Contribution au 37e congrès du PCF

Réponses à PCF : urgence face à la violence contre le peuple

Je lis assez régulièrement votre blog, dont (ancien membre du PC) je partage certaines idées :

  • la nécessité d’analyser la société en termes de classes (au sens de Marx) : ce qui devrait être le fond de la vision du PCF… mais qui malheureusement ne l’est plus.
  • l’objectif à terme de construire un socialisme en France, comme solution aux difficultés grandissantes auxquelles sont confrontés les travailleurs de notre pays (et du monde !). Projet que le PCF actuel a également abandonné.

Globalement vous semblez être sur la même ligne générale que moi. Mais je ne comprends pas clairement comment vous comptez faire pour que le PC actuel sorte des positions sans issue positive qu’il poursuit. Au fil du temps et des congrès, vous ne modifiez pas les positions de votre direction qui maintient un cap désastreux, puisque il perd une bataille (électorale) après l’autre. Où va-t-il ? Comme René Piquet : se saborder pour intégrer le PS (Piquet, c’était le PC…) ? Votre ambition semble être de réussir un jour, par le seul moyen de vos analyses plus marxistes, donc a priori plus pertinentes que celles de la direction du PC, de la convaincre, de convaincre une majorité de camarades pour « changer de cap » ? Plus le temps passe, plus cet espoir s’amenuise… Bientôt il n’y aura plus de parti ayant l’ambition communiste…en dehors de quelques groupuscules comme les trotskistes, qui, toujours minuscules, franchissent les années imperturbablement… en se faisant plaisir. Mais pour quoi ?

Je pense, malgré ce qui vient d’être dit, que convaincre les autres communistes, donc la direction à terme, est probablement la seule méthode raisonnable. Mais elle s’avère difficile, et en tout cas vouloir créer un autre parti communiste sur les bases qui sont les vôtres, à côté du PC actuel, serait sans espoir : aucun des groupuscules qui s’y sont attachés dans le passé n’a réussi quoi que se soit. Être une « tendance » comme la vôtre au sein du PC est peut-être viable ? Mais il faut pour cela que votre analyse soit encore plus percutante qu’elle n’est, plus en prise sur le monde tel qu’il est, et dans une certaine mesure tienne compte de ce que révèle la position de la direction du PC depuis quelques années (depuis Robert Hue ?) : elle prend en compte à sa manière des changements de la société, notamment liés au développement important des « couches moyennes ». Mais, de ce point de vue, je pense que vous n’êtes pas assez lisibles par les « exploités en tous genres et toutes intensités » du monde actuel et, parce qu’ils en font partie, par les communistes actuels, au sens large, c’est-à-dire : « encartés » ou « ex encartés », comme moi, ou encore susceptibles de le devenir… ce qui est évidemment le but à atteindre !

La difficulté vient principalement de l’évolution du monde capitaliste telle qu’elle advient, et d’une prise en compte insuffisamment affinée, en termes de classes par ceux qui s’y réfèrent, dont vous êtes. Ce qu’on appelait « la classe ouvrière » (rebaptisée « couches populaires » de nos jours), n’est plus seule en piste au sein de ces exploités « en tous genres et toutes intensités », même si son rôle est essentiel : les employés y sont de plus en plus nombreux, et surtout, ceux que l’on nomme aujourd’hui les « classes moyennes » constituent quasiment la majorité de la population d’un pays comme la France. Elles forment une masse qu’on ne peut négliger dans l’analyse de classe. Et, surtout, qu’il ne faut pas assimiler de manière simpliste et dans sa masse à la classe exploiteuse (le Capital), même si une fraction de ces couches moyennes, les plus « hautes », les « bobos », est devenue l’alliée la plus active du Capital (voir le gouvernement socialiste de Hollande, Valls et Macron, actuel). Ce fait incontestable a malheureusement entraîné l’adhésion (voulue ? contrainte ?) d’une grande majorité de couches moyennes « basses » et même de couches populaire à cette entité devenue majoritaire, en moyenne, dans le pays : le PS et diverses autres organisations proches de lui. Ceci a permis l’élection d’un gouvernement comme l’actuel. Pire, cette situation a son reflet implicite dans la direction du PC, donc, comme pour le PS, dans celle de la masse des communistes ou sympathisants (elle inclut beaucoup de ces « nouvelles couches »). Celles-ci sont naturellement plus disposées à suivre une direction du PC à leur image, dans sa composition, comme dans ses positions, que celle des francs-tireurs comme vous, même s’ils devraient emporter au sein du PC, la décision. Ce qui n’est, le plus souvent, pas le cas. L’idée de « gauche » (limitée en fait à ce PS aux ordres du Capital) disparait, de même que celle de classes. Tout cela conduit à l’abandon du combat politique chez ces classes les plus exploitées (dont le combat électoral), et à la recherche désespérée d’une solution de leurs difficultés quotidiennes, à tout prix, y compris du côté du FN…

Pour tenter de résoudre ces difficultés, je pense qu’il faut pousser l’analyse de classe plus loin, compte tenu, précisément, de l’existence de cette nouvelle couche sociale que sont « les couches moyennes ». C’est nécessaire parce que, après tout, elles sont les descendantes des couches populaires, de la classe ouvrière d’antan. Et, qu’en somme, en combattant pied à pied, jour après jour (notamment sur le plan syndical), on a fabriqué ces couches moyennes, et on en a fait, en quelque sorte, nos « propres fossoyeurs ». Il y a là quelque chose qui cloche !

Je pense qu’une analyse en classes rendant compte de la société actuelle doit s’appuyer sur ce concept de classe des « exploités en tous genres et toutes intensités » du Capital. J’ai développé ailleurs cette idée que je résume ici. Elle vise à donner une base objective à une union concrète contre le Capital et ses méfaits toujours accrus, aux couches populaires et aux couches moyennes. Elles ont en somme en commun une certaine « dose » d’exploitation subie. Ne pas réussir à les unir à partir d’un « en commun » partagé, c’est avoir contre soi une majorité d’un peuple comme celui de la France. C’est donc l’échec assuré de toute conquête du pouvoir par la voie démocratique des élections, appuyées par « la rue », c’est-à-dire par l’expression autre qu’uniquement électorale du peuple. Dans une telle perspective, le PC doit être le parti de ces exploités « en tous genres », parmi lesquels une large fraction est constituée d’exploités « partiels », de « couches moyennes » plutôt « basses » (pas des « bobos » !). Ce qui implique deux choses indispensables, me semble-t-il : 1) que le PC intègre cette idée de couplage des couches populaires et des couches moyennes dans un champ de vision moderne de « classes ». Cela nécessite une forme particulière d’expression vis-à-vis des unes et des autres de ces composantes. 2) Qu’il s’unisse avec un parti politique représentatif de ces couches moyennes-là. Car, depuis 1920, il est une réalité permanente, que la fraction « petite bourgeoise » ou « couches moyennes » des exploités en « tous genres et toutes intensités » aspire à disposer, pour ses besoins propres, d’un parti qui les représente : ce que fut la SFIO, puis le PS au cours du temps. Ceci pose aujourd’hui de sérieux problèmes. D’abord, parce que le parti qui représentait depuis longtemps (1920 ?) ces couches moyennes, de type socialiste, s’est inféodé dans sa masse au Capital. Et qu’en dehors de lui… il n’y a pas grand-chose qui pourrait faire l’affaire ! Dans le rapport de forces actuel entre un PC (supposé reconverti à la lutte des classes… ce qui n’est justement pas le cas !) et ce PS hégémonique (converti à l’union avec le Capital)…il n’y a pratiquement plus personne ! Comment faire ?

Pour une part, travailler comme vous le faites, pas à pas, pour réhabiliter chez les communistes au sens large (voir ci-dessus) la pensée de Marx et le concept de lutte de classes. Mais pour convaincre ceux-ci, et a fortiori les dirigeants, il faut « actualiser » ce combat. Sinon, une fois de plus, vous apparaitrez « ringards »… Ceci, en interne. En externe, prolonger et amplifier une alliance qui s’est récemment formée avec la seule organisation de classes moyennes qui a, dès maintenant, admis (au contraire du PS, et peut-être un peu à reculons, car elle n’a forcément pas perdue certaines caractéristiques de la couche sociale qui est son berceau) que l’avenir est de nouveau dans l’alliance des couches populaires et moyennes. En regardant les « offres du marché », il n’y a pas beaucoup de choix. A mon avis, seul le PG répond à la question… Ce qui fait peu, et ce qui heurte beaucoup de communistes qui n’ont pas acquis cette nouvelle façon de voir la lutte des classes, incorporant une fraction de couches moyennes. D’où un travail nécessaire et important pour en arriver à cette nouvelle façon de voir. Il implique beaucoup de diplomatie, en interne et en externe. Mais, en interne, on offre ainsi aux tenants d’une alliance toujours maintenue avec un PS (qui a malheureusement changé) une solution de « compromis » avec leur vision devenue étrangère à la lutte des classes : on pourrait ainsi petit à petit les convaincre… et transformer favorablement les perspectives d’évolution dans leur ensemble…

Vos témoignages

  • Un congrès de plus pour un parti de moins en moins communiste et qui suscite de plus en plus d’indifférence auprès des couches populaires. Le principal souci de Pierre Laurent est aujourd’hui de rassembler à lui tout seul, la « Gauche » : ce mot mériterait une définition plus précise, car cela nous éclairerait sur la ligne de conduite, la stratégie que compte adopter notre direction vis à vis du désastre électoral qui se prépare , un de plus et beaucoup plus grave pour le Peuple français, que la disparition de la forme de parti « communiste » que nous connaissons aujourd’hui sous l’étiquette PCF. Nous allons couler avec le PS dont nous n’avons pas su nous détacher sur la question fondamentale de l’UE, qui est inséparable de l’« austérité » imposée aux peuples européens, et qui se traduit par des reculs sociaux tendant vers une véritable réduction à l’esclavage des travailleurs de ces pays (et ceux nôtre en prennent à leur tour le chemin) au profit des oligarchies des états les plus puissants. On croirait, à lire ou entendre le choeur des pleureuses immobiles, commentant les mauvais coups, implorant Hollande Valls et les leurs de se « ressaisir » de « revenir à Gauche », qu’aucune d’entre ces pleureuses n’a vraiment souffert ou semble même été témoin directe de la souffrance populaire engendrée par « la concurrence libre et non faussée » devise européenne défendue et traduite dans les faits, dans les lois et les règlements par nos gouvernements. Si cela était le cas le PCF aurait mobilisé pour une lutte politique sur le terrain sans concessions face à l’offensive de classe : notre Parti sait faire pourtant, mais la lutte des classes n’est plus à l’ordre du jour, seules comptent les quelques places préservées à n’importe quel prix pour faire exister un appareil qui fonctionne malheureusement aujourd’hui par une nostalgie des heures riches soigneusement entretenue dans l’immobilisme et pour lui-même. Pierre Laurent et ses amis refondateurs n’ont pas voulu mettre en action et se sont privés de la seule force qui vaille pour un parti communiste, celle des travailleurs les plus modestes, employés, ouvriers, petits paysans, artisans, auto-entrepreneurs ubérisés, travailleurs « détachés »… les plus nombreux, les plus exploités dans cette société inégalitaire. Pourrons-nous encore redresser la barre, aller chercher avec une argumentation solide et combative enrichie des expériences révolutionnaires, de nos luttes gagnées, toutes celles et tous ceux qui de guerre lasse ne bougent plus, ne s’expriment aux élections que par l’abstention, arracher un à un celles et ceux qui se sont perdus dans la démagogie criminelle du Fascisme contemporain ?

  • Réponses à PCF : urgence face à la violence contre le peuple 3 février 2016 09:05, par Nicole Séméria

    La dernière remarque de Xuan : « Julian Mischi a parfaitement expliqué la dépossession du rôle dirigeant de la classe ouvrière dans son propre parti, au profit de catégories non prolétariennes qui avaient la supériorité du langage et du savoir ».

    La question du langage et du savoir est essentielle. Il ne suffit pas d’avoir des idées, il faut savoir les exprimer. Les humains sont sensibles à la façon dont les choses sont dites et se laissent souvent aveugler par des paroles ou des écrits brillants, alors que les idées contenues sont à réprouver. Parfois les discours, qui peuvent constituer une masturbation intellectuelle pour les auteurs, séduisent, et mènent les auditeurs dans des voies qu’ils ne suivraient pas sans l’admiration que ces discours suscitent. Une élocution poussive, hachée, le manque de références historiques, de chiffres, une pauvreté de vocabulaire, une pauvreté de constitution de phrase, ne permettront pas à l’auteur de convaincre. C’est malheureusement une des raisons qui empêche les couches populaires à obtenir des postes de responsabilité, que ce soit au sein du parti ou de la représentativité électorale.

  • Sur la direction du PCF rien à ajouter aux précédents commentaires.

    Alain pose de bonnes questions sur les catégories intermédiaires, le socialisme concerne l’immense majorité de la population. Il faudrait aller plus loin dans l’analyse de classe en effet, en distinguant ceux qui sont des alliés de la classe ouvrière parce qu’ils ont un intérêt matériel au socialisme, et ceux qui ont un intérêt matériel à défendre le capitalisme. Il s’agit d’exploités à des degrés divers et dont la paupérisation va croissant. L’histoire de la révolution bourgeoise telle que la décrit Soboul nous montre que d’autres catégories que le Tiers Etat avaient rejoint les rangs de la révolution, soit dans le bas clergé soit dans la noblesse déchue. Les professions libérales en voie de salarisation et de paupérisation peuvent en faire partie, il faut considérer ce qui tend à se développer et non à disparaître. Est-ce que les fermetures d’usines n’ont pas de conséquences sur les petits commerces ? Dans ce cas l’incorporation est le soutien aux salariés parce que c’est l’intérêt des autres catégories. Il en va de même pour les artisans et les petits patrons, auto entrepreneurs et sous traitants divers qui sont tous sous la botte des monopoles. La question de l’incorporation c’est non pas de réclamer la suppression de leurs charges, mais de défendre les salaires et les emplois, interdire la régie déguisée, combattre l’oppression et l’extorsion du profit par les donneurs d’ordre, remettre à niveau des salaires des déplacés, toujours en partant des intérêts des plus exploités. La classe ouvrière libère l’humanité, mais la petite-bourgeoisie ne libère pas la classe ouvrière. Moyennant quoi la couleur du bonnet importe peu. Le même problème se pose avec ses spécificités chez les paysans, en partant des intérêts des ouvriers agricoles. Je parle des intérêts de classe dans les rapports de production et non de l’idéologie. L’idéologie s’aligne in fine sur le statut réel lorsque les conditions environnantes le permettent, par exemple lors d’un mouvement de masse révolutionnaire.

    Quant à l’expression politique des catégories intermédiaires sous forme de partis ou de presse, elle n’a aucun avenir comme classe dirigeante, soit dans le capitalisme soit dans le socialisme. On a vu par exemple ce que sont devenus les idéologues bobos : des porte-paroles de la grande bourgeoisie. Leur expression « libre », « indépendante », « de gauche », « antilibérale », « révolutionnaire », « maoïste », « anarchiste », etc. finit tôt ou tard du côté du manche.

    Il faut faire avec ces catégories sociales, le socialisme doit leur permettre de s’exprimer mais le rôle dirigeant de la révolution ne doit pas leur être confié, contrairement à ce qui a été fait jusqu’ici. Julian Mischi a parfaitement expliqué la dépossession du rôle dirigeant de la classe ouvrière dans son propre parti, au profit de catégories non prolétariennes qui avaient la supériorité du langage et du savoir. Le rôle des écoles politiques reste essentiel, de pair avec la prolétarisation du parti communiste.

  • Merci à pam pour sa réponse et ses commentaires. Deux petits commentaires en retour 1) Je ne veux pas convaincre P Laurent…je ne suis plus communiste« encarté », situation qui m’autoriserait à discuter, à l’occasion, avec lui. C’est votre travail. Je prétends juste vous dire que j’approuve ce dernier, mais que je pense qu’il doit être subtil, car la pente est dure à remonter, et que les communistes qui continuent à approuver la direction de leur parti ont globalement raison (il faut soutenir le PC), mais tord aussi, en pensant que cela passe par un soutien permanent à sa direction…Il faut agir « siouxement »et l’argumentation fondée sur Marx et la lutte de classes, est (nécessairement !) la meilleure ! Bon courage ! 2) Je ne pense pas, non plus, que les « couches moyennes » soient une classe. Mais le néologisme est tellement employé qu’il est difficile (regardez bien mon texte !) de ne pas tomber dans le panneau quelquefois… Je m’en excuse !

  • Réponses à PCF : urgence face à la violence contre le peuple 31 janvier 2016 17:43, par Bernard TRANNOY

    Mince alors Pam tu m’ a coupé l’herbe sous le pieds. En effet convaincre la direction ne peut pas être un objectif. La remplacer le moment venue et les conditions réunies en bas OUI

  • Merci de ta contribution… Deux remarques

    1/ Personne ici ne pense sérieusement convaincre Pierre Laurent ou la plupart des dirigeants actuels du PCF qu’ils ont fait fausse route depuis 20 ans… En fait, ils s’en doutent bien et cherchent seulement comment s’en sortir, eux, de leurs contradictions, pour certains dans la fuite en avant vers un autre parti, pour d’autres en tentant de garder un PCF « définitivement muté »… Non, nos seuls lecteurs utiles sont des militants qui cherchent à s’organiser localement, à agir indépendamment du prêt à porter réformiste de la direction, et à créer les conditions d’une reconstruction nationale qui ne se fera pas à l’occasion d’un congrès organisé par la direction actuelle…

    2/ Je ne crois pas que les « couches moyennes » soient une classe sociale. C’est une construction idéologique qui a été utilisée pour masquer les contradictions sociales et les sortir de leur fondement dans le travail, pour construire une opposition « quartiers populaires/bobos ». Certes, la classe des producteurs est très différente de ce qu’elle était il y a un siècle, mais il ne faut pas croire que son unité et son organisation en classe « pour soi » était naturelle à l’époque… Tu as raison cependant sur l’ampleur du travail à faire pour comprendre les luttes de classes telles qu’elles sont aujourd’hui…

    pam

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