Mali - Interview d’Aminata Traoré par Andrei Doultsev

, popularité : 91%

Quelles sont les problèmes des peuples de Mali et de la zone Sahel aujourd’hui ? Quels sont leurs aspirations envers la liberté et l’indépendance ?

Nous avons l’impression que l’histoire tente à bégayer, nous avons espéré en finir avec la domination coloniale et l’impérialisme avec notre indépendance dans les années 60. Nous nous rendons compte aujourd’hui 60 ans après, que ce système persiste, se transforme. Dans un pays comme le Mali, dont la particularité a été d’exiger le départ des troupes françaises, ce qui été une des bases de l’indépendance, voir que la France revient, s’impose militairement et impose le silence aux Maliens – nous ne sommes pas censés avoir une réponse malienne à la menace, nous ne sommes pas censés parler aux djihadistes, nous ne sommes pas censés parler à la Russie – tout cela dépasse notre patience.

C’est beaucoup d’arrogance, de mépris et de racisme envers nous. J’ai eu l’avantage de participer au Forum social à Port-Khaled, nous sommes ici dans le quartier des panafricanistes, on a créé ici le forum social africain. On a eu du mal à constituer une force qui pèse politiquement, mais on a réussi à semer des graines d’une pensée nouvelle et une réflexion engagée sur les alternatives au modèle dominant, qui depuis la traite négrière à ce jour – le capitalisme a toujours donné et ponctionné. Sur les africains et leurs richesses aussi, et ça ne finit pas.

Quand à l’heure du bilan on voit le parti de l’extrême-droite faire de la présence des africains en France l’un des problèmes majeurs de la France et penser le futur de la France en termes de blanchité c’est une régression considérable en termes d’humanisme, des droits de l’homme…

C’est paradoxal que l’État français qui a fait de la guerre aux migrants une priorité prétend sauver les mêmes personnes d’un autre pays face au terrorisme. On nous laisse mourir dans la Méditerranée, on nous laisse mourir dans les prisons de Libye mais on veut nous protéger contre les forces djihadistes.

Ma thèse est telle qu’aujourd’hui personne n’a vu venir des colonnes des djihadistes de l’extérieur, ils sont recrutés localement, donc ce sont des maliens. Donc quand on dit – on va neutraliser l’ennemi, c’est bien, mais c’est qui l’ennemi ? On veut connaître, on veut savoir qui c’est, on veut avoir ce débat-là. Quand j’ai participé au dialogue national inclusif et ma recommandation a été forte de dire – à quoi nous en sommes ?

On ne peut pas gagner militairement ce combat – il nous faut acheter des armes ce qui veut dire que 2/3 du budget national passe dans l’achat d’armements alors qu’on a tellement besoin de cet argent pour faire autre chose, on a des milliers de mots concernant des soldats français tués, qui se tuent, en tant que les milliers des sahéliens civique et militaires qui sont morts comptent moins que les morts de la France. Pourtant c’est la guerre de la France, une guerre par procuration. La France nous fait faire cette guerre soi-disant pour sa sécurité mais en fait pour des raisons électoralistes et aussi pour des raisons de la défense de ses intérêts géopolitiques et stratégiques. Elle nous embarque dans une aventure qui est la sienne et elle demande à nous de payer ?! C’est ça qui est inacceptable.

Le Mali est un des premiers pays où le panafricanisme a pris pied avec Modibo Keïta. Au Burkina-Faso on connait la figure de Thomas Sankara, on connaît les parti angolais et béninois, qu’est-il arrivé à toutes ces forces progressistes ? Où est-ce qu’elles se trouvent aujourd’hui ?

Je crois qu’on est dans le même débat. Je me suis aussi posée cette question pour savoir. Il y a une sorte d’émergence et une forme de panafricanisme de 21ème siècle. Il est essentiellement porté par des jeunes, je ne vois que très peu d’hommes politiques d’un certain âge se revendiquer du panafricanisme, c’est la jeunesse qui se dit, quelque part, qu’il lui faut des repaires et quand ils commencent effectivement de regarder du côté de Thomas Sankara, de Modibo Keïta, de tous ceux que vous citez, ils disent – on n’a pas toujours tendu une joue ou l’autre, et des gens ont résisté, nous avons la responsabilité morale et politique de jouer notre rôle.

Donc cette jeunesse existe. Les institutions – l’OUA – déjà à la naissance de l’OUA il y avait cet antagonisme entre les groupes des moroviens et le groupe de Casablanca, cela veut dire que la guerre froide avait déjà un impact sur l’organisation panafricaine, et il y a les blocs est et ouest, tant qu’à l’intérieur de l’organisation ils ont essayé de sauver l’unité et la solidarité – les questions essentielles n’ont pas été débattues, et on a vite été rattrapé par la réalité du monde surtout après la chute du mur de Berlin.

Mais même la transformation de l’OUA en Union Africaine pour répliquer un peu à l’Union européenne, était un début de libéralisation. Et le non-libéralisme a eu raison du panafricanisme. Je suis en train d’écrire un livre là-dessus, il m’est apparu qu’effectivement ça ne paye pas de ne pas se réclamer et de ne pas revendiquer la politique neo-libérale de la transformation, en plus que les conditionnalités du financement de développement sont telles que vous ne pouvez avoir rien de la part de la banque mondiale si vous ne montrez pas carte blanche. C’est de ne pas se dire "on est des africains résistants à la colonisation" que l’on souffre. Ça marche en plus en lien avec la culture. Quand culturellement celui qui prétend vous aider dans son imaginaire politique pense qu’il est supérieur parce qu’il est blanc, qu’il est supérieur pour les résultats de transformation matérielle de son pays, une transformation rendue possible par le pillage et le vol des richesses de l’Afrique, mais il peut se dire – vous êtes des peuples inférieurs, vous n’avez pas les infrastructures, vous n’avez pas d’écoles, ceci ou cela. Alors quand on vous met ça dans la tête, vous fabriquez des chefs d’État formatés qui vont croire des raisons alternatives à leur modèle. Donc politiquement et en ces termes, ça ne se fait pas payer de revendiquer une idéologie de libération. C’est ce qui est arrivé au panafricanisme.

Donc maintenant les difficultés enregistrées dans les soi-disant démocraties occidentales et à l’intérieur de leur propre société et cette nécessité d’aller guerroyer, d’aller imposer leur propre guerre aux gens pour voler leur richesse, plier sous prétexte que vous voulez développer. Donc au fil du temps, même si on peut être idiots, on finit quand même à se poser quelques questions. Comment se fait-il que plus on avance, plus on a des malades qu’on ne peut pas soigner, les enfants qui ne vont plus à l’école… ? Mais comme le discours dominant consiste à dire qu’on est bon, Macron nous dit au sommet de G-20 que cette une question civilisationnelle, avec tous vos enfants, il n’y a aucune chance de vous en sortir, avec tout l’argent du monde… C’est ça ce qu’ils ont dans la tête…

Quels sont aujourd’hui les couches sociales qui sont les piliers du panafricanisme moderne ? Quels seraient les points d’appui pour une politique progressiste ?

Je sais qu’il y a quelques années – tout ce que je dis et c’était quand j’ai écrit mon premier livre sur l’ajustement structurel et les contraintes extérieures… Les maliens étaient tellement sûr d’être après la révolution du mars 1991 dans la démocratie, que toute critique, en fait ma pensée les déstabilisait dans leur certitude d’être dans une démocratie. Alors qu’on est de la même génération – soit on m’évite, j’ai un effet très déstabilisant pour cette génération qui dit – si on l’écoute, on n’aura jamais du financement. Effectivement la banque mondiale leur a dit – votre ministre de la culture vous attaque, donc ça ne va pas marcher… Mais après tous m’ont dit – tu as tellement raison…

C’est difficile à dire quelles couches de la population sont intéressées par le panafricanisme. J’aurais tellement aimé qu’il y ait des partis politique à la base, des femmes, des jeunes… Ça recommence. Quand j’écoute la rue, quand je vois cette mobilisation hier je respire. Mais la difficulté c’est l’appartenance à des partis politiques, et le discours qui consiste à circonscrire tout le monde du pays, a ramené tout à une question d’hommes. Mais jamais du système. J’ai passé le temps en disant – ces hommes sont le produit de ce système. Je passe mon temps à dire que ce qui se passe ici avec la révolution est le mouvement démocratique – dès qu’ils ont vu que la transition de 1992 a marché, ils ont envoyé beaucoup de financement – les gens se sont enrichis…

C’est un peu partout pareil. Même en Europe les gens ont compris, que la logique c’est « enrichissez-vous ». Le procès de la corruption qu’on fait aujourd’hui devrait être le procès d’un système qui corrompt. Mais les gens sont tellement attachés et pressés de s’enrichir, que tu ne peux même pas ouvrir ce débat-là au sein d’un parti politique. Parce que les gens viennent rejoindre les partis politiques dans les pays qui n’ont pas d’industrie et où les commerces ne marchent pas normalement et la fonction publique ne crée plus d’emploi pour arriver au pouvoir, c’est le cœur du système qui est malade. Ça gangrène le système à tous les niveaux – jusqu’au petites associations. Ainsi vous êtes de mon village et vous devenez ministre – vous en profitez. Le système n’est pas audible. Mais les gens disent que ce n’est pas le système mais telle ou telle personne – il faut qu’on vienne, mais quand ils arrivent – ça recommence.

C’est pour ça quand on me dit – pourquoi ce coup d’état – je réponds mais à quoi vous vous attendez d’autre dans un système de ce genre quand les gens n’ont pas d’alternative ? Le commerce consiste à inonder le pays des produits importés souvent des déchets, de vieux vêtements et vieux électroménagers – on recycle les restes des autres, quand l’industrialisation a échoué et qu’on n’a plus d’industrie, il n’y a que les grands travaux et se sont les multinationales qui viennent et qui sous-traitent avec des entreprises locales – alors ce sont toutes ces question qui doivent être posées aujourd’hui – donner la chance à cette jeunesse de comprendre qu’il ne s’agit pas seulement de la question d’être dans un parti et qu’il faut dépolitiser la quête alternative en intégrant les enjeux mondiaux économiques géopolitiques, climatiques, culturels. C’est cette Afrique qui peut relever le défi du panafricanisme au XXIème siècle.

Que représentait le Mali avant 1991 et quoi de bon a été perdu ?

Avant la révolution de 1991 le Mali avait un régime militaire de Moussa Traoré qui avait fait tomber Modibo Keïta. Moussa l’a fait tomber sur la base de la libéralisation. Modibo était clairement socialiste et dans le cadre de l’époque c’était l’homme à battre. Ce qu’ils ont réussi à faire parce qu’ils ont empêché la fédération avec le Sénégal, qui aurait pu nous donner l’accès à la mer ; la France n’a vraiment pas voulu pour que nous puissions faire quelque chose entre nous. Donc Modibo qui voulait qu’on soit ensemble – Ghana, Sénégal, Burkina-Faso, Mali et quelques autres – les Français ont empêché cela.

Modibo a essayé de se débrouiller autrement, et son régime a été déstabilisé, donc le coup d’état a été perpétré et immédiatement les entreprises françaises sont arrivées, la banque mondiale nous a donné le premier grand prêt, on a bradé les entreprises nationales, et beaucoup des fortunes aujourd’hui ont profité de ce bradage d’entreprises qui marchaient… En temps qu’on a tout liquidé en disant : « moins d’état pour plus de marché ». Donc c’est ça et ensuite le programme d’ajustement structurel – et Moussa Traoré lui-même qui restait au pouvoir pendant vingt ans – pendant que les gens faisaient leur business, il libéralisait à tout va, et on est rentré dans la période des années 90 des programmes d’ajustement structurel et lui-même il s’est rendu compte que quelque chose n’allait pas dans ce système qu’il a lancé. Le Mali n’a jamais eu avant ça la question des diplômés sans emploi, c’était quelque chose d’inimaginable. Dans un pays où il y a très peu de diplômés on sortait de l’école et c’était le boulot garanti, et maintenant tous les jeunes diplômés sont en train d’émigrer…

Quand le pouvoir de Moussa a commencé à s’affaiblir, il est allé à la rencontre de François Mitterrand qui lui avait demandé d’établir le multipartisme. Donc Moussa dit que la démocratie n’est pas une camisole de force et il revient dans un pays où un nouveau parti avec Alpha Konaré vient déjà s’établir et après la chute de Moussa l’Occident a magnifié toute cette affaire et a fait du Mali un modèle où aujourd’hui tous sont contre nous donc à l’époque tous ont été pour le Mali. On avait tout le financement possible, mais dans toute réunion où je suis allée à chaque fois ils nous ont dit – « Ah le Mali, la transition, ah la démocratie… » Mais quand on leurs ai parlé de l’emploi, de la structure sociale, personne ne voulait nous entendre. La démocratie pluraliste et électoraliste sans enjeu sans débat de fond c’est ça qui – non seulement le Mali mais la quasi-totalité de l’Afrique d’aujourd’hui est dans cette aberration. C’est pour ça quand on me dit que la guerre au Mali est un problème de gouvernance, je réponds – Who’s gouvernance is it ? – La gouvernance du peuple par le peuple ? Cette une gouvernance voulue par les oligarchies dans la défense de leurs propres intérêts. Parce qu’ils savent corrompre le peuple. Mais quand ça commence à un certain niveau tous ces gens sont persuadés que les corrompus partiront – mais je dis que d’autres corrompus viendront. Aussi longtemps qu’on ne sera pas dans un modèle économique capable de répondre aux besoins fondamentaux des gens.

Le Mali est un des plus anciens états sur le continent africain avec une culture riche, diverse et incroyable. En quoi consiste la culture malienne traditionnelle ?

Au Mali mais pas qu’ici – partout en Afrique les gens ont besoin de repères, de mémoire. Donc quand ils m’ont confié ce poste de ministre de la culture et du tourisme, j’ai invité tous les anciens ministres pour qu’on réfléchisse aux réponses culturellement pertinentes dans la situation où nous nous trouvons. J’ai dit que le tourisme en tant que business ne m’intéressait pas. Mais ce qui m’intéressait c’était l’humain et l’accueil. Donc j’ai proposé un document politique qui a été adopté ailleurs, « L’humain et l’accueil ».

Pour moi, Toumbouktou est l’un des symboles forts du Mali. C’est une zone de rencontres, de brassage ; toute cette région qui aujourd’hui est en crise c’est une zone extraordinaire avec un héritage au plan humain, social, la question des liens sociaux… Je continue de réfléchir dans ce sens en disant qu’il y a des alternatives – si une fois on voit qu’on a une bonne compréhension des dérives du système, on peut trouver en soi et autour de soi les réponses. Toutes ces choses qui sont fabriqués par les artisans ici, chaque objet acheté par moi est fait ici – je crois qu’il nous faut comprendre que chaque euro dépensé par un malien ailleurs est un euro perdu pour l’emploi et la stabilité du Mali. On est un marché même s’il ne fonctionne pas en ce moment. Mais si nous faisons et si nous apprenons à nous aimer nous-mêmes on pourra se sortir de la misère. Nous pouvons faire bouger les lignes à travers de la créativité – l’artistique, le social, le politique…

Est-ce qu’il y a des écrivains maliens que vous pouvez conseiller ?

Il y a beaucoup des gens qui écrivent, mais nous n’avons pas encore la force, des propos et la profondeur de la pensée, ce sont nos grands écrivains qui donnent l’envie de lire leurs livres. Albakaye Kounta, notre grand poète qui vient décéder, fut le dernier… Toute la génération de Albakaye Kounta était une génération qui a vécu la décolonisation. Amadou Hampâté Bâ par exemple est très connu pour ses livres, Seidou Badian, Albakaye Kounta… Aujourd’hui on ne peut pas dire qu’il n’y pas d’écrivains, mais ils nous manque des gens qui pourraient être la référence. Quand je lis c’est vrai que j’ai un regard tellement critique que souvent je me dis – quels sont leurs repères ?

L’écrivain le plus important depuis notre indépendance, celui qui est le plus politique, reste pour moi Seidou Badian, il décrit d’une façon remarquable l’organisation de la société à l’époque, l’esprit dans lequel les gens ont été élevés, les relations entre les sexes, les mœurs sur l’époque dans le contexte dans lequel tout cela s’inscrit… Récemment on a fêté son centenaire, il est décédé il n’y a pas longtemps. Sinon nous avons l’historien Bakary Kamian, il a beaucoup écrit considérablement sur la participation des tirailleurs aux deux guerres et comment on a déshabillé les tirailleurs noirs au moment de la libération pour ne pas faire savoir que les noirs avaient participé à cette libération… Les écrivains de l’époque de la décolonisation avaient la beauté d’écriture et la pensée profonde considérables. Au Mali nous avons un événement pour les auteurs contemporains chaque année, mais hélas il est présidé par l’ambassadeur de France puis il est financé par l’Union européenne. Et cela impacte toute la culture – les artistes, les écrivains, les musiciens – si l’événement n’est pas sponsorisé par l’Orange ou Canal+, il n’aura pas lieu…

Ce qui m’a effrayé en France : j’ai vu deux approches en gros envers la culture africaine – les uns qui s’excitent devant les objets d’art africain mais ils restent des colons et les autres qui rejettent tout l’art africain pas mépris et le racisme pur. Quel est votre approche pour faire connaître aux européens la vraie culture africaine au-delà de ces racismes ?

Je ne m’occupe pas de leur regard en Europe, ce qui me préoccupe c’est l’utilisation par l’industrie de la mode occidentale de nos richesses culturelles pour faire de l’argent. Quand les gens en Europe ont l’illusion en consommant les imprimés hollandais avec les motifs africains de faire quelque chose progressiste, ils ne comprennent pas que c’est mortel pour nous. Regardez les textiles faits ici dans le Pays Dogon – ce sont un des plus beaux tissus du monde, la broderie est faite dans les villages là-bas par les femmes, c’est une tradition de centaines d’années. Mais aujourd’hui même au Mali on remplace tout ça par les tissus importés. Ou alors on amène ça pour ramener les mêmes motifs – on tue l’emploi jusqu’à l’artisanat ici. Mais on a l’illusion là-bas que par contre on popularise la culture africaine. Comme ça l’artisanat qui permettait encore à une large partie de nos villages à survivre est tué.

Il y a beaucoup de notions de la culture – une est celle de la culture comme de l’espace commun – comment je le partage, comment je l’arrange ? Comment la solidarité, est-elle incarnée dans la culture africaine, tellement longtemps opprimé par la colonisation ?

Il faut questionner l’héritage en termes d’humanités. On a eu récemment ici une très belle rencontre sur les humanités des langues africaines de résistance. La question de la langue est une question fondamentale et grave. Et c’est elle qui nous met en retard aujourd’hui parce que figurez-vous quand un jeune malien doit commencer d’abord à comprendre le français avant de commencer d’apprendre sa propre langue…

Et le gap entre les enfants qui parlent français et qui l’apprennent, parents qui sont encadrés et les enfants des milieux ordinaires qui rentrent à la maison où ni le père ni la mère ne savent pas écrire est énorme… Donc la langue est une barrière. Quand on nous dit que c’est la francophonie qui va faire le lien, ce n’est pas vrai. Certes, on ne nous interdit pas de parler notre langue à l’école, mais on ne sait pas s’exprimer proprement, et le français reste une langue qui sépare les couches sociales. Tu ne peux quasiment rien faire dans ta langue en sorte que tu puisses assumer et avancer.

On ne peut pas protéger les langues maliennes, officiellement nous avons qu’une seule langue officielle – le français. La langue officielle des débats, alors pour être entendu il faut que tu parles bien le français. La qualité de ce que tu dis, la manière dont tu parles l’emporte sur ça. Quand je vous ai parlé de cette notion de l’humain et de l’accueil c’était pour dire que traditionnellement quand un étranger venait dans un village la personne était accueillie, on vous donne à boire et à manger jusqu’à nous faisons connaissance, il y a toute une tradition d’accueil que j’ai essayé de sauver. A Toumbouktou en 2000 j’ai organisé une grande rencontre consacrée à cela.

Aujourd’hui je consacre beaucoup de temps à la notion de la femme au sein de notre société. Qu’est-ce que c’est une mère sociale dans notre culture ? On dit au Mali – il y a trois mères dans notre vie – celle qui nous donne la naissance (oulouba), la mère qui vous éduque (la moba), et la mère qui vous protège. En une seule femme on peut avoir trois mamans. Compte tenu de l’état du monde aujourd’hui je fais appel à chacune de nous de réveiller en soi la mère sociale. C’est le social qui est mis en péril par le capital. Donc dans les régions comme la nôtre cette notion de mère sociale doit être vue comme un patrimoine culturel et elle doit être immortalisée. Pour ça le 18 décembre chaque année j’organise un grand débat sur la question migratoire. Cette année je l’ai intitulé « Les mères sociales s’engagent ».

Cela me paraît fondamental et la question est de savoir est-ce que la guerre est éco-responsable ? Dans une région qui s’appelle le Sahel… Est-ce qu’on peut se permettre de faire de la guerre une solution dans une zone si fragile ? Qui a été déjà fragilisée par deux sécheresses. C’est tellement hallucinant… Plus je pense plus je me dis – mais comment ont-ils fait pour trouver cette solution ? Un problème de paupérisation et de mise en péril des ressources productives… On n’a pas trouvé d’autre réponse que la guerre ? L’immense majorité des djihadistes sont d’ici, je dis djihadistes en entre-guillemets… C’est incroyable.

Sites favoris Tous les sites

3 sites référencés dans ce secteur

Brèves Toutes les brèves

Navigation