grandes villes notamment à Alep, le PCF entendait « réaffirmer son soutien actif aux démocrates et aux progressistes de Syrie qui participent au soulèvement contre un régime dictatorial », estimait que « le régime de Damas fait la guerre contre son propre peuple », et appelait pour « le maximum de pression sur le régime de Bachar Al Assad en particulier pour des sanctions ciblées [35] ». Lors d’un débat à la Fête de L’Humanité Jacques Fath a déclaré que « Pour que la paix soit possible, il faut que Bachar al-Assad tombe, c’est l’unique solution [36] ».

En mars et avril 2013, plusieurs attaques au gaz ont été rapportées, à commencer par celle de Khan Al-Assal, un village près d’Alep, le 19 mars 2013. Celles-ci ont été imputées par les médias occidentaux au gouvernement syrien, au motif qu’il était la seule partie au conflit à avoir accès à des armes de ce type. Cependant, de nombreux éléments indiquaient que des forces djihadistes avaient accès à des armes chimiques. L’ancien procureur en chef de deux tribunaux pénaux internationaux de l’ONU, l’ancien procureur général et ambassadrice de Suisse Carla Del Ponte, a siégé à la commission d’enquête internationale indépendante sur la République arabe syrienne en 2013 et a déclaré en mai que les « opposants au régime » étaient les auteurs des attaques au gaz sarin [37]. Plus tard dans le même mois, les forces de sécurité turques ont arrêté des membres du Front al-Nosra en possession de 2 kg de sarin [38].

La victoire du gouvernement syrien à Qousseir, dans le gouvernorat de Homs, avec le soutien de Hezbollah, en mai-juin 2013, a marqué un tournant dans le cours de la guerre, et les djihadistes ont commencé à perdre du terrain par la suite [39]. Au moment de cette bataille de Qousseir le PCF prônait « une transition démocratique, conduisant à un changement de régime [40] » et continuait d’accréditer l’idée du caractère modéré de l’ASL, affirmant que « si l’ASL dit occuper une grande partie du territoire (60%), les groupes djihadistes jouent un rôle de plus en plus important [41]. »

Si le PCF voit à ce moment-là toujours dans l’ASL des forces démocratiques légitimes, malgré les preuves de sa proximité voire son identité avec les forces djihadistes, il ignore le rôle des milices des comités populaires pro-gouvernementaux de Syrie. Au milieu de l’année 2013, les comités populaires avaient été constitués en une force de défense nationale bien structurée de 60 000 combattants, servant d’auxiliaire efficace et très apprécié de l’armée régulière, dont les effectifs ont ensuite atteint 100 000 personnes. Il est à noter que leur formation militaire avait été encadrée notamment par le général iranien Ghassem Soleimani [42].

Le 21 août 2013 une attaque chimique à la roquette a été rapporté par des forces antigouvernementales syriennes en Ghouta orientale, une zone de banlieue du gouvernorat de Damas. Ces sources font état de 635 morts. La publication (non vérifiée) des images de civils touchés a alimenté le soutien en occident à une action militaire contre le gouvernement syrien. Les inspecteurs de l’ONU ont demandé l’accès aux sites et un cessez-le-feu, ce qui a été accordé par le gouvernement syrien. Ils ont confirmé l’utilisation de gaz neurotoxique sarin, mais ont noté que les insurgés contrôlant les sites auraient pu déplacer et manipuler les preuves. Il n’y avait aucune preuve quant aux responsables [43]. Il y avait pourtant des raisons circonstancielles plaidant contre l’implication du gouvernement syrien, qui gagnait du terrain depuis début juin 2013, et qui n’avait pas de raison à inviter le soutien occidental aux insurgés. Les djihadistes avaient tout à y gagner.

Le 22 août 2013, le PCF attribua les bombardements au gouvernement syrien : “Les informations et les terribles images de Syrie montrant les victimes et l’ampleur des bombardements perpétrés par le régime de Bachar Al Assad sur la population civile des faubourgs de Damas suscite l’horreur et la consternation. L’opposition syrienne indique que ces bombardements auraient causé la mort de 500 à 1300 personnes. » Le PCF indiqua que « le Secrétaire général de l’ONU a appelé à une enquête immédiate sur ces faits et en particulier pour savoir s’il y a eu ou pas des bombardements massifs à l’arme chimique”, et réitéra sa « condamnation totale des bombardements criminels du régime de Bachar Al Assad sur les populations civiles [44]. » Ces accusations contre le gouvernement syrien sont quelque peu allégées, mais non retirées, dans une deuxième déclaration par le Parti le 26 août, où il est question de « l’escalade de la confrontation militaire provoquée par le régime syrien » et des « bombardements à l’arme chimique, dont la responsabilité est attribuée au régime de Bachar Al Assad » sur lesquelles « il faut […] que toute la lumière soit faite [45] ».

Des entretiens publiés avec des médecins, des résidents de la Ghouta et des insurgés et leurs familles le 29 août 2013 affirmèrent que le Front al-Nosra était responsable de l’attaque au gaz du 21 août [46].

Une pétition est lancée dans L’Humanité contre une intervention militaire de la France en Syrie, qui condamne néanmoins le gouvernement syrien comme responsable du conflit, parlant de « la confrontation provoquée par le régime de Bachar Al Assad, qui a refusé d’entendre les revendications populaires de démocratie » et appelant à « une pression diplomatique vigoureuse […] pour obtenir l’arrêt des hostilités et la mise en œuvre d’une transition démocratique garantissant l’intégrité du pays [47] ».

Dans son discours du 4 septembre au Sénat Pierre Laurent s’est opposé à une éventuelle intervention militaire de la France en Syrie, et a exigé que des preuves alléguées détenus par le gouvernement français d’utilisation d’armes chimiques par le pouvoir syrien soient remises aux inspecteurs de l’ONU plutôt que de servir de prétexte pour des actions militaires unilatérales, tout en accusant le gouvernement syrien d’être responsable de la guerre et le dénonçant comme faisant partie des « dictatures criminelles et corrompues ». Il préconisa que « face à l’amplification des crimes […] la France doit inlassablement travailler à trois objectifs : tout faire pour que cessent les hostilités ; ramener tous les belligérants, syriens et internationaux, autour de la table des négociations ; imposer une solution politique négociée qui garantisse une transition de la Syrie vers la justice et la démocratie exigée par son peuple [48].

Le rapport de l’ONU, confirmant l’utilisation de sarin, est publié le 16 septembre. Comme l’a noté Seymour Hersh, le rapport « a pris soin de noter que l’accès de ses enquêteurs aux sites d’attaque, qui est intervenu cinq jours après l’attaque à l’arme chimique, avait été sous le contrôle des forces rebelles. ‘Comme pour les autres sites’, prévient le rapport, ‘les lieux ont été très fréquentés par d’autres personnes avant l’arrivée de la mission... Pendant le temps passé sur ces sites, des individus sont arrivés qui transportaient d’autres munitions suspectes, ce qui indique le déplacement et peut-être la manipulation des preuves potentielles’ ». Une annexe au rapport de l’ONU a reproduit des photographies sur YouTube de certaines munitions récupérées, notamment une roquette. Selon Hersh, Theodore Postol, professeur de science, technologie et politique de sécurité nationale au MIT, a examiné les photos de l’ONU avec un groupe de ses collègues et a conclu que la roquette de gros calibre était une munition improvisée très probablement fabriquée localement, indiquant que c’était ‘quelque chose que l’on pourrait produire dans un atelier d’usinage de capacité modeste’ en ajoutant que la roquette sur les photos ne correspondait pas aux spécifications d’une roquette similaire, mais plus petite, connue pour faire partie de l’arsenal syrien.

D’ailleurs, après des entretiens avec des responsables du renseignement américain et une enquête approfondie, Seymour Hersh en conclut que l’administration Obama et le renseignement américain savaient que le Front al-Nosra avait accès au Sarin. Des rapports de l’Agence américaine de renseignement cités par Hersh, plusieurs mois avant l’attaque du 21 août, ont donné des preuves qu’al-Nosra maîtrisait les mécanismes de création du sarin et était capable de le fabriquer en quantité. Cela a effectivement réduit à néant l’argument occidental central en faveur de la culpabilité du gouvernement syrien, à savoir qu’il ait été la seule partie à disposer de telles capacités en matière d’armes chimiques. Hersh a également indiqué que les États-Unis disposaient d’une capacité avancée d’alerte précoce leur permettant d’être avertis des activités menées sur les sites chimiques syriens en vue d’une éventuelle attaque, ainsi que d’une surveillance étendue des communications syriennes, dont aucune n’avait donné d’indication de préparation d’une attaque avant l’incident de la Ghouta. Hersh a également cité des preuves émanant de sources de la Defense Intelligence Agency des États-Unis selon lesquelles la Turquie avait fourni le sarin ainsi qu’une formation à sa production et à sa manipulation [49].

Également en décembre 2013, une nouvelle étude de Postol et Richard M. Lloyd, analyste chez le fournisseur militaire Tesla Laboratories, a été publiée dans le New York Times. L’étude tire la conclusion, d’après la portée des roquettes utilisées, que contrairement aux affirmations précédentes des gouvernements et médias occidentaux, l’attaque chimique de la Ghouta du 21 août 2013 n’aurait pas pu provenir de positions de l’Armée syrienne [50].

Une élection présidentielle a eu lieu en Syrie le 3 juin 2014, avec des partis d’opposition, qui participaient désormais au gouvernement suite à une modification de la constitution syrienne [51], avec pour résultat une victoire écrasante de Bachar Al-Assad. Il a remporté 10 319 723 voix - 88,7 % des suffrages - avec un taux de participation estimé à 73,42 %. Les observateurs occidentaux n’ont pas contesté ces chiffres ou allégué des irrégularités de vote, au lieu de cela les médias ont cherché à minimiser leur importance. Les puissances occidentales et leurs alliés régionaux avaient déployé des efforts considérables pour interdire aux Syriens résidant à l’étranger de voter afin de priver l’élection de légitimité [52]. Le PCF a déclaré que « l’élection présidentielle en Syrie ne vise, pour le pouvoir de Bachar Al Assad, qu’à tenter de se donner une légitimité perdue dans la guerre qu’il mène depuis 3 ans contre son peuple [53]. » Ce vote néanmoins représenta une majorité absolue de Syriens. Il est vrai que le vote n’a pas pu avoir lieu dans les zones tenues par les rebelles, mais la participation globale fut si importante que, même en supposant que toute la population de ces zones aurait voté contre Assad, il aurait toute de même été le vainqueur légitime. Comme l’a observé Tim Hayward, « nous ne pouvons pas savoir si Assad aurait été le premier choix d’un si grand nombre de personnes dans d’autres circonstances, mais nous pouvons raisonnablement en déduire que le peuple syrien a vu en lui leur meilleur espoir d’unifier le pays autour de l’objectif de mettre fin à l’effusion de sang. Quels que soient les souhaits idéaux de certains - y compris ceux exprimés dans les manifestations authentiques de 2011 - la volonté du peuple syrien était très clairement, dans les circonstances réelles, de permettre à leur gouvernement de s’occuper de leur problèmes, plutôt que d’être supplanté par des agents soutenus par l’étranger » [54].

L’État islamique a fait des avancées rapides en Iraq et en Syrie, et à la mi-juillet 2014 il contrôlait un tiers du territoire syrien et presque toutes les installations de production de pétrole et de gaz de la Syrie, et en mi-août il a également pris le contrôle effectif du gouvernorat de Raqqa [55].

Les pays du bloc occidental ont profité du prétexte de la lutte contre l’État islamique pour faire voler librement et en grand nombre des avions militaires au-dessus du ciel syrien. L’armée de l’air des Etats-Unis a commencé à effectuer des vols de surveillance au-dessus de l’espace aérien syrien dès la dernière semaine d’août 2014, sans demander l’autorisation de Damas, et les attaques occidentales ont débuté le 23 septembre. Cependant, les frappes aériennes occidentales ont été largement inefficaces et n’ont pas ralenti de manière significative l’avancée des groupes djihadistes prenant des territoires au gouvernement syrien [56]. L’EI a continué à gagner du terrain, notamment dans le gouvernorat de Homs, où il a capturé Palmyre en mai 2015 [57].

La campagne aérienne russe commença le 30 septembre 2015, à l’invitation du gouvernement syrien. La Russie a employé moins d’avions que l’OTAN mais a bombardé ISIS de manière beaucoup plus intensive [58], contribuant ainsi de manière significative à porter un coup sérieux aux forces djihadistes et à éviter l’effondrement de l’État syrien. En octobre, la poussée a commencé, par l’armée arabe syrienne et tous ses principaux partenaires sur le terrain, pour reconquérir Alep, la plus grande ville de Syrie, tenu par les groupes djihadistes.

Dans ces conditions, Patrick Margaté, affirma dans un article qu’ « aucun des pays engagés dans ce conflit par procuration ne brille par leur attachement à la démocratie et à la justice sociale », « bien au contraire », et que « le Parti communiste français […] n’a cessé de réclamer […] le retrait de toutes les troupes étrangères sans exception et de permettre au seul peuple syrien de décider librement de son avenir [59]. »

Le 7 février 2017 Amnesty international publia son rapport sur la prison de Saidnaya en Syrie [60]. Le PCF déclara que :

« le rapport d’Amnesty International faisant état de 13 000 pendaisons en 5 ans dans les prisons syriennes confirme, s’il en était besoin, le caractère sanguinaire du régime de Bachar Al Assad. Les prisons syriennes détiennent de tristes records puisque, déjà sous le règne d’Hafez, des milliers de Syriens, pour beaucoup n’ayant commis d’autre crime que celui de s’opposer au régime, ont été lâchement torturés ou assassinés.

Ce rapport doit être lu avec les précédents, ceux des différentes missions d’expertise depuis près de 6 ans de guerre, démontrant que, de toute part, les belligérants syriens, du régime ou de l’opposition djihadiste affiliée ou non à l’organisation de l’Etat islamique, se sont rendus et se rendent coupables de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre effroyables [61]. »

Toutefois, l’ancien ambassadeur du Royaume-Uni en Syrie, Peter Ford, nota que, outre le fait que ce rapport est basé sur des entretiens avec des témoins anonymes, ces sources anonymes se sont trompées sur des « informations de base », ce qui met naturellement en doute la véracité de leurs autres affirmations. Le diplomate britannique à la retraite avait visité Saydnaya à de nombreuses reprises lorsqu’il était en poste à Damas de 2003 à 2006. Selon Ford, la prison était trop petite pour contenir dix à vingt mille prisonniers en même temps, contrairement à ce qu’affirme Amnesty dans son rapport : « Dix à vingt mille personnes, c’est une ville de taille raisonnable » a-t-il déclaré lors d’un entretien. « Le bâtiment que j’ai vu à Saydnaya ne pouvait pas accueillir plus de dix pour cent de ce nombre. » Le groupe de défense des droits de l’homme a également cité ses sources selon lesquelles Saydnaya est devenue la principale prison politique en 2011, ce qui est tout aussi faux.

« C’était déjà, lorsque j’étais en Syrie en 2006 et plusieurs années auparavant, Saydnaya était la principale prison politique » Ford a clarifié. « Quand ils se trompent à ce niveau de détail, je trouve très difficile de croire quoi que ce soit ». L’ancien ambassadeur a également cité les rapports « sensationnalistes » d’Amnesty International sur l’invasion du Koweït par l’Irak « Amnesty a dit qu’elle avait vérifié les affirmations selon lesquelles des soldats irakiens avaient volé des couveuses dans des hôpitaux koweïtiens et laissé mourir des bébés sur le sol. Il s’est avéré que c’était une fabrication totale... ils étaient crédules et ils l’ont utilisé et cela a contribué à justifier la guerre du Golfe [62]. »

Par ailleurs, des témoignages d’anciens prisonniers (non anonymes) publiés par Vanessa Beeley testifient que 98 % des prisonniers à Saydnaya étaient des militants des groupes djihadistes [63].

En outre, Tim Hayward avait déjà publié une analyse critique des rapports précédents d’Amnesty sur la Syrie depuis 2011 en pointant des problèmes méthodologiques sérieux et notamment la non vérification de sources, et l’absence de recherche sur le terrain [64].

Le 4 avril 2017, les Casques blancs, organisation qualifié de pur organisme de propagande par John Pilger, ont allégué que le gouvernement syrien avait commis une attaque chimique à Khan Cheikhoun, dans le gouvernorat d’Idlib. Les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Turquie, l’Arabie saoudite et Israël affirmèrent immédiatement que le gouvernement syrien était responsable, leur offrant ainsi un prétexte pour une action militaire contre le gouvernement syrien. La Russie et la Syrie nièrent ces allégations, affirmant que l’attaque avait été mise en scène par les Casques blancs.

Le 6 avril, des frappes de « représailles » illégales ont été lancées sur la base aérienne d’Al-Chaayrate, près de Palmyre (Homs), avec des missiles de croisière à partir des destroyers de la marine américaine.

A la mi-avril 2017, alors que l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) annonça avoir confirmé l’utilisation du gaz neurotoxique sarin à Khan Cheikhoun, l’affirmation selon laquelle l’Armée arabe syrienne avait effectué l’attaque était extrêmement douteuse. Non seulement il n’y avait aucune preuve de l’identité de l’auteur des attaques, -avec les preuves susmentionnées montrant que les insurgés disposaient d’armes chimiques-, mais les preuves qu’une quelconque utilisation de sarin ait en effet eu lieu étaient discutables. Scott Ritter, ancien inspecteur en désarmement de l’ONU, a critiqué l’enquête de l’OIAC au motif qu’elle s’appuyait presque exclusivement sur des échantillons chimiques fournis par les Casques blancs et des groupes liés à l’insurrection [65]. Parmi les nombreuses autres failles dans les accusations portées contre le gouvernement syrien, il analysa des fabrications, l’absence de preuves plausibles de la présence d’une quelconque arme chimique, et des coups de théâtre de la part des Casques blancs, ces derniers étant lourdement financés par l’Occident. Il indiqua qu’ « en aucun cas des échantillons prélevés par le personnel des Casques blancs et remis par la suite à l’OIAC ne peuvent être considérés comme viables en termes de chaîne de possession », et nota la violation de la chaîne de possession dans tous les domaines. Il en conclura que « deux récits distincts sont en jeu lorsqu’il s’agit de ce qui s’est passé à Khan Cheikhoun. L’un, mis en avant par les gouvernements des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France, et soutenu par ceux du genre de Bellingcat et les Casques blancs, est que le gouvernement syrien a mené une attaque aux armes chimiques en utilisant une seule bombe larguée par avion sur une cible civile. L’autre hypothèse, avancée par les gouvernements russe et syrien et soutenue par les rapports de Seymour Hersh, est que l’armée de l’air syrienne a utilisé des bombes conventionnelles pour frapper une cible militaire, libérant par inadvertance un nuage toxique de substances stockées dans cette installation et tuant ou blessant des civils à Khan Cheikhoun. Il ne fait aucun doute que la survie même des Casques blancs en tant qu’organisation, et la cause qu’ils soutiennent (c’est-à-dire le changement de régime en Syrie), a été favorisée par le récit qu’ils ont contribué à élaborer et à vendre sur les événements du 4 avril à Khan Cheikhoun et dans les environs [66]. »

En outre, l’ambassadeur de la Grande Bretagne à l’ONU a annoncé que des échantillons avaient également été fournis au Royaume-Uni et qu’ils s’étaient révélés positifs au sarin, mais le Foreign Office a refusé de confirmer ou d’infirmer l’existence de rapports scientifiques en réponse à une demande en vertu de la Freedom of Information Act (loi sur la liberté d’information) déposée par le journaliste Tim Ripley, ce qui indiquaient que ces tests n’avaient peut-être même jamais eu lieu [67].

L’année suivante, le Secrétaire à la Défense des États-Unis, James Mattis, a avoué qu’il n’y avait eu aucune preuve d’une attaque chimique à Khan Cheikhoun, déclarant que « Nous avons d’autres rapports du champ de bataille de la part des personnes qui affirment qu’elles ont été utilisées, [mais] nous n’en avons pas de preuve », ce qui indiquait que les Casques blancs avaient essentiellement été pris au mot comme prétexte pour une action militaire [68].

Le 7 avril 2018 a eu lieu une attaque présumée aux armes chimiques dans la ville de Douma, dans la région de la Ghouta. La France affirma avoir des preuves de la culpabilité du gouvernement syrien. Le 14 avril, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne, - avec le soutien de l’UE et de l’OTAN -, ont de nouveau contourné les Nations Unies pour lancer une attaque contre des positions du gouvernement syrien, qui, comme leur attaque d’avril 2017, constituait un crime d’agression sans provocation ni autorisation de l’ONU. Aucune preuve de la culpabilité de la Syrie n’avait été présentée, avec l’attaque ayant été menée quelques heures seulement avant l’arrivée des inspecteurs de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques dans le pays [69].

Le jour même de l’attaque, le PCF déclara : « Après le très probable bombardement chimique particulièrement ignominieux, effectué par le régime syrien sur la population de la Ghouta, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France viennent de réaliser une attaque punitive contre plusieurs sites qu’ils ont identifiés comme étant les centres de production d’armes chimiques du régime [70]. »

Étant donné les nombreux cas douteux ou avérés faux d’attaques chimiques, dont la responsabilité avait été imputé au gouvernement syrien, dont les informations étaient déjà disponibles au public, examinés ci-dessus, et leur utilisation répété par l’OTAN pour des actions unilatérales, l’absence du moindre preuve d’un seul instance d’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement syrien dans le conflit, et a fortiori contre des cibles civils, ainsi que les erreurs d’appréciation avérées déjà commises par le PCF, notamment en accusant le gouvernement syrien, au lendemain de l’attaque de Ghouta orientale d’août 2013 de « bombardements criminels […] sur les populations civiles », il nous paraît difficile de ne pas se sentir en droit de demander sur quelles bases le Parti estimait ce bombardement chimique ainsi que la culpabilité du gouvernement syrien « très probables » ? « Très improbable » aurait sûrement été plus raisonnable.

Et justement, il a depuis lors été démontré que cette attaque n’a en effet pas eu lieu (grâce entre autres à des fuites divulguées via Wikileaks). L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques a publié ses conclusions sur l’attaque de Douma (du 7 avril 2018) en décembre 2019. Cette publication a donné lieu aux controverses occasionnées par des désaccords sur la méthodologie utilisée et des fuites effectués par des lanceurs d’alerte au sein de l’organisation. Le rapport alléguait que le gouvernement syrien était responsable de l’attaque chimique. Toutefois, les fuites ont montré qu’un nombre important d’inspecteurs déclaraient que le rapport final « ne reflétait pas les opinions des membres de l’équipe qui s’est déployée à Douma ». Les documents révélèrent que l’OIAC avait omis des preuves diamétralement opposées à l’affirmation selon laquelle la Syrie était responsable. Ian Henderson, ingénieur britannique de l’OIAC et expert en balistique, qui s’était rendu sur le terrain à Douma dans l’équipe menant l’enquête, doutait qu’une attaque chimique ait eu lieu [71].

L’ancien ambassadeur britannique en Syrie, Peter Ford, a noté concernant le danger posé pour la position occidentale par les révélations que les allégations concernant d’armes chimiques étaient fausses : « C’est un développement embarrassant pour les trois puissances [États-Unis, Royaume-Uni et France] qui ont utilisé le prétexte de l’incident de Douma po
ur bombarder la Syrie en 2018. L’ensemble du récit pour la guerre en Syrie s’écroulerait. Cela remettrait en question non seulement l’incident de Douma, mais aussi tous les autres nombreux incidents qui ont été cités pour prétendument prouver qu’Assad serait un boucher qui gaze son peuple. Et le problème de Douma, c’est qu’il s’agit de la seule et unique occasion où des experts internationaux indépendants ont pu se rendre sur le site présumé de l’incident présumé et découvrir ce qui s’est passé ou ce qui ne s’est pas passé dans ce cas... [72] »

En effet, les conclusions de l’équipe sur le terrain à Douma ont été écartées et les conclusions d’une deuxième équipe, basée en dehors de la Syrie, ont été choisies à la place. Plusieurs collègues d’Ian Henderson ont présenté des rapports similaires concernant la nature de l’enquête de l’OIAC, avec une documentation importante publiée via Wikileaks, entre 23 octobre et 27 décembre 2019, pour appuyer ces allégations avec des preuves et mettre en lumière l’omission délibérée de preuves et la déformation par l’OIAC des conclusions que l’équipe travaillant sur le terrain en Syrie avait tirées de l’enquête [73].

En outre, le 16 avril 2021, l’ancien directeur de cabinet du Secrétaire d’État des États-Unis Colin Powell et colonel de l’armée à la retraite, Lawrence Wilkerson, a lui aussi souligné que la conduite de l’OIAC à Douma devait être corrigée. Il a noté, à propos du rapport de l’OIAC, qu’il s’inscrivait dans une tendance plus large selon laquelle les États-Unis exerçaient une pression énorme sur les organisations internationales pour qu’elles reflètent leurs propres intérêts - ce dont il a été le témoin direct. Il a cité les efforts déployés avant l’invasion de l’Irak en 2003 pour faire pression sur l’Agence internationale de l’énergie atomique afin qu’elle se rallie aux allégations selon lesquelles l’Irak développait des armes nucléaires, prétexte central de l’invasion illégale des États-Unis, mais qui allait à l’encontre des preuves disponibles. Ainsi que des efforts considérables pour s’assurer que le tribunal pénal international ne jugerait pas des américains pour des crimes de guerre [74].

Après le scandale des rapports falsifiés de l’OIAC concernant Douma, le PCF a continué d’accuser le gouvernement syrien de l’utilisation d’armes chimiques dans ses déclarations du 4 janvier 2020, selon laquelle « Damas n’hésitait pas à utiliser des armes chimiques [75] », et du 12 mars 2021, - plus d’une année après les dernières publications concernant le cas Douma par Wikileaks -, où il est question de Bachar Al Assad : « Ce tyran a utilisé une stratégie de terreur avec des bombardements massifs, l’usage d’armes chimiques et la torture généralisée contre son propre peuple. [76] » Ce fut la dernière fois, à ma connaissance, qu’une déclaration officielle du PCF ait fait des accusations d’utilisation d’armes chimiques contre le gouvernement syrien.

Avant d’aborder l’analyse fait par le PCF des dernières étapes de la guerre en Syrie et sa position politique en ce qui concerne la situation actuelle dans le pays, il est nécessaire de mettre en lumière les facteurs économiques globaux profonds en jeu dans le conflit. Selon Frédéric Boccara, la mondialisation est notamment caractérisée par « les mouvements de capitaux qui ont décuplé et l’ouverture plus ou moins forte de tous les pays à ces flux de capitaux », mouvements de capitaux qui « ont à la fois une dimension spéculative et une dimension de prise de contrôle d’entreprise entre les pays (les fameux IDE, mais aussi les Investissements de portefeuille). […] Ensemble, le stock des investissements étrangers dans les pays, directs et de portefeuille, représente plus de 100 % du PIB mondial ». En outre, « le couplage entre capital financier et firmes multinationales est au cœur du mécanisme qui s’est mis en place. Il s’agit du capital financier au sens de Lénine et de Hilferding ». À l’intérieur de ce mécanisme, « les transferts, transferts pour le capital et pilotés par lui, sont au cœur du fonctionnement des multinationales. » Dans ses travaux récents Boccara a établi « une évaluation des transferts de valeur réalisés entre pays par les multinationales. […] Et le premier pays vers lequel ils vont, ce sont les États-Unis, avec 515 milliards de dollars [77]. » D’ailleurs, « pour nombre de pays sous-développés, ces transferts ont pris en montant la place, partiellement ou presque en totalité, des prélèvements effectués autrefois par la dette publique » [78].

Pour situer la Syrie à l’intérieur de ces enjeux de pouvoir économique, il sera utile de se poser la question de pourquoi Washington tient tant à remplacer le gouvernement syrien ? Comme dit Stephen Gowans, nous pouvons répondre à cette question si nous reconnaissons que les États-Unis sont une société dominée par des intérêts commerciaux, et que ces intérêts doivent se nicher partout, s’installer partout, et établir des connexions partout, s’ils veulent prospérer. Si l’on examine la liste des pays dont les gouvernements doivent être remplacés selon les États-Unis, l’on découvrira que ces pays ont tous un secteur public important, c’est-à-dire des monopoles fermés à l’investissement rentable des capitaux américains, ou qui font concurrence aux entreprises américaines, ou qui restreignent ou limitent les possibilités de profit des États-Unis [79]. Et justement, comme l’a déclaré Assad en décembre 2019 : « Nous n’avons pas de politique [néo]libérale, nous sommes toujours socialistes, nous avons toujours un secteur public, un très grand secteur public [80]. »

Selon Gowans : « Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont intégré la majeure partie de l’Asie occidentale dans leur empire, en s’appuyant largement sur un système de colonialisme voilé, dans lequel Washington exerce une influence indirecte par l’intermédiaire des dirigeants locaux, qui agissent comme des vice-rois de facto derrière une couverture d’indépendance constitutionnelle. Ces vice-rois veillent à ce que leurs gouvernements établissent des climats attrayants pour les investissements étrangers et pour la poursuite des intérêts stratégiques américains qui soutiennent les opportunités d’investissement.

Mais un pays d’Asie occidentale, au cours de la période d’après-guerre, ne s’est pas laissé intégrer dans l’empire américain ; il a refusé de devenir partie prenante de la pratique du colonialisme voilé : la Syrie. La Syrie est le dernier État arabe nationaliste indépendant qui se consacre à un développement économique indépendant guidé par les intérêts locaux plutôt que par les exigences de Wall Street. Aujourd’hui, en Asie occidentale, il n’existe que deux gouvernements et un mouvement indépendants de l’empire américain : l’Iran, depuis 1979, le Hezbollah, fondé dans le sillage de la révolution islamique iranienne, et la Syrie [81]. »

À partir de juillet 2018, le secteur international du PCF a dû reconnaître que le gouvernement syrien était en train de gagner le conflit sur le terrain militaire, en attribuant ses victoires au soutien militaire des pouvoirs extérieurs : « Depuis 2011, après une débauche de violences meurtrières, de bombardements destructeurs et l’usage d’armes chimiques contre son peuple, le régime est en passe de remporter militairement le conflit, ouvrant une nouvelle phase diplomatique et politique. Bachar al-Assad, qui devra être jugé pour ses crimes insupportables, doit sa victoire à l’action conjointe des Russes, des Iraniens et du Hezbollah libanais [82]. »

En septembre le Parti déclara que « la Russie, l’Iran et Bachar al-Assad sont en voie de remporter une victoire militaire dont il n’y a pas lieu de s’enorgueillir » et que « encore une fois, le peuple syrien meurtri n’aura pas voix au chapitre. » Il estima en outre, à propos des engagements militaires dans le gouvernorat d’Idlib occupé par les djihadistes que : « l’offensive que l’armée de Damas mène avec l’appui de Moscou et Téhéran, comme chaque fois que des villes ont été assiégées par les belligérants, va prolonger le cortège d’horreurs et de destruction que les Syriens connaissent depuis le début de cette sale guerre [83]. » En juin il estima que « depuis le mois de mai, l’aviation russe pilonne aveuglément les positions militaires des islamistes d’Hayat Tahrir al-Cham ainsi que des groupes rebelles clientélisés par la Turquie mais également les civils, les infrastructures scolaires et hospitalières. Parallèlement, les troupes du tyran Bachar al-Assad poursuivent le combat au sol dans le sud d’Idlib. Ces frappes et cette offensive méprisent les civils que Russes et Syriens prétendent libérer des terroristes [84]. » Et en septembre, le PCF énonça que « la Russie et Damas, dans la perspective de retrouver la maîtrise du territoire, ont lancé une nouvelle offensive d’une sauvagerie impitoyable frappant durement les populations civiles [85]. »

Cette analyse de la part du PCF sous-estime les attaques continues contre les civils syriens perpétrées par les djihadistes d’Idlib. Au moins qu’il ne considère illégitime le fait pour un gouvernement d’utiliser ses forces militaires contre des organisations reconnues comme terroristes par les Nations unies, qui perpètrent des crimes de guerre sur leur sol, même si l’usage de la force met en danger les civils ou provoque leur fuite ? D’ailleurs, il faudrait se poser la question soulevée par M Ja’afari, représentant de la République Arabe Syrienne au Conseil de sécurité des Nations unies, le 28 mai 2019 : « Quand est-ce que l’on reconnaîtra que le droit que nous exerçons est le même que celui que d’autres ont exercé pour faire face aux attaques terroristes contre le théâtre Bataclan et les bureaux de Charlie Hebdo à Paris, ainsi qu’aux actes terroristes à Nice, Londres, Boston et dans d’autres villes ? Les terroristes que les Membres ont affrontés dans leur propre pays n’étaient pas équipés de lance-roquettes et de chars turcs [86]. »

Une évaluation réalisée par le professeur Robert Rabil, éminent spécialiste américain du terrorisme, publiée par le National Interest en 2019, souligna qu’ « Idlib est pratiquement un État islamique dirigé par les salafi-jihadis les plus endurcis » et qu’il « compte la plus grande concentration de salafi-jihadis endurcis et les plus irréductibles. Les estimations de leur nombre varient, la médiane se situant entre soixante mille et quatre-vingt-dix mille [87]. » Comme l’observe Abrams, pour mettre ce chiffre en perspective, le nombre de militants à Idlib sous protection turque était plus important que la taille des armées permanentes de la plupart des pays [88].

Des militants du Parti islamique du Turkistan, un groupe djihadiste composé de combattants originaires de la province chinoise du Xinjiang et responsable d’attaques terroristes contre des civils dans toute la Chine continentale, ont joué un rôle majeur dans les premiers affrontements avec l’armée arabe syrienne à Idlib. La Turquie était depuis longtemps le principal soutien des groupes islamistes dans l’ouest de la Chine, d’où on estima que quelque 5000 combattants en Syrie avaient été recrutés - bien que certaines estimations soient considérablement plus élevées. Selon des journalistes sur le terrain et des civils interrogés, ces militants ont commis des atrocités particulièrement graves contre la population locale. En outre, leur bastion d’Idlib a servi de base pour des attaques contre la Chine elle-même [89].

L’ancien envoyé américain en Syrie, James Jeffrey, a décrit le Front al-Nosra à Idlib comme un « atout » pour les objectifs des États-Unis dans le pays [90].

Pour ce qui est de l’estimation du PCF, selon laquelle le gouvernement syrien devait sa survie, et a fortiori ses victoires militaires exclusivement au soutien de ses alliés étrangers, cela sous-estime gravement le niveau d’engagement du peuple syrien lui-même dans le combat contre l’insurrection djihadiste. À cet égard, on ne peut mieux dire que le journaliste André Vltchek, qui a suivi de près le conflit syrien sur le terrain jusqu’à sa mort le 22 septembre 2020, et qui vaut d’être cité en longueur :

« Eduardo Galeano m’a dit : « Les gens savent quand il est temps de se battre. Nous n’avons pas le droit de le leur dire… mais quand ils le décident, nous avons l’obligation de les soutenir, et même de les diriger s’ils nous sollicitent. »

Dans ce cas, le peuple syrien a décidé. Aucun gouvernement, aucune force politique ne pourrait pousser un pays entier à un héroïsme et à un sacrifice aussi énormes. Les Russes l’ont fait pendant la Seconde Guerre Mondiale, et les Syriens le font aujourd’hui.

[…] J’ai été témoin de l’effondrement total du Moyen-Orient. Plus rien ne tenait debout. Les pays qui avaient choisi leurs propres voies ont été littéralement rasés. Les pays qui ont succombé aux diktats de l’Occident ont perdu leur âme, leur culture et leur essence et ont été transformés en des endroits parmi les plus misérables sur la terre. Et les Syriens le savaient : s’ils se rendaient, ils seraient transformés en un autre Irak, Yémen ou Libye, ou même en un Afghanistan.

Et donc la Syrie s’est levée. Elle a décidé de lutter, pour elle-même et pour sa région du monde.

Encore et encore, elle s’est maintenue à travers l’élection de son gouvernement. Elle s’est appuyée sur son armée. Quoi que dise l’Occident, quoiqu’écrivent les ONG traîtresses, la simple logique le prouve.

Ce pays modeste ne possède pas ses propres médias puissants pour partager avec le monde l’étendue de son courage et de son agonie. Ce sont toujours les autres qui commentent son combat, souvent de manière totalement malveillante.

Mais il est indéniable que si les forces soviétiques ont stoppé l’avance des nazis allemands à Stalingrad, les Syriens ont réussi à arrêter les forces fascistes des alliés occidentaux dans cette partie du monde.

Bien sûr, la Russie a été directement impliquée. Bien sûr, la Chine se tenait là, bien que souvent dans l’ombre. Et l’Iran a apporté son soutien. Et le Hezbollah basé au Liban a livré, ce que je décris souvent comme un combat épique pour le compte de Damas contre les monstres extrémistes inventés et armés par l’Occident, la Turquie et l’Arabie Saoudite.

Mais le crédit principal doit revenir au peuple syrien.

Oui, aujourd’hui il ne reste rien du Moyen-Orient. Aujourd’hui, il y a plus de larmes que de gouttes de pluie qui coulent sur cette terre ancienne.

Mais la Syrie résiste. Brûlée, blessée, mais debout.

[…]

Lorsque la vie elle-même est menacée, les gens tendent à se lever et à combattre, instinctivement. Dans de tels moments, quelques-uns des chapitres les plus monumentaux de l’histoire humaine sont écrits.

Malheureusement, pendant ces moments, des millions meurent.

Mais la dévastation n’est pas due à ceux qui défendent notre espèce humaine.

Elle est due aux monstres impérialistes et à leurs serviteurs.

[…]

Et le peuple syrien a gagné. Pour combien de temps, je ne sais pas. Mais ils ont prouvé qu’un pays arabe peut encore vaincre les hordes meurtrières les plus puissantes [91]. »

Entre autres témoignages, l’entretien de Mme Hayat Awad effectué par Vltchek dans la ville syrienne de Homs, après la défaite des terroristes et la reprise de la vie pour les habitats, est très pertinent :

« Je suis face à face avec Mme Hayat Awad dans un ancien restaurant appelé Julia Palace. C’était autrefois le bastion des terroristes. Ils occupaient ce bel endroit, situé au cœur de la vieille ville de Homs. Aujourd’hui, les choses reviennent lentement à la vie ici, du moins dans plusieurs quartiers de la ville. Le vieux marché fonctionne, l’université est ouverte, ainsi que plusieurs bâtiments gouvernementaux et hôtels. Mais Mme Hayat vit à la fois dans le passé et dans l’avenir.

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Mme Hayat Awad

Mme Hayat a perdu son fils, Mahmood, pendant la guerre. Son portrait est toujours avec elle, gravé dans un médaillon qu’elle porte sur sa poitrine.

Il n’avait que 21 ans, encore étudiant, lorsqu’il a décidé de rejoindre l’armée syrienne. Il m’a dit que la Syrie était comme sa mère. Il l’aime, comme il m’aime. Il se battait contre le Front al-Nosra, et la bataille était très dure. À la fin de la journée, il m’a appelé, juste pour me dire que la situation n’était pas bonne. Dans son dernier appel, il m’a simplement demandé de lui pardonner. Il a dit : « Peut-être que je ne reviendrai pas. S’il te plaît, pardonnes-moi. Je t’aime ! »’

Y a-t-il beaucoup de mères comme elle, ici à Homs, celles qui ont perdu leurs fils ?

Oui, je connais beaucoup de femmes qui ont perdu leurs fils ; et pas seulement un, parfois deux ou trois. Je connais une dame qui a perdu ses deux fils uniques. Cette guerre nous a tout pris. Pas seulement nos enfants. Je blâme les pays qui ont soutenu les idéologies extrêmes injectées en Syrie ; des pays comme les États-Unis et ceux d’Europe.

Une fois que j’ai fini de filmer, elle remercie la Russie pour son soutien. Elle remercie tous les pays qui ont soutenu la Syrie, pendant ces années difficiles [92]. »

C’est dans ce contexte qu’eut lieu l’élection présidentielle syrienne du 27 mai 2021. Cette élection fut condamnée par les États-Unis et le Royaume-Uni. Assad a gagné 13.540.860 voix ou 95,1 % avec un taux de participation de 78,64 % des électeurs syriens à l’intérieur du pays et à l’étranger. Les médias occidentaux ont dénoncé ces élections comme étant frauduleuses, sans produire aucune preuve pour appuyer cette accusation. En Allemagne et en Turquie les syriens ont été empêchés d’aller à leur ambassade pour voter pour leur candidat préféré et au Liban des électeurs se rendant à l’ambassade syrienne pour voter ont été attaqués par des contras, résultant dans la morte d’un électeur [93].

Le journaliste Vanessa Beeley a écrit qu’avec cette élection « il s’agissait pour les Syriens d’envoyer un message à l’Occident. Un message qui a défié dix ans de guerre orchestrée de l’extérieur, de barbarie économique des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Union européenne, ainsi qu’une guerre médiatique coloniale sans précédent, menée depuis les échelons supérieurs de la BBC, de CNN, du Guardian, de Channel 4, etc., mais qui a échoué, lamentablement, à supprimer ou à nier le soutien du peuple syrien à son président.

Avec cette élection il n’a jamais été question seulement de la réélection du président Assad. Ces élections concernaient la Syrie et le peuple syrien. Une nation souveraine qui a résisté à l’une des guerres hybrides les plus punitives jamais vues à notre époque. Littéralement toutes les armes des manuels de guerre mondialistes ont été lancées contre ce peuple résilient. J’ai été le témoin direct de leur épuisement, de leur pauvreté, de leur misère pendant de nombreuses années, mais hier soir, tout a été mis de côté dans leur détermination à montrer à l’Occident qu’ils sont invincibles, imbattables par ces tactiques sadiques.

Le peuple syrien s’est rassemblé, de toutes les sectes, de tous les horizons, et il a fait la fête, il a dansé sur les restes de crédibilité de l’Occident et il a déclaré l’Occident insignifiant [94]. »

Le quotidien officiel du Parti communiste cubain déclara que « Le Premier Secrétaire du Comité Central du Parti et Président de la République de Cuba, Miguel Díaz-Canel a envoyé un message de félicitations au Président syrien Bashar al-Assad pour sa réélection. ’Nous ratifions la profonde amitié et la solidarité entre nos peuples et nos gouvernements’, a-t-il écrit dans un message sur Twitter. » Le journal a également observé qu’ « alors que tous les bulletins de vote n’avaient pas encore été comptés, l’Union européenne a déclaré qu’elle ’ne reconnaîtra pas le résultat des élections’ » notant d’ailleurs que selon Josep Borrel à l’issue d’une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’UE ces élections « ne conduiront pas à la normalisation des relations entre la communauté internationale et le régime syrien ». L’article de Granma note que « la liste actuelle des personnes sanctionnées comprend 283 personnes, dont le président et sa famille. La décision concerne également 70 entités et sociétés dans divers domaines, notamment le pétrole, le commerce et les investissements, ainsi que le gel des avoirs de la Banque centrale de Syrie dans l’UE. » Avant de conclure avec l’observation qu’ « aussi incroyable que cela puisse paraître, le peuple syrien, qui a organisé des élections présidentielles massives et a vaincu les groupes terroristes financés par les États-Unis, n’a pas le pouvoir - selon les critères de l’Europe et de Washington - de garantir que le droit constitutionnel à des élections libres au cours desquelles le peuple choisit ses plus hauts dirigeants soit respecté [95].”

Le PCF déclara qu’ « au terme d’un suspense insoutenable, le tyran Bachar al-Assad est sorti vainqueur de la parodie du scrutin présidentiel qui renouvelle son mandat pour la quatrième fois. Il obtient 95,1% des voix dans les territoires sous contrôle alors que les deux régions qui lui échappent ont ignoré la consultation. » Le Parti a également affirmé que « Le régime est en situation de siège en raison de la dynamique de fragmentation qui affecte la société et les institutions ; de la crise économique, financière et sociale (80% de la population vit sous le seuil de pauvreté) mais aussi de la résurgence de l’État Islamique. Il peut encore s’appuyer sur une prédation sans limite ainsi que sur sa bureaucratie notamment carcérale avec son lot de tortures et d’exécutions. Sa base sociale, vulnérable, se compose de nouveaux affairistes mafieux issus des communautés alaouites mais aussi sunnites, de notables locaux, de chefs de milices et de structures organisationnelles fantoches comme le parti Baas et ses alliés [96]. »

L’on peut observer que s’il est question de « prédation mafieux », l’on pourrait plutôt dénoncer le comportement des agents par procuration des pouvoirs occidentaux sur le terrain (avec l’appui des forces spéciales occidentaux, dont la présence du SAS britannique attestée par des reportages signalés par Beeley), dans les forces d’occupation illégales dans le gouvernorat d’Idlib et le nord-est du pays. En effet, la coalition américaine assure l’insécurité alimentaire. En 2020, de très nombreux incendies ont eu lieu dans les secteurs agricoles bordant les zones encore occupées par les terroristes financés, armés et équipés par la coalition américaine. Des incendies ont été allumés délibérément, détruisant 130 000 hectares de blé et 180 000 hectares d’orge brûlés au 29 juin 2020. Des ballons thermiques auraient été largués par des hélicoptères américains, mettant le feu aux cultures. L’activité terroriste comprenait le vol de récoltes de coton et la décimation d’oliviers. Il s’agit d’une tentative délibérée de plonger la Syrie dans un état d’insécurité alimentaire afin de forcer le changement de régime que les États-Unis n’ont pas réussi à obtenir militairement et d’une opération mafieuse dans laquelle les terroristes, y compris Al-Quaeda, ISIS et les forces démocratiques kurdes et syriennes, utilisent ces produits comme revenus [97].

Si la déclaration du PCF sur l’élection présidentielle syrienne 27 mai 2021 indique que le Rojava se finance « en s’appuyant sur la manne pétrolière », il ne condamne point l’occupation illégale du Nord-Est de la Syrie par la coalition US en conjonction avec les Forces démocratiques syriennes, et le vol des ressources pétrolières :

« Dans le Nord-est, les Kurdes, artisans de la victoire contre Daesh, ouverts à la diversité confessionnelle et ethnique, s’enracinent et créent des institutions démocratiques s’appuyant sur de puissants services publics (près de 100 000 salariés) et sécuritaires (70 000 personnes) qu’ils financent en s’appuyant sur la manne pétrolière. La stabilité et la sécurité, même précaires, leur apportent aujourd’hui le soutien des classes populaires et des couches moyennes [98]. »

Or, le Rojava est ainsi complice du vol des ressources du peuple syrien en alliance avec une force d’occupation en violation de la souveraineté du pays. Ceci fait partie d’une guerre hybride contre la Syrie renforcée par le biais de la loi dite « Caesar », un régime de sanctions qui est entrée en force le 17 juin 2020 pour punir les individus et les sociétés du monde entier qui traitent avec les secteurs de l’économie syrienne essentiels pour restaurer un semblant de santé économique en Syrie. Toute entreprise qui traite avec le gouvernement syrien dans le cadre d’un effort de reconstruction sera sanctionnée par le Département du Trésor des États-Unis et se verra interdire l’accès au système bancaire américain - une condamnation à mort économique virtuelle. Cette loi est délibérément conçue, comme le disent deux universitaires américains, « pour rendre la reconstruction impossible [99]. »

La production pétrolière avait été affectée par les sanctions appliquées en 2011/12. L’effet de la limitation de l’importation et de l’exportation de pétrole entre 2011 et 2014 est estimé à une perte de 21 milliards de dollars pour la Syrie. Lorsque l’ISIS a occupé la région syrienne riche en pétrole du nord-est de la Syrie, il a encaissé environ 3 millions de dollars par jour de revenus volés. Le Rojava profite maintenant de la vente des ressources syriennes grâce à l’occupation américaine des champs pétrolifères du nord-est. Les États-Unis volent eux-mêmes le pétrole syrien via la compagnie pétrolière Delta Crescent Energy, créée sous l’administration Trump. Parmi les autres bénéficiaires figurent Al-Qaïda, qui a également créé un monopole de raffinage du pétrole, portant le nom de WATAD, qui reçoit le pétrole volé et le commercialise ensuite en Turquie. En fait, les États-Unis ou leurs mandataires se sont emparés des champs pétrolifères syriens au début du conflit, ce qui a procuré des revenus aux différentes forces sous leur contrôle (y compris ISIS), leur permettant ainsi de continuer à voler des ressources, de procéder à un nettoyage ethnique de certaines régions de Syrie et de détruire des infrastructures, tout en augmentant les sanctions et en imposant un blocus brutal au peuple syrien, dont la majorité vit dans des zones protégées par le gouvernement syrien [100].

Le bloc occidental a également exercé une forte influence sur l’ONU. Des documents internes ayant fait l’objet d’une fuite ont révélé que les Nations unies avaient pour directive de ne fournir aucune aide humanitaire à la Syrie tant qu’il n’y aurait pas de « transition politique », c’est-à-dire tant qu’Assad et le parti Baas ne seraient pas chassés du pouvoir. Cette directive a d’abord été niée par des fonctionnaires de l’ONU avant d’être confirmée par des lanceurs d’alerte au sein de l’organisation. L’ONU s’est ainsi rendue complice de l’effort occidental visant à imposer un changement de gouvernement en Syrie en empêchant le redressement du pays après la guerre [101].

La déclaration du Parti communiste français cité présente une évaluation du Rojava comme étant moralement parfait. Mais il y a des raisons pour prendre une vue plus nuancée. Mis à part la composition des Forces démocratiques syriens, qui comprennent des milices islamistes recrutées par les États-Unis [102], il est évident que les Etats-Unis visent une balkanisation de la Syrie. L’idéologie du Confédéralisme démocratique, est comparable à certains égards au sionisme travailliste [103], qui avait joué un rôle important dans l’établissement de l’État d’Israël et l’on ne doit pas perdre de vue la situation dans le Kurdistan irakien, dont la capitale est Erbil, qui « tente de se présenter comme relativement stable et de plus en plus prospère, ’contrairement au reste de l’Irak’. Il possède certaines des plus grandes réserves de pétrole du monde et attire donc d’énormes investissements de l’Occident. Alors que le reste de l’Irak baigne dans le sang, se décompose économiquement et socialement, cette partie du pays est ’empêchée de s’effondrer’, en raison de son importance stratégique pour les États-Unis et l’Europe [104]. » Est à signaler, d’ailleurs, le soutien de Bernard Henri-Levy pour le Rojava, notamment à travers la fondation de l’association « Justice for Kurds » [105].

Selon Abrams la distinction entre les éléments islamistes et kurdes composant les Forces démocratiques syriennes est significative, les YPG n’ayant aucune animosité particulière envers le gouvernement syrien, et coopérant parfois avec lui, tandis que les éléments islamistes sont engagés en faveur du renversement de l’État syrien [106]. Sans l’influence des forces illégales d’occupation du bloc occidental/Etats-Unis, la réunification de l’Etat-Syrien, en accord avec le droit international et Charte des Nations unies serait donc vraisemblablement envisageable.

Comme le souligne Abrams, pendant toute la durée de la guerre syrienne, le conflit entre Damas et le monde occidental a été marqué par un contraste frappant entre deux visions du monde. La Syrie, qui a gagné son indépendance au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, a exprimé sa foi en des ordres mondiaux et régionaux composés d’États-nations égaux dans leur droit à la souveraineté, y compris l’autodéfense et l’autodétermination, et interdisant toute ingérence extérieure forcée dans leurs affaires intérieures. Il s’agissait du même ordre inscrit dans la Charte des Nations unies. Cela contrastait fortement avec le cadre que le bloc occidental a tenté d’universaliser pendant des décennies, dans lequel les ordres mondial et régional étaient centrés sur la domination occidentale. Un tel cadre permettrait aux États-Unis et à l’Europe d’influencer les affaires de tous les autres États, de garder une liberté illimitée d’intervention militaire et de conserver une domination indéfiniment prolongée sur le monde [107].

En ne voyant dans le conflit syrien que des enjeux de rapports de force entre pouvoirs rivaux, agis pour ainsi dire exclusivement par des motifs glaciaux de calcul égoïste, en mépris de la démocratie, l’analyse du PCF a empêché de comprendre ces enjeux. Ainsi le Parti a estimé que : « Emportant ainsi l’espoir de lendemain meilleurs dans un torrent de sang, le pouvoir Al Assad son voisin d’Iran, les gouvernements chinois, russes, mais aussi américains et européens ont préféré noyer un peuple dans ses larmes plutôt que de pouvoir imaginer qu’un ordre soit remis en compte, plutôt que de craindre l’avènement d’aspirations populaires [108] ». Le Parti jugeait que le peuple syrien « se trouve aujourd’hui pris en tenaille entre un pouvoir criminel et des enjeux stratégiques de puissances régionales et mondiales allant des États-Unis à la Russie en passant par l’Union européenne, dont la France, Israël, l’Iran et la Chine, l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie” et que “ce qui est au cœur, c’est que ce peuple ne peut décider librement de son avenir dès lors qu’il est situé dans une zone de haute conflictualité entre des intérêts qui ne sont pas les siens [109]. »

Ainsi le texte de l’initiative récemment prise par les élus du PCF d’un appel signé par 102 parlementaires où l’on lit :

« Nous invitons la France à saisir le Conseil de sécurité de l’ONU pour décréter une zone d’exclusion aérienne au nord de la Syrie et placer les Kurdes de Syrie sous protection internationale. Enfin, nous demandons que l’Aanes [110] puisse bénéficier d’une reconnaissance internationale, afin d’aboutir à une solution politique susceptible de construire une paix durable dans la région [111]. »

On peine à voir comment ce texte, - qui ne fait aucun référence au gouvernement syrien, qui est pourtant le seul pouvoir légitime selon la Charte des nations unis, et dont la Turquie viole ainsi les frontières nationales en lançant un crime d’agression – peut être concilié avec la condamnation du PCF d’« un crime contre la souveraineté et l’intégrité territoriale d’un pays et contre le droit international » en ce qui concerne l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022 [112]. Cette incohérence paraît se relever d’une approche de « deux poids deux mesures », s’arrangeant ainsi avec le droit international.

Au contraire pour défendre les kurdes de Syrie contre l’agression turque, en accord avec le droit international, il est impératif que le Parti s’oppose aux sanctions unilatérales illégales imposées contre le peuple syrien. Pratiquement chaque déclaration du parti sur la guerre a affirmé la solidarité du Parti communiste français avec le peuple syrien. Est-ce que cette « solidarité » ne s’appliquerait que dans le cas où ce peuple s’opposerait à son gouvernement, pour être aussitôt oublié dans le cas contraire ?

Cette cohérence implique de faire campagne contre les sanctions occidentales, en accord avec l’appel de Vanessa Beeley lancé lors de la table ronde en ligne organisée par l’International Manifesto Group le 13 juin 2021 :

« Je dirais que les sanctions, lorsqu’elles sont utilisées comme une composante brutale et vindicative d’une stratégie de guerre hybride néocolonialiste, sont sans doute plus dévastatrices qu’une guerre militaire. Lorsqu’elles sont imposées par des nations de la superpuissance mondiale contre des nations cibles plus faibles comme la Syrie, en conjonction avec une guerre par procuration qui a été fomentée et soutenue par ces mêmes nations, elles deviennent une arme de destruction massive au même titre que les armées terroristes/mercenaires que ces nations alignées avec les États-Unis ont lâchées sur le peuple syrien. Il est donc presque impossible de parler des sanctions économiques contre la Syrie de manière isolée et sans faire référence aux mesures parallèles qui font qu’elles frappent le plus durement les populations les plus pauvres de Syrie.

Je soutiens que les effets des sanctions américaines, britanniques, européennes, turques et de la Ligue arabe sont équivalents à la campagne de destruction des infrastructures menée par les groupes armés illégaux financés et armés par la coalition américaine pour le changement de régime et promus par les médias qui leur sont affiliés. Le terrorisme peut être défini comme ’le recours illégal à la force ou à la violence contre des personnes ou des biens dans le but de contraindre ou d’intimider un gouvernement ou la population civile afin de faire avancer des objectifs politiques ou idéologiques’.

Le fait de priver des civils innocents de leurs moyens de subsistance afin de contraindre une nation entière à se soumettre à des programmes étrangers dans la région doit certainement être qualifié de terrorisme économique. La destruction d’infrastructures civiles essentielles est un crime de guerre, la rétention de ressources essentielles ou l’occupation de ces ressources est également un crime de guerre. On pourrait soutenir que la coalition américaine est responsable de génocide en Syrie en vertu de l’article II (c) de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide – « Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ».

[…]

Les sanctions étouffent la Syrie et sont utilisées pour accroître délibérément les souffrances du peuple syrien qui a résisté à dix ans de guerre menée contre lui par la coalition américano-britannique ce qui garantit son incapacité à se sortir du bourbier de la guerre.

La coalition américaine suit effectivement une politique d’extermination collective du peuple syrien par des moyens militaires et économiques. C’est un crime contre l’humanité, un crime de guerre et une violation flagrante du droit à la vie et à une vie digne. La Syrie est membre des Nations Unies, ces mesures unilatérales coercitives visant le peuple syrien sont une violation de la Charte des Nations Unies.

Dans le cadre des sanctions les plus récentes et les plus barbares de la loi « César », considérées par de nombreux experts comme illégales, une pression accrue est exercée sur les nations qui tenteraient d’aider la Syrie à se reconstruire. Dans le même temps, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Union européenne, la Turquie et Israël continuent de soutenir et de promouvoir le terrorisme en Syrie et permettent à leurs agents par procuration de piller et de saccager les ressources syriennes, punissant encore davantage le peuple syrien. Les sanctions contre la Syrie sont une tentative malveillante de mettre le pays à genoux après l’échec militaire de l’une des plus longues et coûteuses guerres de changement de régime menées par le Royaume-Uni et les États-Unis. Les sanctions n’affectent pas les cibles présumées, elles tuent le peuple syrien et l’espoir - nous devons faire campagne contre elles pour restaurer la paix et la stabilité en Syrie et dans la région [113]. »

Conclusion

A mes yeux l’analyse qui précède, jusqu’à preuve du contraire, démontre l’absolue nécessité pour le parti de se doter des outils nécessaires à un regard beaucoup plus critique des discours propagés par les médias, particulièrement à l’égard des États stigmatisés par le bloc occidental, - dont fait partie la France par son appartenance à l’OTAN -, comme étant des « dictatures autoritaires » opposés à la « démocratie », ainsi que l’impératif de réorienter la stratégie du Parti autour d’une défense du droit international et de la Charte des Nations Unies qui soient interprétés de façon cohérente, s’appliquant de manière égale à tous les pays, sans égard aux préférences politiques des gouvernements et des médias occidentaux, comme seul base possible pour la construction de la paix et de la sécurité internationales. Les informations révélées par Wikileaks ont joué un rôle central en exposant maintes fabrications utilisées par des gouvernements « démocratiques » pour justifier leurs crimes d’agression, et pour empêcher toute solidarité internationale de la part de la communauté internationale envers les pays ciblés par leurs attaques militaires, économiques et informationnelles. À l’heure de la menace nouvelle d’une guerre mondiale d’une puissance destructrice sans précédent, dont nous commençons déjà à subir les conséquences, la liberté d’information et de la presse, et le développement de la capacité du regard critique parmi tous les citoyens, dont Assange et Wikileaks sont le symbole, revêtent une importance primordiale, y compris la capacité de reconnaître ouvertement ses erreurs et d’en examiner attentivement les causes, ce qui serait « la marque d’un parti sérieux [114] ».

Stephen CHALK,

Adhérent de la Fédération des Alpes-de-Haute-Provence du Parti communiste français

Le 1er octobre 2022

chalkstephen@gmail.com

[1À titre d’illustration, selon Frédéric Boccara, en France, « la moitié des salariés de l’ensemble des entreprises est directement employé par une FMN [firme multinationale]. Et les FMN françaises ont, en moyenne, la moitié de leur effectif mondial dans des filiales situées à l’étranger », les transferts de valeur réalisés entre pays par ces multinationales étant au cœur de leur fonctionnement (Boccara, F. « Rapport général ouvrant les rencontres sur la mondialisation (extraits) », Économie et Politique, janvier-février 2020, p. 43-47, https://www.economie-et-politique.org/2020/03/30/numero-786-787-janvier-fevrier-2020/ ). En outre, selon les économistes chinois Ceng Enfu et Lu Balolin, « si nous combinons les données pour les sociétés multinationales et le total mondial de près de deux cents pays, et établissons une liste de leurs revenus annuels et de leurs PDD, il devient clair que les pays représentent moins de 30% des cent plus grandes économies du monde, tandis que les entreprises représentent plus de 70%. » (« Five Characteristics of Neoimperialism », Monthly review, le 1 mai 2021, dont la traduction française a été publiée sur le site web animé par Danielle Bleitrach Histoire et société, https://histoireetsociete.com/2021/11/22/__trashed-16/ )

[2Abrams, A.B., World War in Syria, Clarity Press, Inc., Atlanta, 2021, pp. 2-3.

[3Ibidem p. 84

[4Entre autres, entretien avec Vanessa Beeley par Redacted, sur le site Youtube de Vanessa Beeley, « My latest with Redacted, covering UN “humanitarian” crossing in Syria and Russian veto », 13 juillet 2022, https://www.youtube.com/watch?v=5toD9mTbaXY

[5Abrams, op. cit., pp. 12, 16-7.

[6Ibidem., p. 56-8.

[7Ibidem., p. 58-64.

[8Ibidem, p. 64.

[9Ibidem, p. 9, 23-4.

[10« Vanessa Beeley Discusses Syria’s Democratic 2021 Election », chaîne Youtube de Vanessa Beeley, le 18 juin 2021.

[11Parti communiste français, « Syrie : le PCF condamne fermement la répression criminelle du Régime de Damas », L’Humanité, Jeudi 24 Mars 2011.

[12Le 8 avril 2011, la télévision syrienne d’État a annoncé que 19 policiers et membres des forces de sécurité avait été tués dans la ville de Deraa, dans le sud du pays : « State-run Syrian TV says 19 police officers and security forces have been killed in southern city of Daraa », AP Archive, avril 27 2011, http://www.aparchive.com/metadata/youtube/af7b6fd4a026b87e9a164d24f88c2cf4

Cité dans Abrams, œuvre cité, p. 103.

[13Abrams, œuvre cité, p. 107. L’entretien avec Al Eshki (le 10 avril 2012) : https://www.youtube.com/watch?v=VKN-tP4s_uU

[14Parti communiste français, Mouvement Jeunes Communistes de France, « Syrie : le PCF et le MJCF apportent leur soutien au peuple syrien », L’Humanité, 19 mai 2011.

[15Margaté, Patrick « Introduction à la Commission des relations internationales  », le 5 juin 2013, http://international.pcf.fr/78464

[16Parti communiste français, « Libye : la France doit condamner avec force la répression criminelle du régime Kadhafi », le 21 février 2011, http://www.economie-politique.org/8039

[17Bosco, David « Was there going to be a Benghazi massacre ? », Foreign Policy, le 7 avril 2011. Cité dans Abrams œuvre cité p. 125.

[18Parti communiste français, « Libye : le PCF souligne les risques d’une logique de guerre », le 18 mars 2011, http://www.economie-politique.org/8349

[19« Lybie l’intervention est-elle justifiée ? », L’Humanité, le 25 mars 2011, https://www.humanite.fr/libye-lintervention-est-elle-justifiee-457057

[20Abrams ouvre cité p. 125.

[21Giraldi Philip, “NATO vs. Syria”, The American Conservative, le 19 décembre 2011. Giraldi a également pointé, dans cet article, que « Le mouvement politique d’opposition le mieux organisé et le mieux financé en Syrie est celui des Frères musulmans. » https://www.theamericanconservative.com/nato-vs-syria/

[22Hersh, Seymour M. « The Red Line and the Rat Line », London Review of Books, le 17 avril 2014.

[24« Intervention au CN du PCF du 16 janvier 2012 : le communiqué du parti sur la Syrie du 30 décembre 2011 est une erreur », Réveil communiste, 16 Juillet 2012, http://www.reveilcommuniste.fr/article-intervention-au-cn-du-pcf-le-communique-du-parti-sur-la-syrie-du-30-decembre-est-une-erreur-108197592.html

[25« SYRIE, interview de Jacques Fath, responsable des Relations internationales du PCF », Lettre des relations internationales, Parti communiste français, février 2012, p. 9-11 http://www.economie-politique.org/sites/default/files/lri_02-2012_0.pdf

[26Parti communiste français, “Syrie : renforcer les sanctions contre le régime de Damas”, Paris, le 30 décembre 2011.

[27Steele, Jonathan, “Most Syrians back President Assad, but you’d never know from western media”, The Guardian, le 17 janvier 2012, https://www.theguardian.com/commentisfree/2012/jan/17/syrians-support-assad-western-propaganda

[28« INSIGHT – military intervention in Syria, post withdrawal status of forces » Wikileaks, le 6 mars 2012. Voir Abrams œuvre cité p. 98-99.

[29« SYRIE, interview de Jacques Fath, responsable des Relations internationales du PCF », Lettre des relations internationales, Parti communiste français, février 2012.

[30« Introduction à la Commission des relations internationales », Patrick Margaté, Responsable Monde arabe du Parti communiste français, le 5 juin 2013, ( http://international.pcf.fr/78464 ).

[31Abrams, A.B., œuvre cité p. 111.

[32Ignatius, David, « Al-Qaeda affiliate playing larger role in Syria rebellion » The Washington Post, le 30 novembre 2012, cité dans Abrams œuvre cité p. 110, https://www.washingtonpost.com/blogs/post-partisan/post/al-qaeda-affiliate-playing-larger-role-in-syria-rebellion/2012/11/30/203d06f4-3b2e-11e2-9258-ac7c78d5c680_blog.html

[33Abrams p. 110. Entre autres : Fisk, Robert, « Inside Daraya - How a Failed Prisoner Swap Turned Into a Massacre », The Independent, jeudi 30 août 2012. Thomson, Alex, le 14 décembre 2012, « Was there a massacre in the Syrian town of Aqrab ? », Channel 4 news.

[34Mekhennet, Souad « The terrorists fighting us now ? We just finished training them. » The Washington Post, le août, 2014, cite dans Abrams œuvre cité p.113.

[35Parti communiste français, « Syrie : « C’est une issue politique qui doit s’imposer » (PCF) », L’Humanité, le 7 mars 2012, https://www.humanite.fr/syrie-%C2%ABcest-une-issue-politique-qui-doit-simposer%C2%BB-pcf-491707

[36« Syrie : la paix semble lointaine, de la Fête de l’Humanité », L’Humanité, le 15 Septembre 2012 https://www.humanite.fr/syrie-la-paix-semble-lointaine-de-la-fete-de-lhumanite-484594 https://souriahouria.com/syrie-la-paix-semble-lointaine-de-la-fete-de-lhumanite/

[37Mcelroy, Damien, « UN accuses Syrian rebels of chemical weapons use », The Telegraph, le 6 May 2013. Cité dans Abrams oeuvre cite p. 167.

[38“Turkey arrests 12 in raids on ‘terrorist’ organization”, Reuters, 30 May 2013, https://www.reuters.com/article/us-syria-crisis-turkey-idUSBRE94T0YO20130530 cité dans Abrams œuvre cité p. 167.

Cf. également Hersh, Seymour M., « The Red Line and the Rat Line », London Review of Books, le 17 avril 2014.

[39Abrams œuvre cité p. 131-33

[40Parti communiste français, « Syrie : Stopper l’engrenage (PCF) », L’Humanité, le 29 mai 2013 https://www.humanite.fr/pcf/syrie-stopper-lengrenage-pcf-542578 http://69.pcf.fr/40710

[41Margaté, Patrick « Introduction à la Commission des relations internationales  », le 5 juin 2013, http://international.pcf.fr/78464

[42Abrams œuvre cité p. 134.

[43Abrams œuvre cité p. 166-7.

[44Parti communiste français, « Syrie : toute la vérité doit être établie sans délais sur ce qui s’est passé dans la banlieue de Damas (PCF) », L’Humanité, le jeudi 22 août 2013, https://www.humanite.fr/syrie/syrie-toute-la-verite-doit-etre-etablie-sans-delai-547575.

[45Parti communiste français, « Syrie : la France doit prendre l’initiative politique (PCF) », L’Humanité, le 26 août 2013, https://www.humanite.fr/communique/syrie-la-france-doit-prendre-linitiative-politique-547693

[46Gavlak, Dale et Ababneh Yahya, « Exclusive : Syrians in Ghouta claim Saudi-supplied rebels behind chemical attack », Mint Press News, le 29 août 2013, cité dans Abrams œuvre cité p. 168.

https://www.mintpressnews.com/syria-ghouta-claim-saudi-supplied-rebels-chemical-attack/168135/

[47« Pétition : Non à une intervention militaire de la France en Syrie », https://www.pcf-fontaine.fr/petition-non-a-une-intervention-militaire-de-la-france-en-syrie/

[48« Intervention de Pierre Laurent au Sénat sur la Syrie, le 4 septembre 2013 (CRC) », site web du Parti communiste français, le 4 septembre 2013, http://international.pcf.fr/78477. Voir également l’intervention d’André Chassaigne à l’Assemblée national du même jour : « Intervention au nom des député-e-s Front de Gauche lors du débat parlementaire sur la situation en Syrie », Le blog d’André Chassaigne, le 5 septembre 2013.

[49M. Hersh, Seymour « Whose sarin ? », London review of Books, le 19 décembre 2013 https://www.lrb.co.uk/the-paper/v35/n24/seymour-m.-hersh/whose-sarin

Voir également Lee Adrien, « Seymour Hersh Alleges Obama Administration Lied on Syria Gas Attack », The Atlantic, le 8 décembre, 2013, cité dans Abrams œuvre cité p. 169-171.

[50Chivers, C.J., « New Study Refines View of Sarin Attack in Syria », New York Times, le 28 décembre 2013, cité dans Abrams œuvre cité p. 168.

[51Bartlett Eva, “International observers endorse Syrian elections”, Oriental Review, le 3 juin 2014, https://orientalreview.org/2014/06/03/international-observers-endorse-syrian-elections/

[52Abrams œuvre cité p. 194.

[53Parti communiste français, « PCF : communiqué de presse sur la Syrie », le 6 juin 2014. http://international.pcf.fr/55495

[54Hayward, Tim, « How we were misled about Syria : Amnesty International », Blog de Tim Hayward, le 23 janvier 2017. https://timhayward.wordpress.com/2017/01/23/amnesty-internationals-war-crimes-in-syria/

[55Abrams œuvre cité p. 193, 195.

[56Abrams p. 197

[57Abrams p. 245

[58Abrams p. 209, p. 229.

[59Margaté, Patrick, membre de la commission des relations internationales du PCF, « Enfin la paix » Lettre du secteur international du Parti communiste français, décembre 2015/janvier 2016.

[60Amnesty International, « Human Slaughterhouse Mass Hangings and Extermination at Saydnaya Prison, Syria », Londres, le 7 février 2017, site web d’Amnesty International.

[61Parti communiste français, « Syrie : ’Seul l’arrêt général des combats mettra un terme aux crimes odieux des belligérants’ », le 10 février 2017, http://international.pcf.fr/96451

[62« Amnesty International “Human Slaughterhouse” Report Dismissed as Fake News by Ex UK Ambassador to Syria », 21st Century Wire, le 26 février 2017. À noter que l’article comporte également le lien pour écouter l’entretien de Peter Ford accordé à l’émission Hard-Facts de radio Sputnik, qui n’est pas actuellement consultable en France à cause de l’interdiction des médias russes suite à la guerre en Ukraine : https://21stcenturywire.com/2017/02/26/amnesty-international-human-slaughterhouse-report-dismissed-as-fake-news-by-ex-uk-ambassador-to-syria/

[63AMNESTY INTERNATIONAL FAKE NEWS : Sadnaya Prison for Al Qaeda”, chaîne Youtube de Vanessa Beeley, le 9 février 2017, https://www.youtube.com/watch?v=ggZM5jZNovE

[64Hayward, Tim, « How we were misled about Syria : Amnesty International », Blog de Tim Hayward, le 23 janvier 2017. https://timhayward.wordpress.com/2017/01/23/amnesty-internationals-war-crimes-in-syria/

[65Abrams œuvre cité p. 290.

[66Ritter, Scott, « Ex-Weapons Inspector : Trump’s Sarin Claims Built on ‘Lie’ », The American Conservative, le 29 juin 2017. https://www.theamericanconservative.com/ex-weapons-inspector-trumps-sarin-claims-built-on-lie/

[67Ripley, Tim, « Operation Aleppo : Russia’s War in Syria », Lancaster, Telic-Herrick Publications, 2018 (p. 162), cité dans Abrams op. cit. p. 290.

[68Burns, Robert, « US has no evidence of Syrian use of sarin gas, Mattis says », Associated Press, le 2 février 2018, cité dans Abrams op. cit. p. 288. https://apnews.com/article/bd533182b7f244a4b771c73a0b601ec5

[69Abrams op. cit. p. 305-6.

[70Parti communiste français, « Syrie une nouvelle escalade guerrière sans espoir », le 14 avril 2018, http://international.pcf.fr/105815

[71Abrams p. 309-10. Voir également le témoignage d’Ian Henderson : “Douma false ’chemical weapon’ narrative : Ian Henderson speaks to UN about OPCW report”, chaîne Youtube de Vanessa Beeley, le 21 janvier, 2020. https://www.youtube.com/watch?v=YrdXDad0h28

[72Becker, Brian et Kirakou, John, « Loud and Clear News of the Day — with Peter Ford », Sputnik, le 17 décembre 2019.

« Western Narrative of Syrian Chemical Attacks “Comes Apart at the Seams” Amid OPCW Leaks », Sputnik, le 18 décembre 2019. Cité dans Abrams op. cit. p. 313.

[74Abrams p. 311-2.

[75Brossat, Ian, Porte-parole du Parti communiste français (PCF), « Syrie : ’Stopper les massacres dans la province d’Idlib (Ian Brossat) », Paris, le 4 janvier 2020, http://international.pcf.fr/113967

[76Torre, Pascal, responsable-adjoint du secteur international du PCF, chargé du Maghreb et du Moyen-Orient, « Le peuple syrien meurtri par une décennie de souffrances », le 12 mars 2021, https://www.pcf.fr/le_peuple_syrien_meurtri_par_une_decennie_de_souffrances

[77Voire plus car « il en manque », certain transferts n’ayant pas pu être prises en compte.

[78Frédéric Boccara, « Rapport général ouvrant les rencontres sur la mondialisation (extraits) », Économie et Politique, janvier-février 2020 (786/787), p. 42, 44, 46-7. https://www.economie-et-politique.org/2020/03/30/numero-786-787-janvier-fevrier-2020/

[79Gowans, Stephen « Washington’s Long War on Syria : An Update », What’s Left [blog de Stephen Gowans], le 22 octobre 2022, https://gowans.blog/2020/10/22/washingtons-long-war-on-syria-an-update/

[80Bachar El Assad, “The interview that Italian Rai News 24 refrained from broadcasting…President al-Assad : Europe was the main player creating chaos in Syria [L’entretien que la chaîne italienne Rai News 24 s’est abstenue de diffuser...Président al-Assad : l’Europe est le principal acteur à l’origine du chaos en Syrie]” SANA, le 9 décembre 2019, cité dans Gowans loc. cit.

[81Gowans article cité

[82Torre, Pascal, membre de la commission des relations internationales du Parti communiste français, « Les mutations du conflit syrien », Lettre des relations internationales du Parti communiste français, juillet 2018.

[83Parti communiste français, « Bataille d’Idlib : L’arrêt des bombardements de la population et le retour à la paix doit être l’objectif immédiat de la diplomatie française », le 13 septembre 2018.

[84Parti communiste français, « Syrie : Faire cesser le massacre des civils dans la province d’Idlib (PCF) », Paris, le 14 juin 2019, http://international.pcf.fr/112087

[85Brossat, Ian, Porte-parole du Parti communiste français (PCF), « Syrie : ’Stopper les massacres dans la province d’Idlib (Ian Brossat) », Paris, le 4 janvier 2020, http://international.pcf.fr/113967

[86M. Ja’afari (République arabe syrienne) Conseil de sécurité des Nations Unies, 8535e réunion, le 28 mai 2019, cité dans Gowans, Stephen « We should applaud the Syrian military’s actions in Idlib, not deplore them », What’s Left [blog de Stephen Gowans], le 23 février 2020.

[87Rabil, Robert G., “Defeating the Islamic State of Idlib”, National Interest, le 13 juin 2019, cite dans Abrams op. cit. p. 348.

[88Abrams p. 348

[89Abrams op. cit. p. 350

[90Frantzman, Seth J., « Did former US officials support extremists in Syria as an “asset” ? », Jersualem Post, April 6, 2021. Boghani, Priyanka, « Syrian Militant and Former Al Qaeda Leader Seeks Wider Acceptance in First Interview With US Journalist », Frontline, April 2, 2021, cités dans Abrams op. cit. p. 355-6.

[91Vltchek, Andre, “Syria is the Middle Eastern Stalingrad”, New Eastern Outlook, le 2 janvier 2016.

[92Vltchek, Andre, « In Syria the Entire nation Mobilized and Won », New Eastern Outlook, le 11 décembre 2018.

[93« Vanessa Beeley Discusses Syria’s Democratic 2021 Election », chaîne Youtube de Vanessa Beeley, le 18 juin 2021.

[94Beeley, Vanessa « Presidential Election drives home Syrian sovereignty and Western irrelevance », Off Guardian, le 28 mai, 2021.

[95« Reelecto el presidente de Siria, Bashar al-Assad, con el 95,1 % de los votos », Granma, le 28 mai 2021 https://www.granma.cu/mundo/2021-05-28/reelecto-el-presidente-de-siria-bashar-al-assad-con-el-951-de-los-votos-28-05-2021-01-05-44

[96Torre, Pascal, responsable-adjoint du secteur international du PCF, chargé du Maghreb et du Moyen-Orient, « Quel avenir pour la Syrie après dix ans de guerre ? », le 4 juin 2021, https://www.pcf.fr/quel_avenir_pour_la_syrie_apres_dix_ans_de_guerre

[97« Vanessa Beeley Speaking on Syria », publié sur la chaîne Youtube de Robert Hole, le 2 juillet 2020, (il s’agit de l’entretien avec Beeley diffusé par UK Column News, le 29 juin 2020).

[98Torre, Pascal, « Quel avenir pour la Syrie après dix ans de guerre ? » art. cité.

[99Joshua Landis and Steven Simon, “The Pointless Cruelty of Trump’s New Syria Sanctions, Foreign Affairs, le 17 août 2020, cité dans Gowans Stephen « Washington’s Long War on Syria : An Update » art. cit.

[100Beeley, Vanessa, “Sanctions on Syria – a silent death and killing hope”, The Wall Will Fall, le 14 juin, 2021. Cf. également Beeley, Vanessa “Sanctions against Syria are War Crimes”, chaîne Youtube du International Manifesto Group, le 24 juin 2021.

[101Abrams op. cit., p. 334. Entre autres documents cités : « Leaked secret directive shows UN won’t help to rebuild Syria », RT, le 2 septembre 2018. Bartlett, Eva, « Scoundrels & gangsters at the UN : Silencing the Syrian narrative », RT, le 4 février 2015. »

[102Abrams op. cit. p. 272

[103Norton, Ben, “Anarchist hero Murray Bookchin was a Zionist who whitewashed Israel’s colonialism and war crimes”, Multipolarista, le 14 juin 2019.

[104« ISIS, Destroyed Iraq, and the Kurdish State : ‘Iraqi Kurdistan’ – Western Fifth Column in the Middle East », in Vltchek Andre, Exposing Lies of the Empire, Badak Merah, 2015.

[106Op. cit. p. 272.

[107Abrams op. cit. p. 375.

[108« Syrie : la guerre civile fait rage à Alep », Parti communiste français, 11 août 2012, http://69.pcf.fr/27328

[109Samedi le 30 Sept 2012, “Monde arabe où en est-on ?”, Patrick Margaté, responsable collectif Monde arabe du PCF, article de la LRI du PCF, publié en ligne à https://souriahouria.com/monde-arabe-ou-en-est-on-par-patrick-margate/ le 30 septembre 2012

[110“Autonomous Administration of North and East Syria”, également appelé le Rojava.

[111“Il faut contrer la folie guerrière d’Erdogan”, JDD, 1er août 2022, https://www.institutkurde.org/info/il-faut-contrer-la-folie-guerriere-dserdogan-1232552156

[112PCF, « Ukraine : Oser la paix », site web du PCF, le 11 mars 2022, https://www.pcf.fr/ukraine_oser_la_paix

[113Beeley, Vanessa, “Sanctions on Syria – a silent death and killing hope”, The Wall Will Fall, le 14 juin, 2021. Beeley, Vanessa “Sanctions against Syria are War Crimes”, chaîne Youtube du International Manifesto Group, le 24 juin 2021.

[114« L’attitude d’un parti politique en face de ses erreurs est un des critériums les plus importants et les plus sûrs pour juger si ce parti est sérieux et s’il remplit réellement ses obligations envers sa classe et envers les masses laborieuses. Reconnaître ouvertement son erreur, en découvrir les causes, analyser la situation qui l’a fait naître, examiner attentivement les moyens de corriger cette erreur, voilà la marque d’un parti sérieux, voilà ce qui s’appelle, pour lui, remplir ses obligations, éduquer et instruire la classe, et puis le masses. » (Lénine, V. I. « La maladie infantile du communisme (le gauchisme) », (1920), Œuvres, Tome 31, 1961, Paris : Éditions sociales, Moscou : Éditions en langue étrangères, p. 52.)

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