Quand les libéraux se parlent entre eux...

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La Chronique Agora publie des articles de spécialistes de la Finance, dont Bruno Bertez fondateur du journal La Tribune, ou de Bill Boner, financier américain et éditorialiste, qui n’hésitent pas à dire crument la vérité du capitalisme actuel...

Ils ne sont pas du tout communistes, mais leurs inquiétudes sur le capitalisme mondialisé actuel sont éclairantes..

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LES NOTES DE BRUNO BERTEZ
Chinamérique, le divorce

Trump et ses amis se sont engagés dans la voie de ce qu’ils croient être le MAGA, « make America great again ». Ils envisagent désormais le découplage d’avec la Chine et tentent de rallier leurs alliés de l’OTAN dans la constitution d’une alliance anti-chinoise.

Ils sont persuadés que le grand bénéficiaire du système Bretton Woods II et de la « Chinamérique », ce sont les Chinois. Les Chinois auraient en quelque sorte bénéficié des courtes vues des responsables américains qui ont précédé Trump.

Bien sûr que les Chinois ont pu émerger, augmenter leur niveau de vie, former leur population, s’armer, acquérir du poids international, constituer un trésor de réserves de change, initier la nouvelle route de la soie, etc. : cela ne fait aucun doute. Mais ce qui ne fait aucun doute non plus, c’est le fait que cela a constitué un système d’équilibres et de réciprocités.

Ne vous fiez pas aux récentes annonces qui indiquent qu’une big pharma a trouvé un traitement pour Alzheimer... C’est une manipulation statistique qui finira mal. En revanche, une petite entreprise pourrait bien en profiter et les mettre à genou très prochainement en débloquant un marché de 1410 Mds$. Découvrez pourquoi.

Dans un système, tout s’emboîte ; il n’est pas possible de modifier un des éléments qui le constituent sans provoquer un réaménagement ailleurs.

Des bouleversements sont à venir

Ici le système de la Chinamérique a duré longtemps : il a forcément été bénéfique pour les deux protagonistes.

Il n’a pas fait que modifier des flux, il a modifié des stocks, des structures fondamentales dans chaque pays et des mentalités – y compris la culture.

Je soutiens en fonction de ces remarques que le monde n’a pas pris la mesure des bouleversements qui vont se produire à moyen et long terme. Ces changements vont aller bien au-delà du réaménagement des chaînes de production – ils vont modifier l’architecture globale.

Tout cela va produire un besoin d‘investissements que personne n’envisage, et va détruire des valeurs fausses tout aussi considérables. Des certitudes, des invariants vont s’effondrer. Ce sera un miracle si nos systèmes peuvent y faire face sans chaos.

Quand l’un monte, l’autre descend

Les Etats-Unis ont glissé sur la pente du moindre effort, dont la crise des opioïdes est le symptôme ; ils ont perdu le contact avec le réel. La montée du socialisme chez les jeunes est un autre symptôme. La folie dysfonctionnante qui a submergé Washington devenue folle en est encore un autre.

La Chine a remonté la pente du savoir sans abandonner la force, les leaders n’ont pas relâché la discipline confucéenne : « nombreux à produire et peu à jouir ». Le système chinois n’a pas glissé, il est resté marqué par la prédominance de l’investissement public. Il resté fondé sur la sanction. Peu de droits, beaucoup de devoirs.

Les stratèges américains qui avaient joué la carte de la banalisation de la Chine – et donc celle de la coopération – se sont trompés.

On croyait à la convergence, c’est-à-dire à la libéralisation de la Chine ; Xi Jinping a brisé cette convergence en 2017 lorsqu’il s’est rendu compte que la Chine, n’allant pas pouvoir prétendre au maintien d’un taux de croissance élevé, a choisi le retour en arrière vers l’illibéralisme, le pouvoir du Parti et le renforcement du pouvoir personnel.

Une dysmétrie accrue

On peut penser qu’en 2017, le choix chinois a accentué la dissymétrie – c’est-à-dire que les Chinois ont pris aux Américains plus qu’ils ne leur ont donné, justifiant le revirement en faveur du durcissement opéré plus tard par Trump.

Les Etats-Unis ont exploité les capacités productives de la Chine ; la Chine a exploité la demande américaine, sa technologie, son savoir-faire, son appétit sans limites de consommation.

Comme la Chine n’est pas un pays libéral mais une formation originale illibérale, l’Etat a pu confisquer les surplus produits par les échanges avec les USA et les orienter en fonction de ses choix géostratégique. La Chine n’a jamais été ni dans le fond ni dans la forme un compétiteur « fair-play », honnête.

Le choix chinois de donner un coup d‘arrêt à la convergence est entré en collision avec les choix d’une partie des élites américaines.

Longtemps, les avantages ont été réciproques, bien partagés entre les différents participants au système du couplage.

Où était l’avantage pour les Etats-Unis ?

La Chine a pu monter au niveau de concurrent géostratégique des Etats-Unis... mais pour ces derniers, quel a été le bénéfice retiré ?

La question est importante car elle va se poser à moyen et long terme à ceux qui ont choisi de cesser la coopération et se dirigent maintenant vers le « containment » puis la confrontation.

Les Américains ont-ils envisagé la disparition des nombreuses facilités que le couplage leur donnait ? Les bénéfices récoltés par les USA ont été multiformes mais on peut les synthétiser en disant qu’ils ont concouru à maintenir la force du dollar, son emprise impériale et la supériorité du système capitaliste, financier et social du pays.

Malgré les déficits récurrents, le dollar est resté la monnaie mondiale. Les taux n’ont pas cessé de baisser, tous les déficits jumeaux ont été financés et la place financière de New York est restée toute puissante, voire rayonnante.

Les bénéfices retirés par le système américain ont permis le maintien de la prééminence impériale au prix de son pourrissement fondamental, de son affaiblissement structurel par la dette.

Prenez garde aux apparences

Le système US est miné par la dette, ce qui le rend fragile, mal alloué, vulnérable et érode les possibilités de croissance à long terme.

Un système fondé sur la dette produit un monde fictif, de fausses valeurs ; peu à peu, les qualités du peuple ou de ses institutions en sont modifiées. Dans un système fondé sur la dette, on croit au « tout gratuit », on plane, on bulle. On se désadapte à la dureté des temps.

Le système de la Chinamérique a permis le maintien apparent du taux de profitabilité du système capitaliste américain – mais c’est au prix de sa désindustrialisation, de la fausseté des prix relatifs et de sa financiarisation.

L’inflation potentielle et le besoin de destruction des fausses valeurs qui sont enracinées dans ce système sont considérables.

Le système a également bénéficié de la délocalisation qui fait baisser les coûts de reproduction de la main d’œuvre, il a permis à la société américaine de maintenir un niveau de vie décent à crédit grâce aux bas prix à la fois des marchandises et de la main d’œuvre.

Non seulement les Etats-Unis ont importé du travail bon marché inclus dans les marchandises, mais ils ont importé du profit par le transfert inégal de valeur... et, en plus, de l’épargne quasi gratuite qui a permis le recours au levier et à l’ingénierie financière.

Et l’Europe, dans tout ça ?

Je soutiens que sur la base d’un découplage avec la Chine, toutes les comptabilités américaines sont fausses, à la Enron ! Toutes sont fondées sur l’hypothèse de la continuité.

Le système américain a bénéficié de l’épargne des Chinois puisque ceux-ci ont joué le jeu du crédit fournisseur, consistant à recycler les déficits américains vers le Trésor et ensuite vers le marché financier.

Les USA ont bénéficié du paradoxe du joueur de billes : ils perdaient chaque année leurs billes mais les Chinois les leur rendaient pour qu’ils puissent continuer à jouer.

Grâce à ce recyclage, les Etats-Unis ont pu en même temps assurer le beurre, les canons et les drones. Ils ont assuré le bien-être de leur population et les commandes à leur complexe militaro-industriel.

En un sens, les Chinois ont certes pu devenir concurrents géostratégiques... mais ils ont aussi permis aux Etats-Unis de continuer de rester le leader du monde au plan technologique et militaire.

Les plaques tectoniques glissent sous nos pieds.

Le choc entre la puissance ancienne et la puissance montante va être terrible, à la Thucydide.

Ne croyez pas que la vieille Europe sera épargnée : l’Europe n’est pas une puissance, elle n’est qu’un enjeu !

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

LES NOTES DE BILL BONNER
La seule chose sur laquelle démocrates et républicains s’accordent

La pourriture qui a envahi le cœur du système pousse les Américains vers les extrêmes. Républicain ou démocrate... conservateur ou progressiste... pour ou contre.

Et les deux côtés s’éloignent de plus en plus l’un de l’autre.

Donald Trump semble tenir fermement les commandes d’un des côtés – vantant « la loi et l’ordre » comme thème de campagne.

L’autre côté cherche encore sa voie. Les démocrates ont choisi Joe Biden comme candidat. Mais en période de fin d’empire dégénéré, le centre se ramollit. Les gens ne font plus confiance au « système », et ne l’aiment plus. Ils savent qu’il est corrompu et inerte.

Ils veulent une solution... et un homme fort – un Maximilien Robespierre, un Vladimir Lénine ou un Juan Perón – pour les mener jusqu’à la terre promise.

Avec Biden, ils ont choisi le statu quo. Même s’il gagne l’élection, nous doutons que cela les mène bien loin.

Tomber d’accord

Parce que s’il y a une politique sur laquelle tant la droite que la gauche s’accordent, c’est bien la planche à billets. En deux mots : M. Trump veut imprimer de l’argent pour les entreprises, des ponts, des murs, les compères, l’armée, Wall Street et les factions du Deep State qui le soutiennent.

Les démocrates, en revanche, sont pour le revenu universel, des soins médicaux gratuits pour tous, l’éducation gratuite, plus de « programmes sociaux »... et plus d’argent pour Deep State et Wall Street aussi.

Mais l’épargne américaine est déjà épuisée. Si les autorités devaient emprunter honnêtement, elles devraient laisser les taux d’intérêt grimper – ce qui approfondirait la récession.

L’alternative serait de lever des impôts pour financer ces programmes... mais là encore, cela ne ferait qu’affaiblir l’économie qu’ils prétendent « stimuler ».

Il n’y a donc qu’une seule option, en réalité. Toutes ces dépenses – qu’elles viennent de la droite ou de la gauche – devront être couvertes par de l’argent venant de la planche à billets.

Toujours plus de fausse monnaie

Le régime de M. Trump a déjà imprimé plus de fausse monnaie, et sur une plus courte période de temps, que tout autre gouvernement dans l’histoire du monde. Il a tant dépensé et emprunté que mêmes ses collègues républicains s’en inquiètent. De CNSNews :

« "Une coalition de leaders conservateurs a envoyé une lettre au président Donald Trump et à Mitch McConnell, leader de la majorité au Sénat US, avertissant que les dépenses du Congrès dans le cadre du coronavirus doivent cesser parce qu’on s’approche des 10 000 Mds$ – soit plus que la somme dépensée par le gouvernement pour la Guerre d’indépendance, la Guerre de sécession, la Première guerre mondiale et la Deuxième guerre mondiale réunies." »

Le déficit américain s’approche des 20% du PIB... et pourtant, les autorités promettent encore plus de fausse monnaie.

On débat notamment du plan de Trump consistant à dépenser 1 000 Mds$ en infrastructures. De Bloomberg :

"L’administration Trump prépare une proposition d’infrastructures de près de 1 000 Mds$ dans le cadre de sa stratégie de relance de la plus grande économie au monde, selon des personnes proches du dossier.

Une version préliminaire, en préparation au département des Transports US, réserverait la majeure partie de cette somme pour des travaux d’infrastructures traditionnels, comme les routes et les ponts, mais prévoirait également des fonds pour l’infrastructure 5G et la bande passante dans les campagnes, selon les sources."

[NDLR : Comment profiter de cette manne d’infrastructure, notamment pour les réseaux internet ? Tout simplement en investissant dans... l’action parfaite ! Cliquez ici pour en savoir plus.]

Il y a aussi le plan des démocrates. CNBC :

"Si les démocrates de la Chambre des Représentants obtiennent gain de cause, une deuxième série de chèques serait envoyée aux Américains concernés, sur la base du HEROES Act, approuvé en mai.

Ces paiements seraient semblables au premier round – jusqu’à 1 200 $ par individu, ou 2 400 $ par couple. Cette fois-ci, les personnes éligibles pourraient recevoir 1 200 $, une hausse par rapport aux 500 $, pour trois individus par famille au maximum."

Où mène toute cette impression monétaire ? Que se passera-t-il quand on retirera le bol de punch ?

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