Une contribution de deux camarades sur les élections régionales

, par  communistes , popularité : 44%

Une réflexion de Cédric Goulmot et Fanny Chartier, militants d’Ile-de-France.

Alors que notre secrétaire national Fabien Roussel arpente les plateaux de télévisions et les médias, pour porter une présence communiste, montrant ce que pourraient être l’intérêt et l’apport d’une candidature à la présidentielle, il respecte ainsi les vœux très clairs des adhérent·e·s du PCF exprimés lors de son 38ᵉ congrès : celui d’un parti communiste qui renoue avec une présence à toutes les élections, en particulier les élections nationales. En Ile-de-France, un tout autre scénario, amené par le sommet, se joue concernant les élections régionales : la désignation d’une liste et d’un texte d’orientation qui font fi des décisions et des exigences exprimées collectivement lors de notre dernier congrès.

Le tout pour aller vers un programme qui ne porte pas les propositions des communistes, en particulier – mais pas seulement – celles de notre campagne nationale sur l’emploi.

Avec cette attitude de renoncement, il n’est pas étonnant que leurs promoteurs et promotrices parlent de larges convergences.

Un travail préparatoire à la conférence régionale allant à l’encontre des décisions de congrès

Une commission préparatoire à la conférence régionale a rendu ses travaux, cette commission est composée principalement des secrétaires fédéraux et d’élu·e·s régionaux. Premier problème : s’il est naturel qu’une commission de ce type soit composée de dirigeants fédéraux et qu’il y ait des élu·e·s, il est en revanche anormal que des élu·e·s qui n’ont pas étés élu·e·s dans nos instances aient autant de poids dans la stratégie politique que déploie notre parti (sans parler de la porosité entre les exécutifs fédéraux et les mandats électoraux). Il y a 100 ans le congrès de Tours s’est conclu par une scission de la SFIO, principalement à cause du poids des élus dans le parti : ils étaient déconnectés de la base militante, et dirigeaient pourtant le parti, jusqu’à prôner l’union sacrée, en dépit des appels de Jaurès à l’action contre la guerre.

Aussi, parce que dans ce cas précis, se joue leur réélection : les élu·e·s peuvent être frileux et frileuses à appliquer les décisions de congrès consistant à être présent à toutes les élections, sur un contenu de classe d’aujourd’hui, parce que cela n’est pas aussi confortable que des accords de sommets pour garder ou gagner des sièges – alors que l’électorat est de plus en plus en rejet de ce qui apparaît comme de la cuisine électorale. Le document d’orientation proposé par cette commission [1] montre cette déconnexion avec notre base militante : l’enjeu serait de savoir à quelle liste se rallier. L’expression majoritaire de cette commission est de rallier la liste LFI menée par Clémentine Autain [2]. Il y est évoqué – à raison – les différences de fond (dont les contentieux des choix de droite de Hollande à Valls), qui nous opposent au Parti Socialiste, et qui ont écarté l’option d’un ralliement à cette liste. Y sont évoquées aussi la participation de LFI aux luttes et manifestations. Pourtant, les différences importantes qui nous oppose au programme social-démocrate de la France Insoumise [3] ne sont jamais évoquées [4]. Ni leur ambition de nous effacer du paysage d’Ile-de-France, alors que nous continuons à y compter nombre d’élus, et que nous pourrions profité du paysage présidentiel national.

L’emploi de formules telles que « La gauche de transformation sociale » ou de « démarche anti-libérale », sans jamais que soit évoquée le capital, ni la nécessaire démarche révolutionnaire de dépassement du capitalisme est évocateur quant aux orientations que cette liste risque de prendre. Le document d’orientation présente ainsi le ralliement à la candidature de Clémentine Autain comme une évidence sans non plus qu’il soit rendu compte aux communistes de la teneur précise des négociations passées et en cours avec LFI et le PS, notamment sur les contenus qui pourraient nous rassembler, ni des éventuels points d’accord et difficultés rencontrés aussi bien sur le fond que sur les répartitions des différentes forces politiques sur les listes par département. La seule information qui vaille, c’est le nombre d’élu·e·s que nous accordent les uns et les autres : promesses qui n’engagent que ceux qui veulent y croire, puisqu’en définitive le score du 1er tour aura une certaine importance dans ce nombre.

L’idée d’avoir une liste communiste permettant à la fois de créer les conditions du rassemblement et de porter haut et fort, avec esprit de rassemblement les propositions novatrices des communistes, ne semble même pas avoir été examinée, ni même avoir fait débat. Tout semble être fait pour renouer avec les logiques qui ont mené à une marginalisation durable du Parti Communiste, alors que les adhérent·e·s se sont clairement exprimés pour y mettre fin. Ainsi nous pouvons lire dans notre texte adopté au 38e congrès : « À partir des spécificités de chaque échéance électorale, il est essentiel d’être présents avec nos candidat·e·s à toutes les élections. Notre ambition est d’avoir, en renforçant l’influence de nos idées, le plus d’élu·e·s possible, à tous les niveaux. […] Porter une parole communiste claire dans les temps forts de la vie politique est nécessaire à la réussite de ces rassemblements. » [5]. S’il est essentiel d’avoir des élu·e·s, il est tout aussi important de rompre – au moment où la crise du capitalisme est exacerbée – avec les logiques d’effacement de nos idées, et les logiques électoralistes de ralliement. Il est bon de se rappeler que le rassemblement électoral est un moyen parmi d’autres de faire avancer nos idées, de changer efficacement les choses, et non un but en soi. En ce sens, le document qu’a émis cette commission minore profondément la radicalité des propositions des communistes [6].
Enfin, ce texte et cette démarche entrent en opposition avec l’une des exigences les plus importantes de notre texte de congrès : « Le Parti doit travailler à créer les conditions d’une candidature communiste à l’élection présidentielle de 2022 ». En effaçant les communistes et leurs propositions par un ralliement à la liste France Insoumise dans la région la plus importante de notre pays, la région de la Capitale, que préparent les initiateurs et initiatrices de cette démarche à part un ralliement sans condition à la candidature Jean-Luc Mélenchon, le même ralliement qui a été un échec stratégique majeur en 2017 ?

Plus largement, alors que notre peuple émet une grande défiance vis-à-vis des responsables politiques (y compris envers Jean-Luc Mélenchon [7]), il est déraisonnable de privilégier les accords électoralistes, au lieu d’obtenir de réelles avancées pour les populations qui subissent de plein fouet une nouvelle crise du capitalisme. Comment aller chercher les abstentionnistes sinon ? Comment les propositions du Parti Communiste peuvent-elles être connues s’il s’efface systématiquement ?

À ce titre, l’expérience des élections européennes de 2019 est loin de n’être que négative : certes, nous avons obtenu un score très décevant pour les camarades qui s’étaient investi·e·s – sur fond de défiance légitime des français·e·s vis-à-vis des institutions européennes. Mais pour autant, la parole du Parti communiste est bien plus existante qu’elle ne l’a jamais été ces dernières décennies. Depuis qu’est apparue l’option d’une candidature communiste en 2022, notre secrétaire national est très régulièrement invité sur les plateaux de télévision et radio, lorsque, avant, on y préférait inviter nos alliés. Des propositions inédites dans le champ politique telles que « l’éradication du chômage » ou « un socialisme à la française » ont commencé à y être portées. Notre porte-parole, Ian Brossat, est désormais bien plus connu en 2 ans de porte-parolat qu’Olivier Dartigolles ne l’a jamais été, alors qu’il a exercé cette fonction pendant 10 ans.
Vers une conférence régionale antidémocratique

Ajoutons que – de manière scandaleuse ! – cette conférence, telle que prévue, ne sera pas représentative des communistes en Ile-de-France. Les délégations fédérales ont été préparées par les mêmes camarades (à l’exception de Paris) qui sont présents dans cette commission de préparation, c’est-à-dire les secrétaires fédéraux et quelques élu·e·s. La convocation rapide des Conseils Départementaux, et l’envoi très tardif des documents aux membres des CD (dans le 92, quelques heures avant !), n’ont pas permis aux communistes de proposer de nombreuses alternatives[8], à la fois à ces textes, mais aussi aux délégations nommées par les exécutifs fédéraux. Dans la majorité des fédérations d’Ile-de-France, les délégations sont majoritairement composées de camarades ayant rejeté le texte du 38e congrès. Le petit nombre de délégué·e·s invité·e·s à cette conférence ne permet même pas de construire des délégations faisant participer largement ceux et celles qui font vivre nos sections sur la région.

Les secrétaires de section ayant été écarté·e·s, il y a peu de chance que cette conférence contredise les orientations votées par la commission. Dans les Hauts-de-Seine, par exemple, aucune section n’a été consultée.

Ainsi, il n’y aurait aucun débat à l’échelle de l’ensemble des communistes de la région sur la candidature que nous devrions porter, la question serait donc évacuée par une poignée de cadres et d’élu·e·s ? Il y aurait même un risque important, que (dans le meilleur des cas) l’on demande aux adhérent·e·s derrière quel parti s’effacer, et que l’on ne leur laisse même pas l’occasion de s’exprimer pour une option qui respecte les décisions de congrès : c’est-à-dire pour une liste communiste qui permet de réaliser les conditions du rassemblement, tout en affirmant nos idées et nos propositions.

Le format de cette conférence régionale doit être revu pour que les animateurs de section prennent largement part aux débats. On ne peut pas demander aux communistes de s’exprimer uniquement par voie de vote, surtout lorsqu’il s’agit de voter pour ou contre le ralliement à une seule liste, à quelques semaines des dépôts de liste. Il s’agit là d’un véritable déni de démocratie ! Les communistes n’ont pas vocation à avaliser des décisions bureaucratiques pour donner une bonne conscience démocratique à des dirigeant·e·s. Ce déni de démocratie pourrait avoir des conséquences graves sur cette campagne et sur l’unité du parti : les communistes ne voudront pas prendre part à une campagne qui se moque autant des décisions collectives qu’ils et elles ont prises.

Il y a 100 ans, au congrès de Tours, un camarade, délégué du Cher prenait la parole pour dire : « Nous en avons assez, chez nous, d’être des machines à cotiser et de servir les intérêts de quelques individus qui, une fois munis d’un mandat, nous combattent, détruisent l’unité de chez nous, détruisent l’organisation […] Nous en avons assez du Parti socialiste uniquement électoral, nous voulons un Parti socialiste révolutionnaire. »[9] Une intervention qui, 100 ans plus tard, est toujours pertinente.

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