Les gilets jaunes, quel avenir ? Réflexions à partir d’un livre sur le phénomène des gilets jaunes

, par  Mireille Popelin , popularité : 90%

Les gilets jaunes ont repris leur manifestations du samedi en septembre 2019 et il me semblait important de revenir sur ce phénomène à partir d’un livre que j’ai étudié avec d’autres camarades. Ce livre est le suivant :
« Le processus de déconstitution de la cité politique
Et le phénomène des gilets jaunes
 »
Par Hélène Desbrousses, Frédéric Emsellem, Gérard Funffrock et Sylvain Tessier
Edition Inclinaison, 15 €
Ce livre m’a apportée un certain nombre de réponses. Les auteurs ont enquêté et procédé avec méthode, recueilli des « points de vue » autour du phénomène dans différentes régions.

Les pour :

« Je suis là pour les taxes. J’en ai marre », un ouvrier forestier.
« Je suis là parce qu’on paye pour tout. Au Sénat, ils ont des millions. Une femme de ménage touche une prime de 6500 € » (émission de Bourdin), un cadre commercial.
« Je gagne 1000 € par mois, et je paye 768 € de taxe d’habitation » seule avec 2 enfants.

Vous avez des revendications claires ?
 « Non. C’est pas le but. Le but, c’est de regrouper tout le monde. Il n’y a pas de différences sociales. Ça part comme ça et on verra comment tournent les choses », un homme, la quarantaine, qui se dit profession libérale.
Vous avez des plans ?
 « Non, surtout pas, on est dans la rue. C’est simple ».
Vous n’avez pas peur d’être récupérés, que ça finisse mal ?
 « Bien sûr. C’est pour ça qu’on ne veut pas de syndicats, ni de partis ; ça reste neutre, il n’y a pas d’étiquette ».

Gilet jaune, petite ville du sud ouest : « On va mettre Macron dehors ! On n’a plus besoin de députés, de sénateurs… le peuple, c’est nous ! ».

Mouvement lycéen : « On soutient les gilets jaunes parce qu’on paye trop de taxes » ; « On sèche les cours m’sieur, c’est trop bien ! ».

Personnes circonspectes :

Un agent de gestion : « On comprend les revendications. Mais ça fait peur aussi. Inorganisé. Ou alors, organisé mais en dessous ? ».

Directeur d’école (lettre) :
« Au début, je n’étais pas intéressé. Après j’ai voulu discuter. Mais des personnes étaient repérées comme responsables. Elles empêchaient de discuter librement. Je ne peux me résoudre à mettre tous les gilets jaunes dans le même panier ! Il faut mettre en lien ce mouvement avec le jeu des différentes contradictions inhérentes au système capitaliste, qui doit être mis en relation avec la période de crise générale de 2008.
Outre les contradictions à l’intérieur, il faut s’interroger sur les autres puissances européennes (Italie, Angleterre, Allemagne, Espagne) où la déstabilisation des gouvernements est à l’œuvre et entraîne la désorganisation générale et la désorientation des classes populaires ».
C’est une analyse politique que je partage entièrement (ndr).

Dans les ronds-points, les manifestations, on utilise l’injure avec des pancartes du style : « Macron, on t’enc... », « Macron on te n… », et surtout « Macron, dégage ».

Les manifestations se font de plus en plus violentes. Des manifestants brûlent des voitures (souvent casseurs infiltrés), saccagent, pillent, volent. Les Black Blocs arrivent et appuient ces violences (comme ils le font toujours !).

Un universitaire : « Tant qu’ils brûlent les voitures, piquent chez Dior et Vuitton, je peux le comprendre. Mais s’attaquer à l’Arc de Triomphe, je ne peux pas le supporter ».

Pas d’accord :

Une dame âgée, Marseille : « Ils font n’importe quoi ! C’est de la colère sans orientation. Mais tout ça finira mal ! ».
Une commerçante en vêtements : « Ils veulent qu’on augmente le RSA et pas travailler. J’en ai assez, assez ! ».
Retraité PTT, région centre : « ça pue, c’est dangereux. Une désorganisation totale en termes de classes. C’est février 34. Un caractère lumpen, la décomposition, quelle issue ? ».
Une enseignante, du Loiret : « je suis effrayée de voir avec quelle facilité on admet le soutien obligatoire aux gilets jaunes ? Demain, on dira à ces inconscients : "On vous laisse passer, buvez d’abord l’huile de ricin" » (allusion aux chemise brunes, Mussolini).
On remarquera que quelques personnes interrogées ont, elles, des références historiques (ndr).
Un artisan retraité : « Alors, là, c’est le comble de la bêtise, un gilet jaune vient de créer un parti politique qui se définit comme apolitique ! ».

Réactions des politiques vis-à-vis des gilets jaunes :

Marine le Pen : « je soutiens ce mouvement. Les syndicats sont décrédibilisés dans cette affaire ».
« Le RN et Marine le Pen demandent la dissolution de l’assemblée nationale » (émission de Bourdin le 8 décembre 2018).
Mélenchon est particulièrement suivi sur son blog : « il y aura au cours du quinquennat un choc social terrible et la baston méchante ».
Le 10/6/2017 : « la thèse centrale de l’ère du peuple est que le peuple est le nouvel acteur de l’histoire ».
Donc pour Mélenchon, les gilets jaunes, c’est le peuple (ndr).
Le 6 mars 2018 ; « la phase destituante, un seul mot d’ordre de l’action "qu’ils s’en aillent tous", "dégagez" ».

J’ai retenu aussi le propos d’un sidérurgiste (16 décembre 2018) : « Dans mon usine, il n’y a pas beaucoup de gilets jaunes » ! Et il parle, lui, des phases historiques : « Pendant trente ans, il y en a qui construisent, pendant trente ans, il y en a qui profitent, pendant trente ans, il y en a qui détruisent ».

Le livre se termine en citant les formes violentes accompagnant les manifestations de gilets jaunes. Les permanences de députés attaquées, les menaces envers les élus allant jusqu’à l’agression physique, menaces de mort, contre eux et leur famille.

Quelles questions se poser ?

Tout comme les auteurs de cette excellente analyse, je pose les questions que tout militant révolutionnaire devrait se poser :
1) Ces gilets jaunes ont-ils des repères historiques ? Ont-ils conscience qu’ils vivent dans un régime capitaliste, que c’est ce régime qui est responsable de leurs difficultés ?
2) Ont-ils un but historique ?
3) De quelles classes sociales font-ils partie ? Des classes populaires ?

A ces questions, les auteurs du livre ont répondu NON.
Moi je doute fort. Nous avons, à Vénissieux, interrogé des gilets jaunes. L’un a affirmé tranquillement qu’« ils acceptaient l’extrême droite », devant des militants communistes, syndicalistes outrés.

Ces gilets jaunes refusent les organisations syndicales et politiques ?
Je pense que nous devons reprendre le combat avec les organisations syndicales, même si c’est difficile : réorganisation des classes populaires, parler de lutte de classes, de conscience de classes, la reconstitution de la cité politique, défendre la représentation politique (même imparfaite) sinon, c’est la porte ouverte à un climat pré-fasciste et un élu à la Bolsonaro.

Nous pour la planète, pour le climat, nous savons qu’il faut le socialisme (rencontres internationalistes à Vénissieux 5 octobre).

Nous, nous savons que ce sont les ouvriers des entreprises, les salariés, les enseignants tous les travailleurs, les retraités qui doivent reprendre la lutte pour défendre les retraites et j’y serai le 24 septembre !

Nous devons occuper la place, sans violences, mais avec fermeté et persévérance ! Et si les gilets jaunes veulent se joindre à nous, nous les accepterons !

Mireille Popelin

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