Candidature de Fabien Roussel
Pas de culte de la personnalité, mais un certain soulagement…

, par  Danielle Bleitrach , popularité : 100%

Hier soir (le 17 janvier 2022, ndlr) Fabien Roussel a inauguré son local de campagne, on pourrait faire pire que ce chef d’œuvre de Niemeyer pour abriter ce candidat communiste qui marque à la fois un renouveau et une manière de permanence en tant que représentant de la classe ouvrière, des couches populaires… Pourtant on ne repart pas à l’identique, enfin pas moi et un certain nombre de camarades qui “en ont pris plein la gueule”… On sait l’état réel de nos forces, et c’est justement à cause de cet état qu’on apprécie le courage de cet individu sympathique, direct et honnête qui accepte de relever le défi… Parce qu’on sait de notre devoir et relevant du même courage, la nécessité de conserver le bilan de toutes ces années de débâcle, et ce qui demeure en nous de questionnement et de désaccords mêmes…

Tout pourrait être résumé par la phrase bien connu de Lénine : là où il y a une volonté il y a un chemin… Et ce qui existe chez Fabien Roussel, comme chez ceux qui ont choisi de l’appuyer, c’est une volonté mais quelle volonté ?

Soulagée d’abord et essentiellement d’avoir un homme politique, un communiste qui se préoccupe des autres et qui n’utilise pas des couches populaires fantasmées, mais entame avec elles un débat sur le fond, sur leurs besoins réels, mais un débat sans complaisance, exigeant et qui revendique un effort culturel, pour leur santé à eux et à celles de leurs enfants. J’ai connu ce monde là et une classe ouvrière cultivée, avec qui le dialogue était passionnant, enrichissant, et c’est ça, outre la justice sociale et la paix, dont je me sens orpheline avec cette gauche coupée du peuple et qui par moment frise le ridicule digne des précieuses…

Je ne supporte plus le pétainisme écologique, la haine des êtres humains qui a pris la place de la défense de l’unité des êtres humains avec la nature… J’ai du renoncer à tous les magasins bio de mon quartier parce que les jeunes vendeurs étaient des malades antivaccins qui affichaient des tracts mensongers sur les risques que faisaient courir le vaccin. J’ai fini par atterrir chez Naturalia en me disant, ils sont du groupe Monoprix, ils ne m’enquiquineront pas avec leurs sermons criminels… Et là j’ai appris qu’ils préféraient détruire à l’acide leurs produits périmés, légumes compris plutôt que de les donner au Secours Populaire.

C’est comme Mélenchon, je ne le crois pas, les faits sont têtus ; il s’est fait élire dans la circonscription de Marseille, la plus pauvre d’Europe, et qu’est ce qu’il fait pour ceux qui souffrent ? Rien, il encourage les fantasmes antivaccins qui les frappent en priorité. Alors il peut parler, avoir de belles phrases, bouffer du quinoa, il est comme Mitterand, de ceux qui utilisent les pauvres comme des marchepieds pour le pouvoir, mais qui les trahissent dès qu’ils ont obtenu le poste.

Et pourtant, il y a tant à faire. Un jour je vous dirai l’essentiel, ces jeunes en pleine dépression, suicidaires mêmes… Mais c’est difficile de parler de ces rencontres sans avoir l’impression de les trahir. Ne pas utiliser leur détresse mais que faire ? Qu’ai-je à leur offrir qui ne soit pas mensonge de clan ?

Il y a chez Fabien Roussel, une autre sève et elle dit à la fois l’importance du dirigeant, mais le fait que sa seule crédibilité, c’est ce qui reste de ce parti, ces militants jeunes et vieux qui ne renoncent pas à se battre pour tous. Ils sont dérisoires par rapport à l’ampleur de la tâche et ils flottent dans ce magnifique siège comme dans un habit trop grand, à la manière de ces grognards de l’empire défait qui ont partout porté l’épopée dans les estaminets, ces vaincus de la commune qui ont poursuivi le combat malgré la répression, ils sont différents de ce qu’ils ont été et c’est tant mieux… mais ils sont là ne doutant de rien comme Fabien Roussel, polis et tenaces. Ce sont eux que je vois derrière le "chef" d’un parti où nous étions tous des chefs…

Ces petites expériences redoublent celles que je subies depuis plus de trente ans, depuis que le PCF a été étouffé par une gauche sociétale et sans ancrage patriotique pour mieux se vendre à l’OTAN…

Voilà je suis devenue méfiante ; la confiance totale que j’éprouvais pour le PCF, pour les communistes a été mise à mal… Le siège du colonel Fabien représente tant de souvenirs, tant de rencontre y compris quand Niemeyer, ce géant communiste, parmi tant d’autres à l’époque, est venu l’inaugurer, j’étais là… Aujourd’hui, il m’est devenu étranger, comment dire sans grandiloquence : quelque chose l’a souillé, parce que ceux qui géraient ce lieu m’ont, moi et tant d’autres, contraints à l’exil, ça c’est secondaire… Je ne souhaite pas y revenir, parce qu’ils ont accepté de passer sous les fourches caudines de la social-démocratie, qui elle-même se résignait à devenir le meilleur gestionnaire du capital. Comment imaginer un communistes compatible avec l’inoxydable Manuel Valls, un des plus caricaturaux, mais ils sont nombreux à revendiquer le profil… Et à ne savoir rien faire d’autre… fiers avec les petits, méprisants, faisant leur gloire sur la manière dont ils les traquent, humilient et privent de tout, à commencer d’éducation et de santé… Et carpette devant ceux dont ils espèrent obtenir des avantages personnels.

Fabien Roussel donne l’impression de rompre avec ça, alors j’espère, mais je ne fais pas confiance tout de suite, un possible est apparu, mais il n’est qu’à l’état d’embryon… Mais je n’ai pas le luxe d’être pessimiste, même si ma raison limite mon optimisme. Je n’espère rien pour moi et je ne remettrai plus les pieds dans ce qui fut, mais on ne peut pas accepter la situation, celle des couches populaires, celle d’une majorité de jeunes, celle de la planète, celle de laguerre qui menace, il faut faire grandir l”espoir…

Il reste ce qui paradoxalement donne encore plus de crédibilité à mon soutien et qui pourtant est le plus insuffisant à mes yeux dans la démarche de ROUSSEL, la conscience de l’évolution du monde. C’est ce que j’ai dit dans un autre sujet à propose du discours de Novikov à Berlin à propos du socialisme et qui renvoie également au discours de Xi Jinping à Davos aujourd’hui.

Il y a quelque chose dans l’air du temps et que reflète ce discours, à savoir que même si nous demeurons encore minoritaires, flotte une nouvelle confiance dans l’avenir et le socialisme. Il fut un temps où je ne trouvais ce genre de conviction qu’à Cuba. Il y avait Fidel qui l’affirmait au-delà de toute logique et rapports de force apparents ; cette conviction était la sienne et reposait sur le constat de l’impossibilité du capitalisme, mais elle était aussi et avant tout celle d’un peuple qui pouvait dire « je suis Fidel ». A la même époque, en 1994, je rencontrais en Inde, au Penjab, Ziouganov, le président du KPRF et il nous a dit à Risquet et moi, à quel point il était convaincu que le socialisme vaincrait. Ce discours de Novikov est poignant parce qu’il dit l’amitié des peuples et des communistes, combien il faut abattre ces derniers pour jeter des peuples les uns contre les autres, le socialisme est la seule solution pour en finir avec ces drames. Ceux qui ont eu le courage de tenir bon seront les héritiers de Marx et d’Engels, mais aussi de Thaelmann, Luxemburg et Liebknecht, des vaincus du nazisme et de ce peuple allemand dont les meilleurs ne se résignent jamais.

Danielle Bleitrach
Tiré de son site Histoire et Société

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