Vague verte, vous croyez ?

, par  Danielle Bleitrach , popularité : 46%

A partir de ce cas d’école qu’est Marseille : est-ce que la “vague verte” serait signe d’embourgeoisement de la “gauche” ?

Aucun des termes de la proposition ne me convient…

La vague verte me paraît une illusion… la seule vague est celle de l’abstention… En fait à Marseille, et dans les Bouches-du-Rhône ceux qui tirent les marrons du feu, c’est la droite qui récupère l’effondrement macronien et surtout l’abstention…

Donc les verts sont tout sauf un parti et Jadot a eu beau hanter les plateaux le soir du deuxième tour pour proclamer sa victoire, cautionnée par Macron, ce n’est pas sa “ligne” qui a triomphé. Sans parler de Cohn-Bendit qui lui a été franchement insultant face à la “vague verte”. Les résultats des élections ne cautionnent en rien cette affirmation, même si on nous répète que c’est un tsunami. Cela touche “les métropoles” mais rarement le tissu urbain et rural où ils subissent la même prolétarisation que les gilets jaunes. D’une part, là où il y a effectivement “victoire verte” c’est le fruit d’une coalition où l’on s’est volontiers affirmé vert mais où domine “la gauche plurielle”. Mais il suffit de voir ma bonne ville de Marseille, un cas d’école où toutes les nuances de verts y compris celles masquant des militants de la FI qui se faisaient discrets parce que Mélenchon et Marseille, c’est disons compliqué… les cas sont divers même si on a aussitôt attribué Marseille à la dite vague… On y trouve de tout y compris les vestiges de la social-démocratie de l’opération Macron à “la gauche plurielle”. Il y a des anticommunistes forcenés, d’autres qui au contraire ont reproché aux communistes de ne pas l’être assez… Bref tous les grands blessés de notre absence de stratégie pour le socialisme et notre soumission au PS.

Il me semble et l’incroyable mélasse marseillaise incite à réfléchir en ces termes, qu’il y a effectivement des couches de diplômés, urbains, certains gagnant fort bien leur vie mais d’autres galérant, étudiants, intermittents du spectacle, métiers liés à la culture. On ne peut pas confondre les bobos parisiens aux salaires élevés et des gens qui n’en peuvent plus. Certains se sont d’ailleurs abstenus comme les couches populaires. Qu’est-ce que ça veut dire l’embourgeoisement ? Au lieu de parler d’embourgeoisement à leur propos ne pourrait-on pas penser en terme d’alliance ? Certains sont tout aussi ennemis que nous, des compromis “verts”, simplement ils ont du mal à penser l’État, institutions, énergie… Comme d’ailleurs à envisager un système d’échange international. Mais le dialogue est possible, nécessaire. Mais pour cela il faut arrêter de les confondre avec leurs derniers avatars.

Quelle que soit la formule à laquelle ces couches se rallient, de la France Insoumise aux trotskistes en passant par les diverses tonalités de vert, ils n’arrivent pas à rassembler les couches populaires. Je sais par expérience que si, tels qu’ils sont, on les jette sur les couches populaires, leur campagne sera une catastrophe… Mais plus la crise s’aggrave, plus la promotion des jeunes générations est difficile, plus nous devons envisager des alliances qui vont au-delà des différentes foucades politiques dans lesquelles ils s’engouffrent… Se dire que sans avoir le rôle structurel de la paysannerie dont dépend l’approvisionnement en nourriture, fonctionnant plus dans l’idéologie, ces catégories relèvent d’une politique d’alliance et ils déploient dans l’organisation du local une véritable créativité. Leur colère est bien réelle et ils sont tout autant que nous ennemis des manœuvres politiciennes. Mais il n’y a pas un leurre, pas un débat capable de créer des divisions entre ceux que tout devrait unir, dans lesquels ils ne s’engouffrent. Avant le capital, l’ennemi c’est l’État et les forces occultes qui s’incarnent dans divers objets. Mais ce sont des gens bien et nous commençons à en avoir pas mal dans nos rangs d’ailleurs, ce qui ne nous aide pas dans nos choix de classe.

Dans ce cas, le problème n’est pas eux qui ne feront que ce qu’ils pourront, mais bien les communistes qui doivent se poser en priorité le problème de leur relation à la classe ouvrière, aux couches populaires et ne pas chercher à leur ressembler, mais à dégager notre propre programme et notre propre stratégie vers le socialisme. On leur reprochera d’autant moins de ne pas être NOUS que nous serons ce que nous devrons être… Parce que le fond du problème est bien là, jamais il n’y aura un changement de société sans une classe ouvrière, des couches populaires capables de revendiquer le pouvoir politique, celui de l’État… Jamais la gauche ne rassemblera assez pour chasser la droite et l’extrême-droite sans cette mobilisation, et ça c’est pas leur job, c’est le nôtre.

Et ce job s’avère d’autant plus urgent que si le rassemblement national n’a pas connu les victoires espérées, et Marseille témoigne de ses échecs, on voit bien à quel point la perméabilité existe désormais entre les forces politiques ultra-libérales, les arrangements, les intérêts, les mises en examen et dans le même temps le discours musclé d’un recours à la police, voir à l’armée comme Sami Ghali le proposait pour vaincre un trafic que ses proches n’ignoraient pas. Le cas de Béziers, puis de Perpignan est là pour montrer les choix locaux d’un RN qui refuse les étiquettes pour mieux s’incruster. La décomposition accélérée des forces politiques traditionnelles est le moyen pour le grand capital d’imposer ses intérêts en liaison avec l’UE. Tout cela montre à quel point les liens entre ces gens-là, les forces de répression existent (est-ce un hasard si au ministère de l’intérieur, on a eu Collomb, puis Castaner qui est lui-même le produit de toutes les perméabilités entre voyous et flics) dit bien ce qui risque d’advenir face à une politique qui combine grand licenciements, pression sur les droits sociaux. Si nous ne mesurons pas à quel point la situation est mûre pour le socialisme, pour l’intervention populaire, le retournement en fascisme peut devenir inévitable.

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