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SNCF : « Je ne serai pas le patron de la CGT-Cheminots qui enterrera le statut ! »

samedi 17 février 2018, par Laurent Brun

Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots, syndicat majoritaire à la SNCF, promet un mouvement de grève dur si le gouvernement retient les options proposées par le rapport de Jean-Cyril Spinetta.

Pour le n° 1 de la CGT-Cheminots, majoritaire à la SNCF, le statut de l’entreprise publique et de ses agents sont deux lignes rouges à ne pas franchir. Il promet un mouvement de grève dur si le gouvernement retient les options proposées par le rapport de Jean-Cyril Spinetta.

Que pensez-vous du rapport rendu par Jean-Cyril Spinetta ?

C’est une énorme attaque sociale mais ce n’est pas une surprise. Elle est annoncée de longue date. La suppression du statut pour les nouveaux entrants et le passage en société anonyme, ce sont les deux ficelles utilisées ces trente dernières années pour transformer une entreprise publique en société privée. Mais le gouvernement va devoir répondre à une question ? Est-ce qu’il est prêt à engager une épreuve de force avec les cheminots ? Si c’est le cas, on appellera les cheminots à se défendre ?

Comment ça ?

Si le gouvernement reste sur une logique d’éclatement du système ferroviaire, de suppression de kilomètres de lignes, de casse des droits sociaux des cheminots, d’augmentation des coûts pour les collectivités, de filialisation du fret, on se dirige vers un mouvement de grève dur. Comme tout le monde, j’observe les mécontentements autour de moi : les routiers contre le rapport Duron, les VTC contre leur situation précaire, les agents de l’industrie gazière et électrique contre l’évolution de leur statut, tous les salariés du privé contre des plans sociaux importants, les fonctionnaires… J’espère que le gouvernement a pensé à tout, parce que nous, on se prépare à cette situation depuis un an. D’ailleurs, on appelle à manifester dès le 22 mars. Je ne serai pas le patron de la CGT-Cheminots qui enterrera le statut.

Que reprochez-vous à ce rapport ?

Ce n’est pas un projet de développement, mais de casse du service public. Il confirme nos craintes concernant la politique anti-ferroviaire du gouvernement. On peut tourner le rapport Spinetta dans tous les sens, il préconise la suppression de certaines lignes au profit de la route.

Le rapport préconise surtout de faire un bilan social et économique des petites lignes et une concertation avec les collectivités avant d’envisager une fermeture…

Oui. Mais c’est une stratégie de repli. Forcément des lignes vont fermer et on va demander aux Régions de payer plus si elles veulent les conserver. Les usagers seront aussi les perdants.

Comment ça ?

Le rapport indique que le train est moins cher en France qu’à l’étranger. Il rejoint en cela le rapport Duron qui conseille de faire davantage payer les usagers. On est en train d’installer l’idée que l’usager doit payer une part plus importante de son billet de train.

L’ouverture à la concurrence est une mauvaise chose ?

Ce n’est pas moi qui le dit mais le rapport Spinetta lui-même. Page 87, il dresse plusieurs inconvénients comme l’absence d’unité tarifaire, des correspondances moins bien organisées…

Le maintien du statut des cheminots est-il tenable ?

Chez la compagnie Thello [NDLR : qui opère un TGV de TrenItalia entre la France et l’Italie], les salariés ne sont pas au statut. Est-ce que Thello fait mieux que la SNCF ? La réponse est « non ! ». Même chose pour certaines entreprises du fret. A partir du moment où on ouvre la concurrence, ils veulent casser le statut… C’est dogmatique.

Que va-t-il se passer dans les prochains jours ?

Nous rencontrons la ministre des Transports Élisabeth Borne lundi. Cela permettra de clarifier certaines choses comme le calendrier mais aussi sur le parcours législatif. Il se murmure que le gouvernement pourrait légiférer sur ce sujet par ordonnance »

Vous êtes inquiets ?

Non. Ce rapport fait partie des mauvais rapports sur la SNCF. On va faire en sorte qu’ils rejoignent tous ceux qui ont déjà intégré les archives du ministère des Transports.

Vincent Vérier
Le Parisien, le 16 février 2018

Messages

  • Il est nécessaire de montrer à Macron et consorts que les cheminots sont fermement opposés à la casse du service public qu’est la SNCF et qu’ils refusent la remise en cause de leur statut et de leurs droits sociaux

    L’opposition aux précédentes attaques , a été si forte , que celles ci se sont soldées par des abandons gouvernementaux.

    Si le gouvernement persiste dans son optique de démantèlement des chemins de fer, l’action devra être aussi dure qu’en 1995 et le rapport devra rejoindre les précédents , à savoir , les oubliettes de l’Elysée.

  • Bonjour,
    Le 22 mars prochain, un mouvement intersyndical (sauf la CFDT...) de la Fonction Publique montrera son refus de voir casser le service public, et le statut des fonctionnaires. La lutte des cheminots CGT ce même jour portera le même refus.
    Ce gouvernement va vite pour "réformer" en mettant à bas la spécificité française d’un service public pour tous les habitants. Ce qui se passe pour la SNCF est dramatique comme ce qui se passe pour les trois versants de la fonction publique.
    Le 22 mars il faudra un soutien fort de toute la population, notamment les retraités qui voient leur retraites diminuer avec l’augmentation de la CSG !! et les étudiants qui refusent de brader leur avenir.
    Notre parti est au coeur de ce combat pour préserver nos acquis, Macron président des riches est la pour favoriser le capital, ouvrir le rail à la concurrence, casser les régimes spéciaux, étrangler les communes, tuer l’hopital public etc....
    Merci Laurent pour ton intervention.

  • bonjour,
    Laurent Brun nous donne toutes les raisons de persister dans notre détermination à faire plier le gouvernement et la direction de la SNCF. J’ai déjà lu l’interview de Laurent Brun dans la Vie du Rail du 2 février 2018 dans lequel la direction de la SNCF et le gouvernement sont prévenus de la volonté profonde des cheminots de toutes catégories à faire échouer leurs projets de casse du statut et de la privatisation des chemins de fer. Que l’hebdomadaire La Vie du Rail ouvre ses colonnes à l’opposition des cheminots aux projets de la direction SNCF est en soi révélateur du désarroi qui gagne les cercles rapprochés du pouvoir quant aux affrontements de masse qui les attendent si, comme un célèbre premier ministre du siècle dernier, notre directeur et notre président entendaient " rester droit dans ses bottes".
    Amitiés,
    Jean-Louis Caubin

  • Un brin d’histoire
    1937-Les compagnies fondatrices du réseau français de chemin de fer, considérant que les profits sont devenus insuffisants pour investir davantage, se rapprochent de l’état, pour créer la SNCF qui devient étatique à 51%, tout en restant privée à 49%. Cette situation perdure jusqu’en 83 (fin de la convention de 37), la SNCF devient alors un EPIC 100% étatisée (Fiterman).
    Entre temps la SNCF a lancé le TGV sur Paris-Lyon qui laisse entrevoir un joli pactole de profits sur lequel, évidemment, la bourgeoisie se met, immédiatement, à lorgner. A une condition toute fois, que les coûts de l’infrastructure (LGV) soient assumée par l’état (+région+départements). A ces conditions, les capitalistes se font forts de faire du cash pour leurs actionnaires. Et pour encore mieux garantir leur opération, il veulent se délester des pans du réseau qu’ils jugent non rentable, c’est à dire susceptible de plomber le taux de profit attendu.
    Alors que dans un premier temps, le TGV, était regardé comme un moyen de financer l’ensemble du réseau national, voilà qu’il devient un ilôt de super profit pour une pincée de capitalistes avides de "dumpériser", avec cette réussite technique en bandoulière, le marché mondial des lignes TGV. De même que les super profits, tirés de la gestion de l’eau en France, ont permis à quelques capitalistes de devenir des multinationales de l’eau (Véolia, SAUR, Lyonnaise etc), les mêmes, en gros, veulent relancer la mise sur le jackpot des LGV. Après tout, c’est quand même eux qui ont conduit Macron à l’Elysée, pourquoi pas un petit retour sur investissement...
    Quand au reste du réseau, il n’y plus qu’à attendre le déluge. De toute façon il n’y a pas, ou plus, de bourgeois sur ces trains, donc Macron, et ses affidés, s’en foutent royalement !

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