XXIème congrès du PCP - 27, 28, 29 novembre 2020
Les solutions économiques et politiques Par Agostinho Lopès, membre du comité central du PCP

, par  lepcf.fr , popularité : 100%

Camarades,

1- La politique de droite du PS, du PSD et du CDS a conduit le pays au désastre. Le Covid n’a fait qu’empirer les choses. Et il a été efficace pour révéler les causes de ce désastre. Il a permis de prendre des instantanés des multiples dimensions de la catastrophe. Et il a clairement identifié les responsables : PS, PSD et CDS. Mais ces politiques ont également été soutenues par ceux qui, aujourd’hui, naviguent dans différentes eaux de la droite. Des politiques qui ont eu le soutien de ceux qui, hier, étaient des ultra-gauchistes, des radicaux petits-bourgeois avec une façade socialiste et qui se sont ensuite déplacés vers la droite, où ils nagent aujourd’hui. Mais toujours, à tout moment, anticommunistes.

Au cœur de la catastrophe, il y a angoisse, désespoir, fatigue, rage, impasses. L’émigration est hélas une issue. Il y a l’opportunisme d’un capitalisme périphérique, consolidé par les politiques de droite, accro aux subventions et dépendant de l’Etat, opposé à la prise de risque, évitant les impôts, généreux de précarité et de bas salaires.

Et nous avons des déficits, des dettes et des dépendances structurelles. Mais il semble que plus nous payons le service de la dette, plus nous réduisons le déficit [budgétaire], plus nous réduisons les investissements publics, plus les trous dans lesquels nous nous enfonçons se creusent, plus notre revenu national fuit le pays sous forme de dividendes, comme un capital qui se déplace vers les paradis fiscaux, comme une corruption sans fin. Nous avons des autoroutes, mais nous n’avons pas de moyens de transport. Nous avons des pistes spéciales pour les vélos et les éco-sentiers, mais des centaines de kilomètres de voies ferrées ont été détruites. Nous avons beaucoup de capitaux étrangers, mais pour acheter des entreprises stratégiques, pas pour investir dans la création de nouvelles. Nous avons de nombreuses banques avec des noms portugais, mais qui appartiennent à des Espagnols. Nous avons de grands groupes économiques qui contractent des prêts pour payer plus de dividendes que les bénéfices réalisés, compensant ainsi les actionnaires au-delà de leurs ressources réelles. Nous avons un Service National de la Santé qui est rongé par le business de la "santé". Nous avons des universités et des établissements d’enseignement qui forment des professionnels de premier ordre que nous « exportons » plus tard. Nous avons des sociétés multinationales à forte rentabilité, mais nous sommes les champions des bas salaires.

Et chaque fois que nous parlons d’augmenter le salaire minimum national, il y a toujours quelqu’un qui dégaine… Nous avons beaucoup de production d’électricité renouvelable à faible coût, mais nous payons parmi les tarifs d’électricité les plus élevés. Nous avons de nombreux médias de masse, mais nous n’avons aucune information. Nous avons de la désinformation, de la manipulation et des fausses nouvelles. Et, en ce qui concerne le PCP, il subit également la dissimulation par omission. Nous avons des terres agricoles et de l’eau, mais le pays a enregistré en 2018-19 la plus petite superficie de production de céréales depuis plus de cent ans ! Nous avons des forêts, mais elles doivent brûler. Et lorsqu’elles ne brûlent pas, les arbres sont abattus pour laisser place à des parcs éoliens et photovoltaïques. Nous avons des régulateurs, et même une autorité de la concurrence, mais les cartels fleurissent, tout comme les rentiers et l’abus de position dominante et la dépendance économique. Même lorsqu’il y a de l’argent dans le Trésor public, il n’est pas garanti que l’État paiera à temps, à ceux auxquels il doit de l’argent, car les règles budgétaires déterminent si les caisses doivent être ouvertes ou fermées. Ils nous disent que nous avons la solidarité européenne, mais leurs institutions tuent nos budgets quand le pays décide de donner une majoration de 10 euros aux retraités qui ont une pension de 300 euros !

Nous pouvons dire, comme le disait le poète [António] Gedeão : « tout comme [le roi] Philippe II, nous avons tout, tout, mais nous n’avons pas de fermeture éclair pour fermer le pays aux politiques de droite »… Mais, en fait nous agissons. Nous avons l’intervention du PCP. Nous avons la lutte de notre peuple.

Camarades,

2- Lorsqu’ils parlent de cette catastrophe, les médias de masse, dans l’ensemble, n’ont qu’une seule version : tirer à volonté contre le régime démocratique d’avril [1], afin de préserver la politique de droite. Ils veulent rompre avec Avril, pour ne pas rompre avec la politique de droite.

Dans le marais de ce désastre, grandissent les solutions politiques d’extrême droite – ils ne meurent jamais –, afin de renforcer l’exploitation avec un soi-disant capitalisme libéral. La solution politique à ce désastre, selon ces personnes, est de démolir la Constitution, la liberté et la démocratie, de réduire les députés à des non-députés, et de remplacer la République d’avril par une seconde République des affaires.

L’autre voie politique serait de procéder à une politique de droite réformée. Soutenu par un « bloc central » repensé qui pourrait « moderniser », avec des réformes dites structurelles, avec un libéralisme artisanal. Sans oublier les réformes du système politique, comme la réduction du nombre de députés.

Cette politique de droite, après avoir été suffisamment blanchie par le feuilleton de l’économie numérique et de la transition énergétique, est arrosée par la pluie idéologique de détournement de la propagande du capital et des groupes de réflexion stratégiques. Politique de Davos, avec les réformes du « capitalisme des parties prenantes », de Bilderberg qui ici chez lui est déguisé en modeste penseur des Rencontres de Cascais. Tout est dans les pages du journal Expresso.

Tout cela n’est pas contradictoire avec des sociaux-démocrates de bonne foi, des néo-keynésiens engagés, prêts à réformer le capitalisme avec une certaine responsabilité sociale enveloppée d’éthique entrepreneuriale et glorifiant le patronage culturel.

Il faut dire qu’ils ont appris avec le Covid, qui les a forcés à restaurer des formules et des instruments de gouvernement qu’ils jugeaient dépassés. C’est clair dans les plans du planificateur du gouvernement PS, António Costa Silva. Ils envisagent à nouveau – pour l’instant seulement en paroles – des éléments d’un arsenal politique cohérent de gauche et marxiste : intervention de l’État, planification, investissement public et réindustrialisation, souveraineté en matière de production de denrées alimentaires et de biens stratégiques, nécessité d’un appareil d’État capable et qualifié.

Naturellement, sans jamais remettre en question la logique, la dynamique et la nature de classe du capital monopoliste. Sans remettre en cause l’intégration européenne capitaliste et le fédéralisme, l’euro et l’impérialisme des grandes puissances dirigeantes.

Camarades,

3 - Ce que l’on ne peut nier, c’est que le PCP a dénoncé, mis en garde et s’est opposé, même si certains découvrent seulement maintenant la vérité.

Il existe une relation univoque entre le capital monopoliste reconstitué par la reprise capitaliste et la dégradation de la démocratie.

L’intégration européenne et l’adhésion à l’euro ont permis d’assurer une division européenne asymétrique du travail, qui a détruit la structure productive et aggravé notre dépendance aux capitaux étrangers, augmentant les asymétries et les déficits.

Modifier l’appareil d’État, réduire son rôle à la régulation économique et à la distribution de fonds publics au capital privé, affaiblir les services publics, offre l’économie aux grands capitaux.

Camarades,

Avec la solution politique adoptée en 2015, le pays a repris son souffle. Nous respirions, mais nous ne pouvions pas assurer l’atmosphère, l’oxygène dont le pays avait besoin pour vivre et travailler.

Nous ne sous-estimons pas les progrès, certes insuffisants et limités, en matière d’emploi, de revenus, de croissance du marché intérieur, d’encouragement à l’activité économique à la suite des mesures proposées et même imposées par le PCP.

Après ces années de gouvernements PS minoritaires [2], les résultats sont ce qu’ils devaient être. Ils sont ce qu’ils sont parce que le gouvernement PS a insisté pour assurer la continuité avec les orientations structurelles de la droite. Même dans le cadre restreint de ses options fondamentales, il n’a même pas fait bon usage des fissures qui se sont ouvertes avec la solution politique limitée à résoudre les problèmes qui pouvaient être résolus.

Il suffit de regarder l’insuffisance et l’absence de réponse aux problèmes sociaux et économiques causés par l’épidémie. Regardez le retard dans la mise en œuvre de mesures pourtant timides en faveur des familles et des petites entreprises. Ils ont même réussi à subvertir les mesures que le PCP les a obligés à adopter dans le budget supplémentaire de juillet. Tout cela pour contenir les dépenses budgétaires et pour répondre aux demandes de Bruxelles.

Camarades

4 - Nous avons une feuille de route pour notre chemin. Notre solution est liée à Avril ! Un programme pour une démocratie avancée, les valeurs d’avril pour l’avenir du Portugal. Une politique patriotique et de gauche. Et cette résolution politique du Congrès.

Nous savons comment avancer. Nous savons que nous ne marchons pas seuls. Nous savons qu’il existe de puissants obstacles sur la route à venir, mais que le Parti communiste portugais continue d’être absolument décisif. Cent ans d’histoire sont la meilleure garantie que nous sommes debout, résistants et que nous progressons. Nous sommes un arbre avec un tronc solide et des racines profondes, dans ce sol et cette mer. Nous sommes fidèles à notre héritage. Nous avons confiance aujourd’hui. Nous sommes certains de l’avenir. L’avenir de cette communauté humaine avec près de 9 siècles d’histoire.

Longue vie au Parti Communiste Portugais !

Discours d’Agostinho Lopès, membre du comité central du PCP, lors du XXIème congrès du PCP
Le 27 novembre 2020

Sur le site du PCP en anglais
Traduction PB pour Lepcf.fr

[1Il s’agit d’avril 1974, régime consécutif à la révolution des œillets.

[2Depuis octobre 2019, le PS gouverne seul, aucun accord n’ayant pu être trouvé avec le PCP.

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