Quelque chose résiste et persiste…

Depuis quelques jours, je voulais répondre à quelques-uns des points traités sur la questions de la candidature communiste suite au débat ouvert par A.B. au sujet d’un texte publié sur le site lepcf.fr et sur ma page Facebook : « se rassembler sur la candidature communiste ». Je voulais le faire d’autant plus que je comptais porter à votre connaissance, l’ensemble des prises de position du réseau "Faire vivre le PCF", sur cette question.

A lire les arguments apportés par les uns et les autres, il m’est apparu nécessaire de recentrer ce débat sur ses véritables enjeux, leurs causes profondes et surtout sur sa véritable nature, qui contrairement à ce que j’ai pu lire, n’est pas à situer sur un plan électoraliste pour savoir quel sera la personnalité qui à le plus de chance de franchir la barre du deuxième tour, mais sur le plan interne d’une formation politique en tant qu’il concerne son orientation, son activité, bref ses finalités.

A.B., pour donner force à son « hypothèse communiste » et partant « d’un noyau » à reconstruire s’appuie sur un texte publié par Gilles Questiaux qui prétendait faire le bilan et l’analyse d’une phase politique où s’engageait la tentative du rassemblement de diverses fractions et sensibilités regroupées sous le vocable "Assises du communisme". Il prenait pour objet l’étude de ce phénomène et de la période qu’il couvrait, estimant que la journée du 30 mai 2015 était son point d’arrivée, qu’il considérait à cause de son ratage comme le symptôme d’un échec plus vaste des assises, que d’aucun voyait déjà comme le noyau fédérateur d’une organisation nouvelle.

Si Gilles avait de bonnes raisons de considérer le succès de cette journée avec scepticisme et d’attribuer à ses dysfonctionnements un certain nombre de blocages créés par une partie des organisateurs, c’est sur la notion même des assises que j’avais plus que des réserves à formuler.

Pouvait-t-on qualifier d’organisation, le dispositif de coordination prétendument issue de ses assises alors qu’il se composait de représentants auto-désignés par leur organisation et de quelques personnalités seulement représentatives d’elles-même. Assurément non, la suite allait de soi. Une direction autoproclamé des masses peut jeter ses filets autant de fois qu’elle le désirera, elle ne ramènera que dalle et c’est ce qui s’est passé, et non pas quelque chose dû à je ne sais quelle inconséquence ou inconstance de la masse qui avait voté non dix ans plutôt au référendum.

Je trouve d’ailleurs intéressant de relire ce texte un an et demi plus tard alors que des centaines de milliers d’hommes et de femmes venaient d’occuper les rues et battre le pavé, quatre mois durant, avec constance et détermination, malgré la haine anti-syndicaliste déversée par tout le dispositif de contrôle idéologique dont disposaient pouvoir et patronat, ou la violence inouïe administrée par ces mêmes forces de l’ordre qui aujourd’hui s’insurgent contre la maltraitance dont, à leur dire, elles font l’objet. N’y a-t-il donc pas lieu de méditer sur quelques autres vérités.

Oui il s’agit bien "d’état major sans troupes". Je serai plutôt tenté de dire qu’il s’agissait là de nostalgiques désertés par leurs troupes d’hier. Ils se retrouvaient comme ces joueurs de belote qui tapent le carton en souvenir des parties mémorables de leur jeunesse enfuie. Mais ils restaient seul au fond du café, oubliés des foules de naguère qui les entouraient. Aujourd’hui, ils ne se comprennent plus, car les foules sont toujours là, aux carrefours des combats. Elle sont toujours là mais sans état-major pour les guider et les prévenir des mauvais coups, et c’est bien là où réside le problème de la situation dans laquelle vont se jouer ces nouvelles élections.

Mais laissons là les assises qui, je dois le préciser, avaient bien eu lieu en tant que telles dans une phase active, sur deux journées chaudes et chaleureuses dans l’usine des Fralibs ; c’est ce qui a voulu les continuer, sans ses participants, qui a posé problème. Laissons-les, car c’est debout qu’il faut maintenant se tenir, debout dans un parti capable de redonner sens au combat et donc de reformuler de nouveaux récits mobilisateurs, portés par des figures convaincantes. Je vous parlais dans un envoi précédent de Régis Debray et de son « venons aux faits ». Il y déclame quelques vérités dont celles-ci que je vous livre : « Les philosophies de l’histoire sont au piquet pour cause d’idéologie. L’Ego-histoire se porte bien, et c’est naturel quand le souci de soi l’emporte sur le souci de nous ». Nous n’avons pas besoin de tous ces égos qui se donnent comme centre de nos préoccupations et prétendent nous rallier à leur panache oratoire sans conditions autres que d’apporter le chèque dont ils ont besoin ou les bras qu’ils leur faut pour coller leurs affiches ou distribuer leur tracts.

Si en effet « on ne combat un grand récit qu’en en produisant un autre », parce que sans récit n’existe pas d’écoute, il conviendrait alors de retrouver les traces du nôtre et d’en reprendre les énoncés. Car tous ceux qui viennent nous demander leur attention ne sont que les répétiteurs des lieux commun de l’ici et maintenant, du "no alternative" tatchérien et du tout est bien dans le meilleur des mondes libéral de nos Candides modernes.

Or pour reprendre Debray « une philosophie qui se contente d’analyser l’état du monde, marquera éventuellement l’histoire de la philosophie, pas les sensibilités et les imaginaires, ni l’histoire des peuples. Pour faire penser dans la largeur, il convient d’émouvoir en profondeur et pour faire palpiter il faut espérer » en particulier qu’un autre monde est possible , car comme le disait le grand Karl « les philosophes jusqu’à nos jours n’ont fait qu’interpréter le monde, il nous appartient de le transformer ». Cette transformation s’appelle socialisme, non pas "France insoumise", "révolution citoyenne" ou je ne sais quelle "6e république".

Aussi portons-nous, dans le parti communiste, cette exigence, pour que les prochaines échéances soient irriguées de propositions qui fassent rupture avec la soupe que l’on nous sert depuis une cinquantaine d’années, pour mieux nous faire accepter la pérennisation d’un système qui cherche a se présenter comme celui de la fin de l’histoire, le but ultime de la civilisation humaine.

Nous ne voulons pas le faire au nom de tel ou tel courant, mais autour de la question des contenus et des modalités de notre bataille politique. Nous pensons que cette bataille pourra être un puissant facteur d’unité des communistes qui sont à ce jour en manque d’une candidature claire et d’une décision nationale, dont l’absence les conduit à se diviser de plus en plus dans leur recherche, ou de se neutraliser dans l’abstention.

Nous n’avons pas besoin d’un épouvantail du style "au secours la droite revient" pour nous faire signer un "Vivement la gauche" qui nous mettrait dans les pas de Montebourg. Nous avons besoin d’une candidature communiste qui parle des colères sociales dans leurs contradictions pour affirmer une issue révolutionnaire portant l’exigence d’une autre société organisée par un autre mode de production.

« La révolution n’est pas un dîner de gala, elle ne se fait pas comme une œuvre littéraire, un dessin ou une broderie. Elle ne peut s’accomplir avec autant d’élégance, de tranquillité, de délicatesse ou avec autant de douceur, d’amabilité, de courtoisie, de retenue, de générosité d’âme. La révolution, c’est un soulèvement, un acte de violence par lequel une classe en renverse une autre. »

Affaire de récit n’est-ce pas ? Affaire de luttes aussi et de mobilisation de masse. Je vous laisse deviner qui est l’auteur de cette citation, je peux vous garantir en tout cas qu’il n’était pas resté les deux pieds dans le même sabot et que sa marche au pouvoir fut longue et éprouvante.

Ce n’est pas avec je ne sais quel primaire ou quel cercle de soutien (je ne sais plus comment Mélenchon a appelé ses "soviets" citoyens) que l’on bougera en quoi que ce soit le marbre des institutions bourgeoises de notre pays, mais bien plutôt par une remise en marche de notre parti sur tous les fronts de la luttes des classes, y compris sur celui des élections dans lequel elles se reflètent inévitablement, étant donné l’écran qu’elles dressent et ce qui y vient faire caisse de résonance. Pour autant nous ne sommes pas dupes de ses limites, pas plus que nous ne nous faisons d’illusion sur la possibilité d’en faire le levier privilégié des changements. La classe dirigeante ne se laissera jamais déposséder légalement. Il faudra la renverser et ce sera violent.

Enfin je voulais préciser une dernière chose, cette bataille pour une candidature communiste est avant tout la suite logique de notre bataille interne dont le dernier congrès entre autre a été le théâtre. Ce n’est pas par hasard que les trois possibilités ouvertes par le CN du mois de septembre existent. Elles reprennent à gros trait les différentes options développées dans les textes d’orientations soumis aux votes des militants. Néanmoins ce sont bien les lignes de force du conflit entre communistes et réformistes qui s’y retrouvent. D’un côté les léninistes partisans des thèses de Tours, de l’autre les partisans de la mutation et défenseurs des valeurs de la gauche, c’est-à-dire les partisans d’un retour dans le giron de la social-démocratie, fut-elle radicalisée à la manière d’un SYRISA, d’un PODEMOS ou d’un Die Linke, bref les émules du PGE.

Nous pouvons voir au passage que la direction s’est bien fracturée en deux orientations représentées, l’une par la proposition de rassemblement pour une alternative de gauche, l’autre par le soutien à la "France insoumise" de Mélenchon. Mais gageons qu’ils sauront se retrouver quand il le faudra sur le dos de la « vieille orthodoxie obsolète » qu’il faut liquider. La troisième option regroupe quand à elle, un arc de force qui s’était réparti sur les trois autres textes, le 2, le 3, le 4, et on ne peut que regretter que deux d’entre eux, proches par les thèmes, n’aient pas su trouver lettre commune, car l’auraient-il fait, que nous pourrions aborder aujourd’hui la bataille qui vient avec un rapport de force sérieux, augmenté de tous ceux qui attendent un positionnement commun loin des petites histoires personnelles de quelques-uns.

Cette bataille contrairement à ce qu’affirme les Cassandre qui veulent toujours croire à la dernière heure du PCF, en répandant partout l’idée que nous perdons notre temps ou le gaspillons à faire la mouche du coche sinon à apporter de fait un crédit à une direction qui n’en demande pas tant, est une bataille qui marque des points. La meilleure preuve étant que, ce que le congrès était censé avoir tranché, à savoir transformer la primaire en consultation citoyenne pour une candidature qui rassemble à gauche, fait retour comme un refoulé, dans les travaux du CN et son relevé de décisions pour un choix optionnel qui tient compte des trois grandes tendances apparues dans le congrès. Notre appel d’avant les vacances pour une candidature communiste n’y est pas pour rien.

Tout cela montre que quelque chose résiste et persiste qui, loin d’être en perte de vitesse, fait son chemin, au point que la direction affolée se sente obliger de donner du mou tout en lançant contre les décisions de ses propres instances un contre feu avant même la consultation du 5 novembre avec sa pétition « Vivement la gauche ». Je vois là, quand à moi, que les bouches s’ouvrent et que les mannequins vont devoir retourner dans les greniers de Fabien pour laisser leur place à des portes paroles des luttes. On peut aussi se demander si l’appel « Pour un choix clair » n’est pas un autre leurre, puisque leurs initiateurs, se plaçant dans le cadre des décisions du congrès, se réservent la possibilité de se retirer en cas de candidature commune ; toutefois son existence est la preuve de ce qui monte dans le parti et dont il faut dorénavant tenir compte. C’est la raison pour laquelle nous soutenons cette initiative tout en exprimant nos réserves.

Quelque chose est donc entrain de se modifier, qui rend compte du processus engagé autour de la question de la candidature et c’est bien pour cela que nous appelons au rassemblement sur son occurrence. Non, la candidature communiste n’est pas l’effet du "crétinisme parlementaire", mais bien d’une lutte de classe qui se mène dans le parti sur une question essentielle : redonner de la voix au combat communiste dans ce pays. Il s’agit d’une question éminente qui concerne tous les travailleurs et qui pourrait représenter la première bonne nouvelle depuis longtemps, à savoir leur retour sur la scène politique suite à leur retour dans la rue et dans les luttes.On me dira mais vous ne représentez plus rien et vous courez à l’échec. Je demande à voir. Mais avant de voir, il faut d’abord pouvoir nous entendre.

Avant de vous souhaiter bonne lecture je conclurai sur cette phrase du récit magnifique que Laurent Gaudé vient de publier chez Acte Sud « Écoutez nos défaites » :

« Nous avons perdu. Non pas parce que nous avons démérité, non pas à cause de nos erreurs ou de nos manques de discernement, nous n’avons été ni plus orgueilleux ni plus fous que d’autres, mais nous embrassons la défaite parce qu’il n’y a pas de victoire et les généraux médaillés, les totems que la société vénèrent avec ferveur acquiescent, ils le savent depuis toujours, ils ont été trop loin, se sont perdus trop longtemps pour qu’il y ait victoire. Écoutez nos défaites. »

Le dernier courrier que je vous ai envoyé parlait de la « vérité historique » et du destin de certaines expériences, de leur oubli et de leur resurgissement. Nous devons retrouver quelque chose de la profondeur historique et apprendre de ces défaites qui seront nos victoires de demain. En tout cas ce qu’il y a de sûr, c’est que ce n’est pas en laissant la place à d’autres au nom du plus petit dénominateur commun, que quelque chose de ce refouler pourra faire retour.

Gilbert Rémond

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